08 octobre 2006

Vie d'un fusil et mort du Western

Winchester 73Winchester '73 est un western classique(1950) qui présente une idée originale:le personnage principal est l'arme elle-même, symbole de l'Ouest et qui le demeure encore beaucoup trop à mon gré.Anthony Mann confie à James Stewart son acteur fétiche la tâche de retrouver cette arme révolutionnaire qui passera de main en main (trafiquant, chef indien, assassin).

     Cette belle idée permet de balayer d'un regard quelques personnages types de l'univers du western,de ceux qui balisèrent régulièrement trente années de films sur l'Ouest.Et puis  cette silhouette longiligne de l'honnête homme James Stewart hantera souvent le cinéma d'Anthony Mann,en quête de vengeance,d'une arme,que sais-je,symbole du bien parfois aux prises avec le doute.Une bien belle figure que Stewart chez Mann et bien plus riche qu'il n'y paraît.Le questionnement de Stewart sur sa carabine volée se révèlera même carrément freudien avec au bout du compte un frère digne de "Familles je vous hais".Pour les encyclopédistes du cinéma,à voir Rock Hudson et Tony Curtis débutants.

La horde sauvage

   Ainsi le Western serait déjà mort plusieurs fois.Ses meurtriers,une bande d'outlaws:la télé,la science-fiction qui a remplacé ses héros,les spectateurs peu motivés et quelques tueurs à gages de talent comme Sergio Léone ou Sam Peckinpah.La horde sauvage(1969) est évidemment loin du cinéma d'Anthony Mann.On a l'impression que non pas 20ans mais un siècle les sépare.Peckinpah,nourri de mythologies du cinéma d'action et d'espace, dirige une bande de quinquas bourrés de colts et de mauvaises habitudes pour qui les valeurs de l'Ouest de légende ne valent plus un mauvais whisky.Ces gens là n'ont plus rien à perdre pas même une vague conscience politique du côté de la Révolution Mexicaine qui a de temps en temps recyclé quelques héros douteux et viellissants.

   Les chasseurs de prime de l'autre bord sont aussi abrutis et bas de plafond.Tout ce beau monde va soigneusement s'étriper rouge vif dans une sorte d'oratorio pour gunfighters avec quasi mise au tombeau de mon enfance westernienne.Film charnière,film charnier,film important et soleil couchant sur cadavres.Vous avez dit eastwoodien?

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Un homme dans la ville

Giorgio Bassani est un écrivain du nord de l'Italie.Il semble qu'on commence à le redécouvrir.

Le cinéma nous l'avait déjà mis en lumière avec trois films dont le superbe Jardin des Finzi-Contini. Les éditions Gallimard proposent un ouvrage de référence rassemblant(et non compilant) tous les écrits de Bassani consacrés à sa ville de Ferrare. Bassani a lui-même réécrit ces six livres que l'on peut lire séparément. Cependant je crois qu'il faut lire le tout pour se faire une idée de la géniale appropriation du lieu géographique Ferrare par l'auteur. Essayons de procéder par ordre...

    Ferrare est une ville d'Emilie maintenant éclipsée par Bologne. Ville d'art très attirante Bassani y vécut presque toute sa vie au sein d'une famille juive et bourgeoise. La communauté juive de Ferrare était particulièrement intégrée y compris parmi les dignitaires fascistes. J'aime à faire comprendre que les choses sont souvent plus complexes et moins manichéennes qu'on voudrait le faire croire.

   Pourtant les lois raciales promulguées en Italie contraignirent Bassani à publier ses premiers poèmes sous un faux nom. Militant antifasciste c'est dans les années cinquante et soixante qu'il publia ses Histoires de Ferrare, regroupées ici dans Le Roman de Ferrare enrichi de nombreux documents sur l'auteur et sa ville.Cet ouvrage est un modèle d'érudition et de recherche pour qui veut s'imprégner d'une peuvre littéraire. Je n'avais jamais lu Bassani et ne connaissais que les films Les lunettes d'or et Le jardin des Finzi-Contini.

