12 octobre 2006

Une chanson:Summer in the city

http://www.dailymotion.com/video/xliyd_the-lovin-spoonful-summer-in-the-ci Ecoutez!

   Moins de trois minutes et l'une des meilleures chansons rock qui soit,le Summer in the city des Lovin' Spoonful,1969 et la fin des sixties à Woodstock.

Summer in the City

   Le groupe de John Sebastian connaîtra quelques succès Daydream,Nashville cats,Rain on the roof mais leur titre de gloire qui résonnera à jamais dans les coeurs est cet étouffante fournaise de klaxons et de bruits de la ville que je considère comme l'un des dix meilleurs 45 tours de la culture rock.Cette mini mini symphonie qui évoque la violence urbaine qui sourd sous le pavé fait preuve d'originalité avec ses saccades et ses effets spéciaux rudimentaires.Je trouve que c'est un des succès de l'époque qui est le plus évocateur de cette période de contestation étudiantine.Cela est bien loin mais conserve tant de charme...

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David Lean ou les ambiguités


Il en est des films comme des hommes,clairs comme l'eau de la roche,sombres et souterrains,ou illisibles et fascinants.David Lean,parfois stupidement dépeint comme un cinéaste d'inspiration coloniale nous a donné il y a bien longtemps(57) une oeuvre qu'il faut toujours redécouvrir.Le pont de la rivière Kwaï est un des très rares films de guerre dont on ne peut à coup sûr dire s'il relève de la propagande ou s'il est un modèle d'antimilitarisme.Je  crois que cela dépend du spectateur et de ses états d'âme.L'immense succès populaire du film et de sa célèbre marche ne l'empêche nullement de prétendre au titre de film d'auteur(pour autant que ce terme galvaudé signifie quelque chose).


"Folie" est le dernier mot prononcé dans le film et c'est bien de folie qu'il s'agit dans l'escalade d'egos des officiers anglais et japonais Nicholson et Saïto.La démesure et la logique d'aveuglement des deux colonels annonce celle d'un autre colonel,Kurtz,(Apocalypse now),de Coppola mais adapté de Joseph Conrad,autre chantre de cette mégalomanie(Lord Jim,la folie Almayer).


Quoiqu'il en soit ce mélange explosif de va-t-en guerre et de pacifisme nous interpelle de manière fort intelligente et spectaculaire sur les contradictions de l'homme en guerre.Je ne trancherai pas ce soir mais me contenterai de rappeler que Lawrence d'Arabie est lui aussi un personnage riche d'une belle ambiguïté que David Lean n'éclaircira jamais totalement et c'est tant mieux.

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Les héros sont fatigués

Peut-être est-il un peu hasardeux de classer le très beau film de Robert Rossen,Ceux de Cordura(59) parmi les westerns.C'est en l'occurence un western tardif,l'action se passsant en 1916.Mais surtout il brode une histoire à partir d'une thématique plus contemporaine que les westerns classiques.Je dirais que dans ce film on cite plusieurs fois la Guerre de 14 et qu'il n'est pas si éloigné des grands film de genre comme Kwaï,Attack,Les Douze Salopards,voire Les sentiers de la gloire ou Les Hommes contre.Mais à la différence de ces deux derniers il n'inflige pas une sorte de "propagande pacifiste" et je mets là volontairement des guillemets.Ceux de Cordura,c'est un western presque bergmanien où l'introspection qui finit par saisir tous les personnages dans ce huis clos désertique nous conduit à nous poser la question qui hante Gary Cooper(un de ses derniers rôles,impressionnant):Où est le courage,où est la lâcheté?Terrible dilemme que nous connaissons tous un jour ou l'autre au cours de notre vie.


      "Une lâcheté ne fait pas d'un homme un lâche,une action de bravoure ne fait pas d'un homme un héros" dit Rita Hayworth,dans un rôle de femme riche et secret,cerné de zones d'ombre comme les autres "héros" ,Ceux de Cordura,destinés aux honneurs militaires.Ces hommes,en fait sont veules,violents,cruels et fourbes.Ils sont aussi,ou ils ont été courageux,exemplaires.Ils sont des hommes,c'est tout.Nombre de beaux moments dans ce film,les silhouettes de ces soldats comme perdus,harassés,asséchés de fatigue,la draisine qui manque de tuer Cooper,l'humanité qui finit par saisir les personnages qui iront tous vers leur destin.On ne sait plus bien si ce sera la corde ou la médaille.

