06 octobre 2006

Le couple sur le pont

Vois là-haut sur le vieux pont arts-déco 

Qui enjambe mollement le vieux canal

On est loin de Venise et le ciel est ferreux

Les mouettes gueulent comme en enfer

Il n’y a que deux silhouettes

Un couple sur le pont

Dont je n’entends les paroles

Trop de bruit,de voitures

Est-ce un jeune couple,un couple de jeunes?

Un couple mûr,et mûr pourquoi?

D’ailleurs ou bien d’ici,il est surtout d’amour.

Il semble s’énerver,elle regarde l’eau

Je crois qu’elle ne nage pas

Voilà qu’il s’éloigne,lourdement

On le dirait cérémonieux

Cet homme-là n’est pas facile

Mais ses pas ne le conduisent guère loin

Il revient bras ouverts

On dirait un sémaphore au large

D’une île d’Irlande.

Elle se retourne,dos au courant

Elle a,je crois,hurlé “oui”

Je ne distingue plus qu’un

Enserrés dans ungrand manteau

Elle a des cheveux jais

Fredonnent-ils?Ou est-ce leur prière

Pour un monde qui leur soit meilleur?

Triste canal tu l’ignores

Avec ton vieux complice et ses arches vétustes

Comme tu sais mettre en scène

Les seuls amants.

   

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Meurtres dans un paysage anglais

Les joyeux démonsJ'aime bien les Grands détectives de 10/18.Ce sont des ouvrages sans prétentions mais bien écrits et documentés.A condition de ne pas lorgner sur Le nom de la rose,ConanDoyle,Leroux et Leblanc ou les  passionnantes histoires de détectives américains carburant au whisky comme leurs auteurs si foisonnants.La série des grands détectives nous balade dans le temps et l'espace et dans un milieu bien précis. Personnellement je me limite à trois ou quatre livres car il me semble éviter ainsi trop de redites.A doses raisonnables ce sont des lectures très agréables dont vous connaissez déjà certains héros.J'ai déjà présenté Toby Peters détective à Holywood(Stuart Kaminsky)

    Edward Marston nous propose les enquêtes de Nicholas Bracewell,régisseur d'une troupe de théâtre dans l'Angleterre d'Elisabeth Ière. D'auberges emplies d'opulentes serveuses en manoirs de nobliaux parfois pervers,de rivalités entre comédiens en bordels londoniens Bracewell déjoue les énigmes tout en assurant les représentations des Hommes de Westfield,compagnie itinérante qui lui assure subsistance.Une dizaine de titres sont parus dont La folle courtisane,Les joyeux démons,La route de Jerusalem.Truculence assurée et peut-être y rencontrerez-vous Shakespeare ou Chaucer.Attention certains morts ne se relèvent pas à l'issue du dernier acte.

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Voyage en Italie

Nouvelles complètesC'est l'amoureux du cinéma italien qui vient ici témoigner de la déception partielle à voir Le voyage,dernier film de Vittorio de Sica(74).Cette déception ne vient pas tant du film,mais de la version anglaise pour cause de coproduction qui oblige les personnages, aristocrates ou bourgeois siciliens à parler la langue de Shakespeare alors que tout le film se passe en Italie.J'avais déjà déploré cela surtout chez Visconti et sa version des Damnés en anglais sauf la Nuit des longs couteaux où les Allemands parlent...allemand.

Si l'on passe outre ces aléas Le voyage vaut le coup même si pendant des années les critiques on crû bon de dénigrer,voire de massacrer les derniers films de De Sica. On est certes loin de l'état de grâce du Voleur de bicyclette,de Sciuscia ou d'Umberto D.Pourtant cette adaptation du grand écrivain Luigi Pirandello n'est pas à négliger.Hantée par l'idée de la mort cette histoire qui oppose l'amour fou aux traditions,même au sein d'une famille évoluée,s'aventure aux rives du mélo,ce qui n'a rien de honteux.Le couple Burton-Loren,un peu improbable au début,prend de la substance au fil du temps et ce voyage en Italie mérite un détour,bien que moins fort évidemment qu'une oeuvre maîtresse presque homonyme ,Voyage en Italie de Rossellini.Ne jamais avoir peur de ses propres émotions est un des commandements du cinéphile.Et l'on aura compris qu'on est là au pays de mes amours de ciné.

Ceux qui s'intéressent à Pirandello verront avec un infini plaisir Kaos,contes siciliens(84) des frères Taviani,auteurs aussi d'un Kaos II,toujours d'après Pirandello,à peu près inédit.Il est vrai que les Taviani sont passés de mode...