Le Roman de Ferrare : Dans les murs ; Les Lunettes d'or ; Le Jardin des Finzi-Contini ; Derrière la porte ; Le Héron ; L'Odeur du foin    Après une courte et tranchante préface de Pasolini Dans les murs propose cinq nouvelles ayant trait à la société de Ferrare juste avant ou après guerre.Nous assistons à une version transalpine de l'antisémitisme et de l'engagement politique, et surtout à l'ooportunisme qui sied si bien au genre humain. A Ferrare comme ailleurs les retours de guerre sont difficiles.

           Les lunettes d'or est un court roman plus connu depuis le film de Giuliano Montaldo ou Philippe Noiret campe ce professeur homosexuel en proie à l'incompréhension. Une belle oeuvre, pleine de retenue et qui n'angélise pas la victime, chose rare dans ce domaine.

    Le jardin des Finzi- Contini est une oeuvre d'une délicatesse et d'une grâce rarissimes. L'histoire d'amitié entre le narrateur et Micol, fille d'une famille juive riche toujours dans cette bonne ville de Ferrare se déroule dans un style assez précieux fait de longues phrases et de subordonnées d'une beauté à couper le souffle. Bassani sait ce dont il parle ayant fréquenté les cénacles bourgeois et éclairés des années trente. Il y a unité de lieu dans ce fameux jardin et le court de tennis verra se dérouler des sentiments d'une force et d'une ardeur accompagnées de promenades dans la nature idyllique de cette sorte d'éden pour amours enfantines et adolescentes. Mais que c'est difficile d'avoir 20 ans ou 50 d'ailleurs quand s'abat la peste  qui conduira la famille Finzi-Contini à la solution finale!

       Giorgio Bassani a désavoué le film de Vittorio de Sica et j'ignore vraiment pourquoi. C'est un peu dommage car la sensibilité de  de Sica est réelle même si elle est plus familière du petit peuple romain cher au Néoréalisme(Sciuscia,Le voleur de bicyclette) que des familles aisées du nord de l'Italie. A propos je trouve bien injuste  le purgatoire qui semble avoir saisi les films de de Sica, par ailleurs bien peu distribués en DVD.

       Le Roman de Ferrare contient encore Derrière la porte, Le héron et L'odeur des foins que je n'ai pas lus. Mais la prose de Bassani est si dense et procure  une brûlure exquise et tendrement douloureuse que je compte bien finir cette intégrale. Enfin je n'ai jamais lu une oeuvre aussi lovée au sein d'une ville, la ville de Bassani. Cela me donne diablement envie de voir Ferrare comme ces lecteurs amoureux qui visitent le cimetière de la ville pour rêver sur le tombeau de la famille Finzi-Contini qui est pourtant sortie de l'imagination de l'auteur. Bien bel hommage à la littérature, cette fleur vénéneuse et mortelle que j'aime tant.

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Capra c'est pas fini

En pleine crise de capraphagie c'est un plaisir de revenir sur la carrière de l'homme à la confiance inébranlable et à la foi sans bornes envers la démocratie. Un très bon coffret réunit quatre grands classiques d'un optimisme à toute épreuve.

   Les deux messieurs:Deeds-Gary Cooper l'extravagant qui s'en va en ville et Smith-James Stewart au Sénat de Washington sont de bien sympathiques archétypes de l'Amérique bienveillante. De toute la force de leur bonne et naïve volonté ils changeront (un peu) les choses l'un dans le monde des affaires suite à un héritage et l'autre celui de la politique en devenant sénateur bien que modeste chef scout pétri de valeurs pionnières et humanistes. On leur mettra bien des bâtons dans les roues en tentant de les ridiculiser par voie de presse l'un parce qu'il imite les cris d'oiseaux et l'autre parce qu'il joue du tuba dans l'orphéon de son village. Le rôle de la presse est capital chez Capra car toute liberté commence là et influencera Richard Brooks par exemple même si le ton Capra est de comédie.