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La Comtesse au théâtre


Il y a quelques années une rencontre avec une comédienne avait dans ma vie donné quelques étincelles.Le cinéphile que j'étais a eu l'idée d'écrire pour elle ce qui suit.Cette très courte pièce un instant envisagée lors d'une soirée n' a jamais vu le jour.Telle quelle je vous la présente,à titre amical.A propos les étincelles dont je parlais n'ont pas pétillé jusqu'à concrétisation de ce splendide morceau de théâtre.Le théâtre s'en est vite remis.L'actrice et l'auteur s'en sont remis aussi,peut-être un peu moins vite.(Pardon pourla pagination,pas terrible.Et pardon pour la pièce,pas terrible non plus)

Dialogue

Cinéma:lui l’écran(masculin)

Théâtre:elle la scène(féminin)

Le théâtre drapé ----dignité;elle est seule et se penche

sur l’humanité.La vie c’est elle.

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Elle,la Scène

Je vous connais bien tous,oui,tous là,grands et petits depuis si longtemps.J’ai vécu vos vies et plusieurs fois.Je ne meurs pas.Vous non plus vous ne mourrez pas.Mieux vous vivrez en moi.

Mon nom:protéiforme il est comme on veut,selon votrehumeur,selon vos amours,changeant comme le vent.Appelez moi la Scène,le Théâtre.Au fil des ans:c’est qu’ on me donne environ 2600 ans.Pas mal pour tant d’années,non?Tragédie,Comédie.

Des esthètes incertains m’ont parfois baptisée Tragi-comédie.Mais un peu plus loin dans le monde je suis Nô,je suis Kabuki,théâtre d’ombres,Pansori.Là bas vers l’Orient.J’ai été farce aussi.Et même rite.Plus tard on m’a appelée Pantomime,Boulevard,voir Grand guignol.J’arpentais le Boulevard du Crime,c’était le siècledernier,crinolines,hauts-de-forme.Je pourrais vous en raconter des anecdotes,j’ai tant aimé,j’ai tant vécu,mille vies peut-être.

Et les plus grands m’ont servie.Il me semble même que les historiens ne remontent pas assez loin.Dans le froid des cavernes,je suis sûre,on mimait la chasse à l’auroch,au félin géant. Au moins les costumes étaient d’époque.J’y étais déjà,vous-dis-je.

Et les enfants?Que dire desenfants qui jouent dans leurs récrés et jusqu’à leurs pleurs,leurs flatteries,leurspetitesvanités pour plaire à la maîtresse:la plus sage,la plus attentionnée pour ranger ou nourrir Jeannot Lapin.Des comédiennes;Tiens!On est plutôt femme déjà quand on parle de jouer.Le théâtre est femme,avec ses tours,ses perversités,ses...

Aparté:mais on arrive...

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Lui,l’Ecran

Je l’ai entendue.Une vieille querelle,une histoire quiremonte.Elle se prend pour l’Art,le seul,le vrai.Elle va vous faire,si ce n’est déjà fait le coup de l’Antique,des amphithéâtres sur la mer.Syracuse,Taormine et la Grèce.Ah la Grèce!Quelle prétentieuse que la scène.Et puis ce langage.Oui,même dans le langage,le vrai,celui des vraies gens,comme vous.Oh!Je ne voulais pas vous blesser.Non mais se faire une scène,une scène de ménage,la grande scène du III.Tout,vous-dis je,tout pour faire parler d’elle.Mademoiselle,faut-il les appeler,il paraît.

Et ces codes:la cour et le jardin,je ne sais trop quoi.Désuet comme leur jeu.Allez,moi,l’Ecran,le Grand Ecran,je le concède,elle a eu son heure de gloire,peut-être.Mais on a beau dire,le théâtre,c’est un peu l’école.Vous n’allez pas me contredire?On s’y ennuie ferme.Ca ne ressemble guère à la vie.Etpuis il faut aller avec son temps.On ne peut ignorer Méliès,ni lesfrères Lumière,1995,un fameux bail déjà.Moi aussi j’ai une histoire.Moi aussi!

Vaniteuse!J’en ai assez d’être l’idiot de la famille.