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Pan dans le Mills

¨                       Un nouvel écrivain pour moi et c'est un régal que de le présenter,un certain Magnus Mills,anglais de son état et vaguement surréaliste d'inspiration.La maison 10/18 dont on ne dira jamais assez l'excellente collection Domaine étranger a publié trois de ses livres.Le dernier,Trois pour voir le roi,est  une ahurissante fable contant les fantasmes de quelques misanthropes et de leurs maisons de fer-blanc.Irracontable,simplement à situer(grosso modo)entre Buzzati et Lewis Carroll.C'est un livre assez bref,un livre de plaine,de plat pays très surprenant.A découvrir vite fait.

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                  Le premier roman de Magnus Mills s'appelle Retenir les bêtes.Un peu moins original mais fort savoureux il nous emmène dans le sillage deTam et Richie,deux Ecossais bougons et paresseux,contraints de clôturer des hectares de pâtures alors qu'ils ne rêvent que de soirées au pub.Un point commun entre les deux bouquins,une espèce de fascination de l'enfermement,mais rassurez-vous,beaucoup d'humour.

Je n'ai pas lu Sur le départ mais j'ai confiance.Mills a un ton  et  son univers est très personnel,alerte et plus bouleversant qu'il n'y paraît.

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Eleveurs et Mormons

   La mythologie du western a ses références bien précises et ses personnages aussi. En voici deux qui font partie du paysage westernien par excellence.

  Ciel rouge  Les éleveurs,essentiellement les gros éleveurs sont souvent des exploiteurs avec un patriarche et des enfants moins courageux en général.Le vieil éleveur est souvent veuf,allez savoir pourquoi, et au soir de sa vie se pose des questions existentielles. Dans le méconnu Ciel rouge(48) de Robert Wise avec Mitchum très jeune et peu bavard le puissant propriétaire n'est pas si antipathique dans le conflit qui l'oppose aux profiteurs. C'est une réalisation des studios RKO que Serge Bromberg ce cinéphile qui ne se prend pas la tête nous présente très simplement.

    Les Mormons traversent fréquemment le paysage western avec leur air peu avenant et leurs jolies filles de noir vêtues. En général ces joiles filles tombent amoureuses de modestes cowboys qui doivent alors s'arrêter de boire. Le Mormon de cinéma est très raide et ne plaisante pas comme en témoigne Le convoi des braves(50) de John Ford, l'un de ses films préférés d'après Bromberg.Ce film sans vedettes met en évidence trois des acteurs favoris de Ford,les grands seconds rôles Ben Johnson,Harry Carey Jr. et Ward Bond bien connus des fordiens. C'est un beau film noir et blanc qui reprend le thème éternel de la Terre Promise avec ses chariots,ses ornières et ses bals violonneux.et pas mal d'humour comme toujours chez John Ford. Et ces plans sur la caravane sont vraiment de toute beauté.

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A la frontière du fantastique,Leo

Pour Leo Perutz justice sera rendue bientôt je l'espère. Il rejoindra Schnitzler,Musil,Zweig,Roth au paradis des auteurs dits "viennois".Ignorer Perutz est à mon avis une faute de gôut et une privation de liberté littéraire. Faisons un peu connaissance si vous voulez. Leo Perutz est en fait un Juif né à Prague comme Kafka quelques semaines plus tard.Fonctionnaire dans les assurances il quitte Prague pour Vienne, alors centre culturel de l'Europe et qui vit ses dernières années de prestige.Tous partiront et pour cause: Zweig, Freud,Musil,Kokoschka.

Le Judas de Léonard

               On définira Perutz comme un croisement entre Agatha Christie et Kafka. Certes réducteur mais assez juste. Toute son oeuvre sera imprégnée d'inquiétude et de culpabilité souvent englobées dans des histoires d'aventures ou d'enquêtes.Le Judas de Leonard nous entraîne dans la Renaissance Italienne quand le Maître cherche un modèle pour La Cène.

Le Tour du cadran Le tour du cadran qui intéressa Murnau et inspira Hitchcock narre 24 heures de la vie d'un prisonnier échappé aux mains menottées et qui comprend tragiquement le sens des expressions tendre les bras ou les mains dans les poches. Fort drôle et souvent pathétique ce roman se dévore à condition de pouvoir tourner les pages.

  Cavalier suedois (le) Le cavalier suédois est peut-être le plus connu et constitue un merveilleux conte sombre et fantasmagorique. Rêve et destin se conjuguent dans les aventures d'un brigand repenti signataire d'un pacte avec un fantôme.D'une écriture somptueuse qui emprunte au roman gothique et au fabliau Le cavalier suédois est le meilleur accès au pays de Leo Perutz.

  Le Cosaque et le Rossignol Le Cosaque et le Rossignol,conçu au départ comme un scénario proche de Lubitsch, n'a jamais été tourné. C'est une variation brillante sur les amours d'un général et d'une cantatrice troublés par un fakir. Mais tous les livres de Perutz sont à conseiller:il y a encore les nouvelles de Seigneur,ayez pitié de moi! et d'autres romans, Le Maître du Jugement dernier, Le miracle du manguier,etc... Aux éditions 10/18 et Phébus.

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