   Outre Mr.Smith au Sénat et L'extravagant Mr.Deeds le coffret présente le bien joli Horizons perdus où un diplomate britannique trouve la sérénité sur les hauts plateaux tibétains. Une belle métaphore sur la paix dans ce lieu saint qu'est la lamaserie de Shangri-La. Enfin le road-movie NewYork-Miami entraîne Gable et Claudette Colbert dans un amour hors des conventions. Ces quatre films datent de l'immédiate avant-guerre et nous mènent au Capra engagé et producteur de la série de courts métrages Pourquoi nous combattons dans la lutte contre la barbarie.

   Capra c'est l'honnête homme et cela transpire dans tous ses films:L'homme de la rue,Vous ne l'emporterez pas avec vous et La vie est belle que je vais voir de ce pas et qui passe pour son chef-d'oeuvre.Il y aurait donc deux chefs-d'oeuvre du même titre. La thématique de Capra n'aura pas varié. L'individualisme américain hérité du meilleur des pionniers se retrouve au service de tous et pour le bien de tous. Ce message peut paraître désuet. Fidèle de ce vieux Frank je ne le crois pas.

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Retour d'un vieux copain

The US edition of The Animals' self-titled debut album. Je l'avais quitté il y a à peine 35 ans,quand son fabuleux groupe,né à Newcastle,avait explosé.House of the Rising Sun,Don't let me be misunderstood,Boom boom ce n'est pas rien quand même.Eric Burdon est de retour et je l'aime toujours.The Animals,encore un de ces groupes qui ont changé la musique en ces fameuses année soixante-cinq.Je les ai vus deux fois à l'Olympia.J'avais 15 ans et les éructations de Burdon me résonnent encore aux oreilles.Peu amateur de menthe à l'eau  Eric Burdon,humble prolétaire de Newcastle,savait mettre le feu et chanter ce rock-blues entre Ray Charles et Joe Cocker,tout en hargne et de sa petite taille Burdon faisait alors partie des plus grands.La deuxième fois le vent avait déjà tourné un peu et Burdon et les Animals n'étaient plus que la première partie d'un curieux type qui rongeait sa guitare,du  nom de Jimi Hendrix.

Il y a bien longemps que Jimi joue Voodoo chile parmi les anges.Eric est alors parti à San Francisco pour y graver d'excellents titres:Year of the guru,Monterey,San Franciscan nights.Puis ce fut quasiment le silence.Enfin j'apprends qu'il est en France et ses deux derniers albums sont magnifiques:un live enregistré à Athènes et en studio,Soul of a man.Voilà qui plairait à Wenders,Scorsese et à tous ceux que l'énergie brute et inchangée du maître des Animals a pu séduire.Welcome Eric!Great to see you again!La vie commence à 60 ans.

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Un film bien

Je viens de voir un film fort sur la résistance à l'oppression.

Je viens de voir un film sans budget,fait de bouts de ficelle et presque sans acteurs connus.

Je viens de voir un film choc comme l'on n'en avait jamais vu,impressionnant de violence.

Je viens de voir un film inoubliable,un film qui colle comme de la glaise à son pays,a son histoire,à son peuple.

Je viens de voir un film où les femmes sont des femmes,faibles et fortes,de rires et de larmes,et dont les enfants sont fiers.

Je viens de voir un film digne qui montre des enfants tels qu'ils  sont dans des circonstances dramatiques,et qui ne les utilise jamais pour une factice et facile émotion.

Je viens de voir un film,honneur du cinéma,un film révolutionnaire dans la seule acception de ce mot,à savoir humain tout simplement. 

Je viens de voir...Je viens de revoir...         