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Elle,la Scène

Vous êtes là,évidemment.J’aurais dû m’en douter.Dèsqu’il y a quelques curieux,vous êtes là.Vous donner en spectacle.J’aurais dû m’en douter.

Lui,l’Ecran

On ne se tutoie plus?L a mémoire vous ferait-elle défaut?Nous avons pourtant pas mal de souvenirs,ensemble,belle théâtreuse.Ne suis-je pas votre jeune frère en quelque sorte?Même si vous m’accusez d’avoir mal tourné(mal tourné,j’ai quand même un peu d’esprit,non?)Allez,ne soyez pas sévère,vous avez aimé,vous avez eu votre chance.La roue tourne.

Elle,la Scène

Je ne veux rien avoir à faire avec vousVous n’êtes

après tout qu’un homme d’affaires sans scrupules.Le Cinéma,

unfaiseur,un truqueur.Ah les beaux titres de gloire.Moi,je

suis là face à la mer,le centre du monde,en Sicile ou en Grèce.

C’est presque l’éveil de l’humanité,de la conscience.

Laissez moi vous situer l’ambiance.Brûle le soleil des

îles proches.L’amphithéâtre,cette oreille démesurée pour le

plus beau des spectacles.La mise en scène de l’homme par l’

homme et pour les hommes.Le vent se lève un peu,la mer est

ionienne.Ils sont tous là avec ces noms si prodigieux.Ecoutez

comme cela chante:les choreutes,le coryphée,les protagonistes

et par dessus tout:le Destin.Eschyle,Sophocle,Aristophane et les autres.

Sans eux,sans leur plume,vous,pauvres humains vous

ne respireriez pas,le coeur à sec.Les sentiments,la grandeur,le pouvoir,la guerre,tout y est.L’essence même,ce qui fait que l’

homme est grand,palpite derrière un rideau.Le moindre tréteau

et les poumons s’emplissent de liberté.Tempête,violence,c’est

mon lot et c’est le monde.Je vous l’offre.

Lui,l’Ecran

Tout doux ma belle,comme vous y allez.Eh,j’ai appris

à parler,il y soixante-dix ans,à causer,c’est mieux.Leur langue,

c’est moi qui la connais.C’est que je viens de la rue,de la fête

foraine.Quand ils prennent leur marmaille par la main,c’est chez

moi qu’ils déboulent et pas à la Colline ou au Théâtre d’Expression du Peuple,ou quelque chose dans ce genre.Brechtien,c’est

cela?Le message,pourquoi pas le sacerdoce?Non,vous ne les ai-

mez pas vraiment.D’abord est-ce qu’ils mangent du pop-corn

au théâtre?Ca me donne faim.Allez la Scène,sois bonne joueuse.

On est resté proche,non!

Elle,la Scène

Cessez là ce jeu de démagogie,ce n’est pas mon goût

et je cultive une autre idée de l’Art.J’ai vécu la ferveur des ca-

thédrales,la foi des porches d’églises.Les mystères se jouaient

devant nombre de gens,illettrés,manants ou traîne-ruisseau

mal vêtus.Pourtant leur regard,j’ai su l’illuminer à la Passion

du Christ ou à la vie des saints.Ou bien encore en présentant la

Guerre Sainte et le voyage au Sépulcre.Si vousaviez vu comme

la communion inondait les parvis,ici-même en Picardie.Les femmes

à genoux comme contemplant le Ciel,entourées d’enfants aux

yeux écarquillés par la lumière émanantde cette scène si

chrétienne.Et les hommes se prosternant,eux pourtant rudes

à la tâche et obscurs,pour une fois transfigurés par le

théâtre.Transfigurés au sens premier,la figure comme

béatifiée.Les mystères médiévaux:la beauté,la grâce,seul Claudel

des siècles après a su...

Lui,l’Ecran

De grâce,il suffit,assez de grâce.Tu as vu,je parle

comme toi,un peu précieux”il suffit”.Pardonne moi ces facéties

mais je n’ai pas,moi,d’ancêtres canonisés à la sacristie.Tout au

plus mes premiers souvenirs remontent au sous-sol d’un café,

du Grand Café tout de même...Chapeau-claque plus qu’auréole.

Désolé.

Elle,la Scène

Le Café,les boulevards?Il est bien question d’un café,

fut-il grand,alors que j’évoque des centainesd’amateurs dans la

même liturgie,des tailleurs,des peintres,des jongleurs,tous

fiévreux de toucher au sacré,au coeur des villes pour édifier la cité.

