05 octobre 2006

L'Irlandais qui aimait tant la France

     Autant le dire,je suis un grand fervent de The Divine Comedy dont l'univers me semble d'une richesse inouïe. Je n'ignore pas que l'on peut soupçonner Neil Hannon d'affèterie, de préciosité, voire d'une sorte de snobisme des mots,un peu germanopratin,un peu Nouvelle Vague. Je prétends néanmoins que les albums de TDC sont bel et bien partie prenante de l'Histoire du Rock,version symphonique vêtue de velours.Victory for the comic muse est mon quatrième disque de TDC. Les titres des précédents Casanova, Fin de siècle, Promenade indiquent à merveille la francophilie,le côté littéraire et le goût de Neil Hannnon pour une certaine décadence fleurie.The Divine Comedy ou comment transcender le désuet en grandiose même si la grandiloquence a souvent guetté et piégé Neil et TDC.

   Parmi les chansons des anciens disques citons When the lights go out all over Europe ou TDC cite Jean-Luc Godard et Jules et Jim plutôt qu'Hollywood. The Summerhouse, une superbe variation sur les souvenirs d'enfance proche du Messager de Joseph Losey. The booklovers un long récitatif ou Neil Hannon se contente de citer les noms de ses auteurs

Promenade

préférés de Walter Scott à Roddy Doyle en passant par Camus, Cervantes et Thomas Mann. La culture de Neil Hannon est à la fois musicale, littéraire (on s'en douterait vu le nom du groupe et l'allusion à Dante) et cinématographique. Il est un peu un Dorian Gray contemporain et semble à l'aise dans les décors chers à Oscar Wilde. Ces trois morceaux sont sur l'album Promenade.

   Sur Fin de siècle, un peu plus électrique notons le libertin Generation sex, le swinguant National Express, le démoralisant mais si beau Commuter love(Amour en gare de banlieue londonienne,pas vraiment Capri!) et Sunrise sur la ville natale de Neil Hannon, Derry(Londonderry) cette cité d'Irlande du Nord qui fut longtemps en flammes,du temps de la haine en mon île préférée.

    Je découvre ce jour Victory for the comic muse avec deux ou trois plages un peu faibles, ce que j'aime bien, détestant les choses trop parfaites. Et puis entre autres la plus belle chanson que j'aie entendue depuis des lustres:A lady of a certain age, l'histoire d'une  Anglaise richissime qui ne veut pas vieillir. Mais qui d'entre nous veut vieillir? Je vous livre quelques mots sur cette lady en parfum Chanel et robes Givenchy dont le francophilissime Neil Hannon dit:

       You chased the sun around the Cote d'Azur,until the lights of youth became obscured.

     Cette lady vieillissante m'a touché au coeur par son universalité. Le temps est assassin pour chacun de nous. Libre à moi de pleurer un peu avec la vieille Anglaise sur les somptueux arrangements de The Divine Comedy. Accessoirement tant que la France sera aimée par des gens comme ce dandy fièvreux et romantique de Neil  Hannon il ne faudra pas désespérer du rayonnement de notre

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Park qui sonne le glas

Ce roman a été salué par la critique et élu meilleur livre de l'année par Lire!Disons-le,je n'aime guère les palmarès mais ce bouquin est immense,une date,un objet difficile à identifier mais à lire d'urgence.N'ayant pas lu les précédents opus de l'un des trublions des lettres américaines je ne sais si son oeuvre entière est de ce niveau.Mais à l'évidence Lunar Park c'est une sorte de tourbillon,de maelström en plein coeur d'une civilisation américaine déboussolée.C'est aussi une plongée dans la création littéraire hallucinante où l'on voit l'auteur devenir le héros du bouquin,doublé de l'écrivain qu'il croit être.Cela paraît comme ça assez compliqué,c'est juste vertigineux sans être élitiste,bouleversant et terriblement dérangeant.C'est aussi une "vie de famille" à l'américaine,enfin un type de vie, effrayante, cauchemardesque entre pouvoir de la technologie pour le pire,et quotidien de défonce et de violence,un monde que Bret Easton Ellis connaît bien,lui,le wonder boy mais aussi l'un des bad boys de la littérature américaine,un peu assagi  peut-être mais  dont le talent est à son apogée.


Lunar Park c'est une claque,salutaire mais brutale,qui nous rappelle que ce grand pays vacillant reste une formidable terre de pionniers pour la littérature,d'une richesse fabuleuse.

Posté par EEGUAB à 11:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]