09 mars 2007

Le douloureux cinéma de Zurlini

La fille à la valiseZurlini n'a fait que peu de films.Je voudrais attirer l'attention sur ce metteur en scène rare et inspiré qui a signé en 60 le formidable La fille à la valise avec Claudia Cardinale et Jacques Perrin tous deux très jeunes. Une jeune provinciale est victime d'un beau parleur. C'est une situation fréquente au cinéma mais Aïda n'est pas de la race des victimes. Pas très éloigné de la Nouvelle Vague française cette réalisation est affranchie des séquelles du Néoralisme mort depuis quelques années. C'est le jeune frère du Don Juan qui va prendre en main le destin d'Aïda qui l'aidera à prendre conscience de la difficulté de devenir adulte et responsable. Ancré dans le social le film ne sera pas un succès commercial. Valerio Zurlini n'en aura jamais pourtant après sa mort on redécouvre la force de son cinéma.

    Journal intime (62) traite de la difficile fraternité entre Mastroianni l'aîné et Perrin le cadet. C'est un film absolument bouleversant de pudeur et d'ue étrange douleur qui nous humanise mais c'est là tout le cinéma de Zurlini, si personnel et si intime comme le titre.  A ne pas confondre avec l'homonyme film de Moretti remarquable lui aussi. On doit à Zurlini l'un des meilleurs rôles de Delon dans Le professeur dont le titre original se traduirait par La première nuit de tranquillité. Détrompez-vous, le cinéma de V.Z. est le contaire,inquiet, secret et obsédant comme sa courageuse adaptation si rarement diffusée du roman qui hante mes jours et mes nuits:Le désert des Tartares...

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Familles je vous hais

   Mensonges,névroses,alcools,violences sont au coeur du théâtre de Tennessee Williams.On ne choisit pas sa famille et Thomas Lanier Williams a connu une vie familiale pour le moins heurtée.Père détesté et soeur aimée mais malade et lobotomisée.Chez Williams psy à tous les étages et plus encore dans ses pièces.Pièces que l'on est peut-être en droit de trouver fatiguantes et outrées.Pourtant un peu de détestation ne peut nuire.

   Richard Brooks a mis en scène deux fois T.W.:Doux oiseau de jeunesse et La chatte sur un toit brûlant tous deux avec Paul Newman jeune et très "underplaying".J'ai vu le deuxième qui est un film de braise,poisseux comme ce vieux Sud(Old Dixie) entre canicule et orage sur plantation.Les noirs n'y sont encore que des silhouettes et le cercle de famille nous y étouffe entre une belle-soeur prolifique et vénale,une mère éplorée devant son tyran de mari,ce "Père chéri" unanimement haï et une Liz Taylor pas très loin de Qui a peur de Virginia Woolf? Oscar du meilleur second rôle pour le whisky,très à l'aise dans son rôle de starter.

   Burl Ives,enveloppe d'Orson Welles et verbe à la Barrymore,est un parfait patriarche dans cette histoire d'une nuit dans le Sud,visqueuse et lubrique.Quelque chose en nous de Tennessee fait qu'on s'y sent finalement assez bien,comme en famille.

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Une chanson:Come away Melinda

http://www.youtube.com/watch?v=Xlef9pDMssw

Come Away Melinda (a Collection Of Classic Ballads)  Come away Melinda.It's nothing,just a picture book,before they had the war.

   Voilà une chanson qui me fait toujours autant d'effet.N'ayant pas trouvé la version de Tim Rose,ma préférée,je vous propose celle du groupe Uriah Heep qui oeuvra jadis dans les eaux deep purpliennes en gros.De même que j'adore Stairway to heaven de Led Zeppelin  je trouve que les groupes tendance hard seventies sont parfois très à l'aise dans la ballade.Ils confèrent à cette si jolie chanson pacifiste une rage magnifiée.Qu'en pensez vous?

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Cleo,Paris et le temps qui passe

   Je n'avais jamais vu le film qui révéla Agnès Varda.Il date de 61 et j'ai bien aimé ce noir et blanc(sauf le prologue couleurs).Puisqu'il faut toujours ranger un peu les oeuvres,juste un peu,disons que c'est un Demy Godard.Affirmation abusive?Jeu de mots facile?Voyons!

  On sait que Cleo de 5 à 7 se passe en temps réel.Cleo, jeune femme assez libre attend dans les rues de Paris les résultats de ses analyses biologiques et craint le pire.On assiste à ses répétitions car elle est chanteuse(Michel Legrand est bien sûr son pianiste),à un bref baiser de son amant trop occupé,à sa conversation avec une amie qui pose pour un sculpteur.Mais le temps passe,ce drôle de temps auquel nous sommes ou serons un jour confrontés.Ce temps entre deux eaux,où les bruits de la ville nous semblent insupportables et délicieux,où les autres ont l'impudeur de boire un verre,de travailler,d'aimer,de vivre.Putain comme elle peut être odieuse la vie des autres,odieuse du seul fait d'exister,cette vie.

  Mais Cleo n'est pas un film triste ou larmoyant et l'on sent bien là la combattante féministe Agnès Varda car son personnage ne s'en laisse pas conter.Proche de son mari Jacques Demy par l'importance des notes musicales qui parsèment cette heure et demi Cleo de 5 à 7 est aussi un film compagnon de route de la Nouvelle Vague.Je sais qu'Agnès Varda s'en défend mais la liberté du ton,le naturel,les acteurs peu professionnels,Paris même rôle majeur du film donnent à ce film une sorte d'estampille NV. bien sympathique d'ailleurs.Et au rayon des clins d'oeil,film dans le film,Godard lui-même joue avec Karina le duo d'amoureux du court métrage burlesque projeté au cinéma.On sait la tendresse de Varda pour les courts.Film époustouflant de vie Cleo de 5 à 7 mérite une place très particulière dans le cinéma français.N'oublions pas Corinne Marchand,une Cleo désarmante,irritante et...vivante.

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