Quel film,quelle fiction peut-elle ainsi toucherau sublime?Bien

sûr il y a peu de tartes à la crème dans la Passion.Comment dites-

vous,à Hollywood,”slapstick”?

Lui,l’Ecran

J’ai,moi,une toute autre idée du sacré,un respect du

public.Celui que vous ignorez,celui qui n’a pas honte de s’esclaffer

quand un flic tombe dans le bassin poursuivi par un chien.Bur-

lesque,les zygomatiques...Vous ne faites guère rire,ma belle

amie.Je vous l’ai dit,je sors à peine de la baraque en toile mais j’ai

grandi quand même et mes premiers maîtres,!les Méliès et sa

fantaisie,ses voyages extraordinaires,les Keaton,les Chaplin.

Ah!Celui-là au moins vous ne pouvez le nier.C’est officiel.

Elle,la Scène

Parlons-en.Il vient de chez moi.Il arpentait à huit

ans les théâtres londoniens,et pas les plus prestigieux.Plus près

de Jack l’Eventreur que de la Royal Company.Moi aussi,la Scène,

j’ai su accueillir les petits,les sans-grade sans flagornerie,sans

démagogie,dans la dignité.Au théâtre le petit Charles était

mime,acrobate,chanteur,enfant perdu,petit voleur et vieillard

chenu.Sans compter montage et démontage ,voire les tournées.

Chaque jour il faut remettre sur le tas l’ouvrage,rien n’est ja-

mais gagné.Au cinéma,c’est en boîte et voilà,on est tranquille,

ça roule.

Le métier de jouer est là:de vieilles planches,unvague

rideau,quelques spectateurs et j’aurai du talent.Pas toujours

celui du grand Will ou de Goldoni,je le concède et le revendique.

D’ailleurs ce soir,par exemple,l’auteur,bof...Il a beau essayer de

voir les choses derrière les choses.Pas toujours du génie,d’accord

mais du coeur;

“To be or not to be,that is the question”

Lui,l’Ecran

On croit rêver.Voilà ce Danois dégénéré à nouveau.

Et dans son royaume pourri.Non mais on croit vraiment rêver.Et

c’est la plus belle réplique du répertoire.Ca vous donne une idée.

Même une série B,chez nous,même ce ringard d’Ed Wood avait

plus d’imagination.Peut-être même Bresson:un minimaliste

pourtant lui,il aurait dû faire du théâtre.

Elle,la Scène

Moquez,moquez.Vous n’oserez taire la grandeur du

Roi Lear,père bafoué.Ni la violence des Henry,Richard.”Voici

l’hiver de notre déplaisir” Il y a là à Stratford/upon/Avon à la

fois Vérone et Azincourt,la guerre et le pouvoir,le Maure de Ve-

nise et ce traître de Iago,la perfidie des femmes et la veulerie

des grands.La paillardise de Fastaff elle-même est grandiose.

Lui,l’Ecran

N’oubliez pas que j’ai fait plus pour Shakespeare que

tous les vôtres.Je dois dire que lui,William,est l’un de mes meil-

leurs scénaristes.Avec mon grand à moi,mon très grand,Orson

Welles,quel attelage,non mais quel attelage!Et les Japonais,

aussi,créateurs de leur propre Shakespeare:Kurosawa,le

Château de l’Araignée.N’ai-je pas un peu mes titres de noblesse?

Elle,la Scène

Oui,à propos ce Welles est bien le mégalomane de 25

ans,brisé par Hollywood,pour cause de génie trop précoce.Pas

mal,l’idée de son traîneau et la neige de “Rosebud”.Pas mal pour

un cinéaste.Ca ne lui a pas porté chance:le cinéma,cette indus-

trie.Allez je vous l’accorde,vous avez eu quelques éléments de

valeur mais même pour Welles je vous ai précédé:son Mercury

Theatre,c’était bien avant Citizen Kane?

Comme ce grand Nordique,introverti,je suis à la re-

cherche de son nom.Grand metteur en scène de théâtre!Du

souffle assurément,mais quand vous m’accusez d’austérité,

repassez ses films.

Lui,l’Ecran

Ingmar Bergman,l’ermite de Farö.Un sacré client,pas

facile.Un tyran,obsédé par le péché.L’austérité très belle dans

son dépouillement.Tourments,la Honte,Crise,Cris et chuchotements.

