Et j'ai bien fait.Ce récit d'une rare puissance d'évocation n'a rien à voir avec les vétilles décrites dans Ray,feuilletonniste et témoigne d'un souffle fantastique exceptionnel.D'un abord que je considère relativement difficile Malpertuis est une demeure inoubliable que je ne connaissais que par quelques photos du film d'Harry Kumel.On ne peut trop raconter ce livre car il est de ceux dont il faut laisser l'interprétation de chacun vagabonder et échafauder ses propres hypothèses.Vertige de la création littéraire mêlant la mythologie grecque aux influences du roman gothique Malpertuis est une parabole des confins de l'humanité quand l'homme ce vil mortel se met en tête des idées d'immortalité.On ne joue pas impunément avec les dieux fussent-ils mineurs ou en disgrâce.

     Malpertuis est également une oeuvre baroque un peu à la sud-américaine avec une multiplication des narrateurs et des points de vue qui désarçonne le lecteur.Celui-ci devra faire quelques efforts pour se réapproprier l'histoire.Ce n'est pas si simple mais peut-être Jean Ray le précurseur a-t-il en quelque sorte inventé le concept d'interactivité et de "livre dont on est le héros".Touffu,traumatisant,objet littéraire peu convenu,Malpertuis vous attend.Traversez donc le miroir comme Cocteau dont j'ai crû voir la silhouette le long des murs murmurant de cette bâtisse d'inconfort et de crainte.