Comme la fin d’un voyage

Comme un aboutissement

La Porte Dorée nargue l’océanique

Au tendre nom de paix

Frisco,lovée au sein de sa baie,va voir naître

Ultime avatar,une Amérique de l’Amérique.

C’est le Sud,l’Eldorado et les rumeurs

Prétendent que l’homme y danse sur un volcan

Fomentant sa propre perte

La planète Terre en ce bout du monde

Vit-elle un moratoire attendant

Les caprices de ses entrailles?

Des millions d’âmes au fonds de ces villes

Des dizaines de cités aux noms de saints d’Espagne

Californie,terminus de la longue piste

Dernière étape d’une ruée vers l’Ouest

La chute aussi pour Jack London

Au goût de paradis artificiel.

Il y a des années dans l’effervescence

J’ai écouté les chants qu’on appelait là-bas

Ceux du pouvoir des fleurs

Mais la voix de Janis ne fend plus les silences

Les campus ont renoué cravates et conventions

Et le parfum d’encens s’est dissipé

Au vent du soir.

Allons danser Barbra Ann

Tandis que surfent les enfants des Beach Boys

Dans l’écume des jours

La tête tournée vers Silicon Valley

Les peaux ont bruni maintenant

Et des accents de Sierra Madre

Flanqués de guitares crasseuses

Ont envahi la terre promise.

Des cars bondés jacassent en castillan

De faux totems vaguement aztèques

Veillent au long des routes

Où traînent les Miguel ou Adolfo

Transfuges des barracas

De Mexico.

Démesure

Il faut aller vite et le village des nantis

Grouille d’aréoplanes privés.

Il faut voir grand,ainsi

Les plus belles pierres d’Europe

Ont connu l’exil pour bâtir les folies

De ces “Citizen Kane” dédaigneux

Dont les palais défient la mer.

A peine un siècle d’une vie foudroyante

Dernière née de la conquête,enfant gâtée

L’amnésique Californie

S’exhibe comme une adolescence délurée

Rameau extrême d’un continent hors d’haleine

Après une course insensée.

Californie!Même la nature

A ses vertiges et sa fureur

La pourpre et le violet

De la Vallée de la Mort

Chaos des surplombs,teints lunaires au couchant

Forêts de colosses

Séquoias millénaires

Cataractes coupant les dômes de granit

L’univers paraît évadé

Du cinémascope

La création a tourné son propre film

Difficile d’aller plus loin

Quelques pas et vient le désert

C’est comme la fin d’un voyage

Au delà du carnaval permanent

Maquillages,outrances,perversions

Au coeur des cités presque androïdes.

C’est comme la fin d’un voyage

Au bout du luxe et de la dérision

Où s’achètent mille fantasmes

Palette finale d’humanités

Quand se croisent au matin les regards

De la star et du chicano.