Des personnages magnifiques de la part d’un homme qui

aimait les femmes et qui les a comblées,en les bousculant un peu

certes.Normal.De toute façon il m’ a quitté pour la télé,alors...

Elle,la Scène

J’en ai un peu assez du Nord.J’ai bourlingué plus au

chaud,en Méditerranée.Et ces lurons vous les avez toujours

ignorés,à part les Enfants du paradis.Je parle de mes vieux amis,

de ces caractères installés derrière un masque Pierrot(Pedrolino)

Colombine la fringante,Scaramouche,Arlequin le coloré,Mata-

more.Tous aux pieds légers,la Commedia dell’Arte,la comédie du

métier.Ils dansent,ils zieutent,ils écoutent,ils se moquent.On

appelle certains les Zanni,les histrions.Sveltes,ingambes,de la

porcelaine.

Lui,l’Ecran

Mon vieil ami Federico n’en était pas si loin.Une complice

à moi a dû vous en parler ici-même.Il n’aimait rien tant

que les bouffons,les clowns,les danseurs de corde et ceux qui

s’attardaient le nez dans les nuages au coeur de Roma,de la

Cité des Femmes et du Cinéma.Marcello!La belle équipe,oh,la bella squadra et la musique de Nino.

A propos de sud,chère consoeur,rappelez-vous le Prince:”Nousétions les guépards,les lions:ceux qui nous succè-

deront seront les chacals,les hyènes.Et tous tant que nous sommes,guépards,chacals,brebis,nous continuerons à nous

prendre pour le sel de la terre”.

Elle,la Scène

Je reconnais bien là Visconti,cet autre prince.Lui aus-

si m’a aimé,lui aussi m’a célébrée.Décidément nous avons des amis

communs.Peut-être sommes nous vraiment plus proches que

nous ne voulons le laisser paraître.

Lui,l’Ecran

Parfois j’ai été un peu nerveux,à l’Ouest,avec les chevaux,par exemple.Ils m’ont toujours excité,les chevaux et j’en

ai fait un genre à part entière,le seul spécifiquement cinéma-

tographique.Mais je l’assume et s’il ne devait rester de moi qu’

une image pourquoi pas un cavalier dans la plaine,ou une corde

au soleil attendant un cou de bonne volonté afin de l’étreindre.

Le western,le cinéma par excellence.Ou mieux encore parité

oblige,le seul grand rôle de femme dans un western,Joan Crawford,au piano,de noir vêtue,dans Johnny Guitar.Vous le savez

la tragédie grecque,les Atrides,ça s’est passé aussi le long du

Rio Bravo.Les Horace et les Curiace en guerre pour un ranch.

Universelle,la lutte pour le pouvoir.

Elle,la Scène

Oui mais la passion,la bataille d’Hernani,le romantisme

n’a pas d’égal.Qui n’a pas vu les “Jeune France”,mon tendre ami

Nerval,et Gautier,et bien d’autres,forcer les portes de la cita-

delle des classiques?1830,Hernani.Mort aux emperruqués,aux

vieux birbes!Quel cénacle autour de Victor,et Vigny et Dumas!

“Elle me résistait,je l’ai assassinée”

Lui,l’Ecran

J’ai moi aussi eu mes révolutions:l’expressionnisme

de Berlin,Murnau,Lang:”Ich weiss nicht”.Cet assassin égaré qui

sifflait Peer Gynt.

Et Jean-Luc et Truffaut pendus au rideau du Festi-

val;La Croisette en 68,la Nouvelle Vague,les Angry Young Men,

le néo-réalisme...

Elle,la Scène

Hola,on avait dit “Pas de catalogue”.Et ce n’est pas

parce qu’un chômeur a volé une bicyclette en Italie après-guerre que vous devez vous sentir investi d’une mission sociale.

Lui,l’Ecran

“Ciel mon mari”

Elle,la Scène

Quoi,vous avez osé?Immonde...

Lui,l’Ecran

Mais je n’ai rien dit,enfin rien de plus que l’une de

vos phrases immortelles(Note:il pouffe de rire).Pardonnez moi.

Est-ce ma faute si le théâtre pour beaucoup se résume à un

placard?Pantalonnade!