(Roberto Rossellini:1945)

Excelsa Film

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Rock-book

 Owen Noone & Marauder de Douglas Cowie                         Le tout premier roman de Douglas Cowie porte le curieux titre de Owen Noone & Marauder(éditions Christian Bourgois,souvent intéressantes).Il conte les trois années d'existence d'un groupe de rock,activité souvent soumise au siège éjectable ayant tendance à s'autodétruire assez vite.Pourtant dans ce périple rock américain peu de clichés,pas de défonce,pas de mésentente entre les membres(deux musiciens seulement),peu de filles en pamoison.Juste un peu de bière comme vous et moi si j'ose dire.Mais une belle description simple de la carrière fulgurante et dévoreuse d'un groupe de rock contemporain,aussi vite saisi par le succès que par le doute.Je vous laisse le découvrir vous citant une seule phrase,géniale et dont j'aimerais avoir eu l'idée.


Il vendait des poupées gigognes à l'effigie d'Owen Noone(leader du groupe).Dans Owen Noone se trouvait Kurt Cobain dans lequel se trouvait John Lennon dans lequel se trouvait Elvis Presley dans lequel se trouvait Buddy Holly.


On pourrait emboîter ainsi bien des poupées si chères à notre coeur de rocker.

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La première venue


Eve(1950) de Joseph Mankiewicz est un exemple d'intelligence de l'écran sous la houlette d'un maître absolu du scénario et du dialogue.D'une cruauté inouïe All about Eve est le tableau du monde du théâtre,terrain miné pour les naïvetés et les sentiments.Il y a dans Eve plusieurs scènes fabuleuses qui conjuguent l'ambition et la jalousie,au coeur d'un système où les bourreaux d'un jour sont les victimes du lendemain.Mépris,morgue,arrogance donnent une image assez révulsive de Broadway et par extension d'Hollywood,et par extension de l'Amérique et par extension de nous-mêmes.N'avons-nous jamais rêvé d'être calife à la place du calife?



Bette Davis,hautaine puis s'humanisant,Ann Baxter à l'inverse,l'extraordinaire George Sanders perfide et une distribution parfaite avec une dizaine de rôles importants et des personnages tous en place au cordeau achèvent de donner à Eve le statut de film culte bien au-delà de l'univers du spectacle.Statut qui valut au film six statues aux Oscars.Statut qui,surtout,empêche tout vieillissement de ce film,contrairement aux actrices.





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Docteur et dictateur

     Je n'avais pas revu le premier film de Richard Brooks depuis 40 ans.Il me paraît toujours très fort bien que les éléments politiques datent des années cinquante.Mais la dictature est un art qui n'est pas encore démodé et on peut tenter de tirer les leçons de cette fable qui a peut-être un peu inspiré Francesco Rosi ou Costa-Gavras. Cas de conscience(1950) met en scène le neuro-chirurgien américain Cary Grant obligé d'opérer le tyran d'un pays d'Amérique Latine,José Ferrer.Pressé par l'opposition de faire mourir son patient en kidnappant sa femme,que va faire le Docteur Ferguson?

   Bien des conventions d'époque bien sûr dans ce film américain du libéral Richard Brooks.Je rappelle que libéral n'est pas une insulte.Mais c'est aussi une sorte de thriller intelligent et relativement ambigu comme en témoigne la fin.José Ferrer dont c'est à mon avis l'un des meilleurs rôles est hallucinant de glaciale vérité et de logique tyrannique et m'a fait penser un court moment à Aguirre-Kinski,sacrée référence.

    On verra aussi dans ce film une discrète mais efficace critique de l'interventionnisme américain sous les traits les plus séduisants qui soient,ceux de Cary Grant.Moi qui suis paramédical mais pas chirurgien il me semble que mes mains trembleraient  si je devais opérer du côté de La Havane,Pyong-Yang,Tripoli ou Téhéran.Et plus encore à Achqabat, Turkménistan,dont vous connaissez peut-être le si sympathique Niazov, président à vie,dont la statue tourne avec le soleil et qui à entre autres interdit l'opéra.Entre autres...

   

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