19 octobre 2006

Les titans

                                                 

Quand deux titans se rencontrent et s'affrontent ou collaborent,ce qui est la même chose,le résultat est souvent très décevant(.+ par +égale -).Le cinéma nous offre une extraordinaire exception.

Orson Welles,adolescent surdoué,a commencé d'adapter Shakespeare à l'école.Le génial homme de radio qu'il était a continué sur les ondes puis au théâtre,notamment son fabuleux et novateur Mercury Theatre.Cela nous mène évidemment aux trois films,Macbeth,Othello,Falstaff qui jalonnent l'oeuvre tellement incomplète d'Orson Welles.Shakespeare,"le plus grand homme qui ait jamais vécu"(Welles) a toujours hanté le cinéaste de Kane(personnage shakespearien d'ailleurs et thème très shakespearien aussi comme Arkadin).

Le superbe collector Macbeth(chez Wild Side) fourmille de renseignements sur le film et les inénarrables aventures qu'il a connues comme beaucoup d'oeuvres de Welles.Attention celui-ci,grand  menteur en a rajouté aussi sur ses démêlés avec les producteurs.J'ai étudié Welles et appris à m'en méfier.Il faut savoir par exemple que Don Quichotte est un film inachevé quasi volontairement.Mais revenons à Macbeth car s'agissant de Welles il faut parfois m'arrêter.Avec un tout petit budget et pour la modeste Republic Welles tourne en trois semaines Macbeth dans des décors de westerns de série B.La première version sortie en 48 dotée de dialogues avec un très fort accent écossais est un désastre commercial.Remontée en 50 la deuxième mouture ne convainc pas davantage,même la critique.Laurence Olivier est à l'époque le seul garant de Shakespeare au cinéma.Malgré ces tripatouillages Macbeth marque une date car le film présente de réelles qualités cinématographiques d'utilisation de l'espace pourtant réduit,de la bande-son avec une musique de Jacques Ibert.Le DVD offre de nombreux suppléments où des spécialistes de Welles dissertent de Shakespeare et de l'adaptation.Tout cela est assez docte et savant,passionnant mais pas d'un humour ravageur.

Avec plus d'argent et toujours lui-même dans le röle-titre Welles tourne en 52 Othello au Maroc et en Espagne.C'est le contraire de Macbeth:tournage en décors naturels,très morcelé dans le temps, plusieurs années qui ont usé quatre Desdémone.Welles a utilisé cadrages,plongées et contre-plongées notamment sur les remparts de Mogador pour un résultat assez spectaculaire,récompensé à Cannes.Welles,alors toujours en Europe avait dû faire l'acteur toutes ces années pour financer son projet.

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"Nous en avons vu des choses,Sir John,quand sonnaient les Carillons de Minuit" est l'une des plus belles phrases du Cinéma.Falstaff,meilleur film d'après Shakespeare de tous les temps d'après moi est une pure merveille,pourtant issue d'un collage de quatre pièces du grand Will que le grand Welles a manipulées,triturées pour en saisir la substantifique moëlle.On y retrouve tout :la truculence,la paillardise,la couardise de John Falstaff mais aussi l'ambition,l'ingratitude du jeune roi,ancien compagnon de débauche de Falstaff.Le spectacle se conjugue ici avec une réflexion sur le pouvoir,la déchéance,l'amitié trahie au sein d'une fresque picaresque avec l'extraordinaire bataille de Shrewsbury,des moments de farce et d'émotion quand se mélangent rois et bouffons.Avec Falstaff on n'en est plus aux questions inutiles sur l'adaptation,la littérature au cinéma,la fidélité.On s'en moque:Falstaff est le coup de poing du cinéma.C'est aussi,on l'aura compris,un grand coup de coeurJ'ai beaucoup de respect pour Laurence Olivier ou Kenneth Branagh:ce sont de grands cinéastes fervents amis de Shakespeare.Welles,lui,en est le frère.

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Ford et deux autres cavaliers


Cover of Two Rode Together   

On semble avoir enfin compris que John Ford n'était pas une vieille baderne. Les deux cavaliers que je n'avais jamais revu depuis sa sortie en 61 est un film bien intéressant déjà par son humour et les silhouettes très fordiennes,sergent obèse et amateur de bière, juge honnête mais dépassé,l ieutenant dévoué à l'armée sans être idiot. Comme toujours chez Ford on ne se pose guère de questions sur le droit. On pensait ainsi à l'époque que les conquérants avaient raison avec leurs armes et leur bibles. D'accord, mais John Ford est beaucoup plus fin que ça.

    Le personnage du sherif joué par un James Stewart relativement antipathique(dixit Eric Low fort justement) prendra conscience relativement aussi (mais tout n'est-il pas relatif?) que les Indiens ne sont finalement pas pires que les Blancs. Et je trouve que c'est déjà une belle leçon. Pas d'angélisme s'il vous plaît. Une très belle et poignante scène que celle du bal où ce marshall alcoolique et cet officier besogneux défendent la jeune fille élevée par les Indiens. Certes on n'en est pas necore à réhabiliter les Indiens eux-mêmes mais à tenter de comprendre leur vie à, travers les enfants blancs enlevés. Dans notre jargon bien-pensant actuel on appellera ça une réflexion sur l'identité. John Ford aidé de Stewart, de Widmark et de seconds rôles classiques n'est pas toujours politiquement correct, mais tellement homme de l'Ouest avec plus d'interrogations qu'il n'y paraît. Les deux cavaliers reste un peu pâle après le magnifique La prisonnière du désert mais on a vu bien pire.

Posté par EEGUAB à 20:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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