Elle,la Scène

C’en est trop.J’en ai assez entendu.Vous ne changerez

donc jamais.Me réduire à ces pitreries.Est-ce vraiment votre

opinion?Adieu!

Lui,l’Ecran

Bon,ça va,reviens.Tu sais bien que je t’aime toujours

même si on est parfois concurrents.J’ai moi aussi,et tu le sais

bien,dans mon patrimoine,par exemple le Congrès des belles-

mères,d’Emile Couzinet.Invisible,perdu pour tout le monde et

c’est diablement heureux.Jamais rien fait d’aussi débile.

Elle,la Scène

Je te pardonne,espèce de grand escogriffe.Allez,pour

ta punition récite-moi quelque chose.Il y a,chez toi bien des

choses que j’aime,si tu veux bien t’en donner la peine.

Lui,l’Ecran

O.K.Princesse.Si tu me le demandes ainsi avec ton sourire,ton sourire d’une nuit d’été.

“Nous sommes dans l’Ouest ici.Quand la légende dépasse la réalité,on imprime la légende.”

Et François le fidèle:”Les jambes des femmes sont

comme les branches d’un compas qui arpentent la terre en tous

sens et lui donnent son équilibre et son harmonie”

Dis,sois ma partenaire,juste un peu.

Elle,la Scène(l’interrompant)

Allez,je t’aide,jepasse à l’ennemi.

“Qu’est-ce que j’peux faire,j’sais pas quoi faire”.Ou me veux-tu un peu flingueuse “J’ai déjà vu des cons,mais vous êtes

une synthèse” ou anarchiste “Salauds de pauvres,Jambier,Jambier,47 rue Poliveau”

“Tu me fends le coeur”,si tu me veux province,si tu meveux Provence.

Lui,l’Ecran

“Silence,j’écris”.Mais quel talent,la Scène,tu devraisvenir plus souvent.

“Vos gueules la-haut!On n’entend plus la pantomime”

Elle,la Scène

“Bon appétit,Messieurs,ô ministres intègres”

Mais ne préfères-tu pas “Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?”

Lui,l’Ecran

“Madame,il est tard demeurez ici.On vous y logera le mieux qu’on pourra”

Elle,la Scène

“Non,Dom Juan,ne me retenez pas davantage”

Ainsi mon ami,sensible à ce bon vieux Poquelin.Tu sais

que ça fait plaisir.Don Juan te plaît hein?Je reconnais bien là

ton curieux pouvoir,cette séduction un peu facile mais...

Lui,L’Ecran

Troublante

Elle,la Scène

Oui,voilà,troublante.Tu es content,là?Tu ne change-

ras donc jamais.Sors un peu de ton emploi.Tu vaux mieux que ta

complaisance,tu me l’as prouvé déjà.Dis moi plus,dis moi mieux.

Parfois tu sais cerner la vérité des êtres.Quand tu sais t’affran-

chir des contraintes et te donner les moyens,quand tu sais être

libre.Respire,respire la poésie surréelle et les haines du confor-

misme.Il y a eu Don Luis Bunuel et ses yeux de glace.Cette carte

tu ne l’as pas jouée à fond.

Lui,l’Ecran

Cette carte n’est un atout que pour la littérature.Il

me faut m’en affranchir.Moi je crois n’être jamais aussi vif

que dans le cartoon.Et Tex Avery est un maître,et l’animation

quel mot vivant et original.Le parfait sésame pour l’invitation

au voyage.Ah,ce loup au regard exorbité,hurlanT à l’amour au

cabaret!Waouh!Et la lune rieuse de Méliès, son clin d’oeil,l’un

des plus beaux appels du Septième Art,de moi quoi!

Maisje neparle que de moi.Tu as des projets?Des nouveautés.”Qu’allait-il faire dans cette galère?” ou plutôt “Ca

vous chatouille ou ça vous gratouille?”A moins que ce ne soit

trois soeurs,avec leur oncle,devisant dans le verger.Attends:

c’est la cerisaie,oui,la cerisaie.Ca se passe en Russie,je connais.

Bonjour l’action.Il y a l’âme slave,tempête dans un samovar.

Elle,la Scène

fois encore

J’avais effectivement une idée,simple et modeste.Par une soirée presque d’été j’aurais aimé la paix,la paix partoutmais au moins

entre nous.La soirée aurait ressemblé à celle-ci et tes amis

auraient été les miens.On aurait bu un peu,peut-être dansé,

doucement.L’atmosphère...

Lui,l’Ecran

“Atmosphère,atmosphère”

Non,pardon,c’est un peu facile.Au diable tous ces mots

jetés à notre face.Retournons ensemble à la bibliothèque.Je suis

sûr qu’on y fera des découvertes.Le livre n’est-il pas lui aussi de

la famille?Allez,viens!Viens!

Souviens-toi:une bonne pièce a parfois donné un bon

film.Et il y a quelques exemples de bon livres bien adaptés qui

ont fait de très grands films.Si,si,je pourrais vous en citer.On

en parle après,ça m’intéresse.

Elle,la Scène

Par contre on n’a jamais vu ou presque de roman

transcrit pour la scène avec bonheur.Rarement.La preuve d’une

plus grande indépendance en ce qui me concerne.

Lui,l’Ecran

Le dernier mot.Sûr qu’elle aura ...le dernier mot

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L'autre grand écrivain turc

   

      Regarde donc l'Euphrate charrier le sang du grand écrivain turc Yachar Kemal est une allégorie de la guerre et plus encore de la paix impossible surout quand il s'agit d'ennemis héréditaires qui ne savent plus pourquoi mais se détestent au delà des générations.L'Ile Fourmi, au centre de ce roman, pourrait bien ressembler à Chypre par exemple.Après la Grande Guerre,celle qui a tout changé Grèce et Turquie ont fait un curieux échange d'îles et de populations.Deux hommes se retrouvent dans une île déserte et vont créer une situation presque amicale jusque dans l'absurde de ce no man's island.

   Il m'arrive d'acheter un livre surtout pour son titre et c'était un peu le cas pour Regarde donc l'Euphrate charrier le sang qui me paraissait prometteur.Je ne l'ai pas regretté car il règne sur ce roman un souffle baroque très vivifiant.

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Les falaises

Les falaises

 

Quand le vent crie au loup,si âpre

Que les fous et les goélands eux-mêmes

S’accrochent aux cavités granitiques

Les ailes affolées près des lames acérées

Et que des courants sans relâche

Giflent encore et encore de fragiles terrasses

Quand les gerbes d’écume,geysers recommencés

S’évaporent en violence dans ces vêpres bretonnes,

Quand les chapelles tintent

Et que les femmes prient la mer

Que veillent les enfants troublés

Que frappent les chevaux aux écuries nerveuses,

Quand les arbrisseaux s’humilient au chaos

Que les barques au quai dansent la sarabande,

Que les sirènes océanes séduisent

Les derniers imprudents,

Quand les calvaires déchirent la lande

Quand même les grottes marines

Referment leurs auvents

Quand la péninsule craint Dieu

Une femme apparaît.

Elle est noire de cheveux

Comme une veuve du Sud

Elle défie la cité et le ciel coléreux

Face aux dieux irrités elle a gravi les marches

Qui mènent au vieux sentier

De la falaise d’Aval toute de craie

Et d’embruns.

Elle est belle,elle est femme,elle est forte

Elle joue de ses mains,mime prodigieuse

Apparition,suis-je le seul à la voir?

Tragédienne,son amphithéâtre c’est le grand Ouest

Eole,tempêtueux

Lui donne la réplique,mieux

Transporte sa voix

Elle n’est pas Mater Dolorosa

Ses éclats de rire sont tout aussi sincères

Vigie face au destin elle entonne

Comme un chant amoureux

Mélange de ballade celtique

Et de blues fendant le soir.

Puis les mots que sa bouche libère

S’évadent et fraternisent dans le ciel

Avec nuages et oiseaux blancs

Elle se donne avec tant de rage,

Cette force d’aimer qui transcende le temps.

Les mots coulent en phrases voyageuses

Musicales,un peu versatiles

Elle les offre avec cette ardeur

De celles qui se savent aimées

Et jette à l’horizon dément sa propre folie

Une folie toute gothique,démesure et passion

La prose s’insinue et la mer pétrifiée

Accueille dans son ventre un hymne à l’amour.

J’entends,j’entends symphonie irradiante

Douces sonates un peu tristes

Fanfares et clairons,harpes de mes regrets

Ce sont mes mots prononcés par son coeur

Et ses lèvres les amplifient

Spirale à l’unisson du rire et de l’écrire

Le bonheur me happe:il existe

Autour d’elle...

Alors l’océan à l’écoute

S’emplit de rythmes,de routes d’Amérique

De verte Erin et Toscane bleutée

De prénoms,de héros,de nos frères poètes

De jardins russes,de soeurs éloignées

D’enfances révélées

De meurtrissures guéries

Elle vibre et son corps m’émeut,toujours recommencé.

Qu’elle chante notre vie,

Mutuelle incarnation d’un délire à nous seuls!

Je crains de perdre le fil de mes pages

La tourmente est si forte

La volupté si troublante

Je ne sais plus qu’écrire...des ailes

Qui s’envoleront,oies sauvages au pays lumineux

Libres dans les courants et les zéphyrs

Deux pour l’immense voyage

A quatre mains nouées

Au coeur de la Lovelande.

 

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Renaissance hollywoodienne

L'Extase et l'agonie

Certes avec L'extase et l'agonie on est très loin des chefs d'oeuvre de Carol Reed,tellement plus à l'aise dans la noirceur de l'après-guerre(Le Troisième homme),de l'Irlande déchirée(Huit heures de sursis) ou de la Guerre Froide(L'homme de Berlin).Il est vrai aussi que des James Mason ou Orson Welles,modèles d'ambiguïté ont transfiguré ces films remarquables.C'est un Carol Reed vieillissant qui s'attelle en fin de carrière à l'évocation du duel Jules II-Michel-Ange et de la création du célèbre plafond de la Chapelle Sixtine.Le scénario tiré d'un best-seller peine à bien faire comprendre la situation historique de l'Eglise de Rome au début du Seizième Siècle.L'on n'a pas rendez-vous ici avec l'Histoire.A-t-on au moins rendez-vous avec la Renaissance?Pas vraiment.Reed a pourtant réussi quelques beaux plans d'échafaudages et de cordes,signifiant ainsi le travail de titan de l'artiste florentin.Mais la confrontation des deux monstres sacrés laisse une impresssion décevante.Restent quelques beaux dialogues sur l'amour voguant de l'extase à l'agonie et Rex Harrison,pape-guerrier convaincant,plus que Charlton Heston qui mesure mal la fragilité de l'artiste Michel-Ange.Cette version DVD,excellente techniquement,présente curieusement un entr'acte où résonne la partition d'Alex North,écran noir.Pourtant la durée n'est que de 2h15.Je pense surtout que le Cinéma  est très rarement à l'aise dans l'univers des Arts Plastiques et verse très vite dans l'académisme  un peu ennuyeux.

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Alcools

L'alcoolisme a fini par emporter Joseph Roth l'extraordinaire romancier juif autrichien en 1939 à Paris.C'est un auteur que j'admire comme ses compatriotes Schnitzler, Zweig, Perutz dont on reparlera.

L'oeuvre la plus célèbre de Joseph Roth est La Marche de Radetzky qui met en scène la famille von Trotta à travers trois générations lors du déclin et de la chute de l'Empire Austro-Hongrois, cette charnière entre deux civilisations, deux modes de vie. Le choc de ce basculement de l'Europe  a souvent été décrit notamment par les écrivains que je viens de citer. La Crypte des Capucins en est un peu la suite. Dans ces romans comme dans une bonne partie de l'oeuvre de Roth Vienne, personnage principal cherche à s'étourdir car bientôt la superbe et si romantique capitale des Habsbourg ne sera plus qu'une préfecture noyée dans la nouvelle Europe. Roth est un prosateur génial mais sa littérature ne s'arrête pas à Vienne.

La crypte des Capucins Joseph Roth était aussi un très grand journaliste et Liana Levi a publié Une heure avant la fin du monde et Symptômes viennois, des bijoux de clairvoyance avant l'horreur des camps que son alcoolisme allait lui éviter en le faisant mourir en 39 dans un hôpital parisien.

Voici d'autres titres, tous excellents,Notre assassin(un soir de beuverie à Paris, comme Roth en a connu,des souvenirs s'échangent venus de loin,des moujiks et des princes) , Hôtel Savoy, des nouvelles dont La Légende du Saint Buveur qui fut un beau film d'Ermanno Olmi. Piocher dans Joseph Roth c'est, je crois, un peu mieux comprendre notre siècle. Les cinéphiles pourront peut-être rapprocher cet univers du grand film du Hongrois Istvan Szabo Colonel Redl.                                                               

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