Dans la série Familles je vous hais,non loin de Festen ou de Qui a peur de Virginia Woolf?,voire La guerre des Rose,voici Cruauté,duplicité,sororité.On sait que ce type de films tourne souvent au duel de monstres sacrés,plus encore d'ailleurs au théâtre,combat quotidien où doivent s'exacerber encore jalousies et rancoeurs,fort courantes à la scène(exemples célèbres d'Arestrup ou plus loin dans le temps de Raymond Gerome et Madeleine Robinson dans la scène de ménage totale d'Edward Albee qui au cinéma vit aussi Burton-Taylor échanger des horions)Avec Baby Jane on frôle le film d'épouvante domestique et fraternelle. Le Grand-Guignol,spécialité théâtrale du XIX° Siècle,n'est pas loin non plus,chargé de rictus et de maquillages outranciers.

    On sait peu que Qu'est-il arrivé à Baby Jane? est adapté d'un roman de Henry Farrell auteur aussi d'Une belle fille comme moi(Truffaut au cinéma).Le film dirigé par Robert Aldrich est impressionnant,cerné de méchanceté et de puérilité débilitante,traversé par un infantilisme incarné par Baby Jane-Bette Davis.C'est bien d'une sorte de poupée maléfique qu'il s'agit.Ce malaise s'empare de nous et ne nous lâche plus.Davis y est ahurissante et le malaise s'en accroît encore vu la façon dont elle s'approprie ce personnage quasi-démoniaque.Crawford victimise davantage Blanche Hudson et sa manière de tourner en rond les yeux exorbités semble indiquer qu'elle n'est pas l'innocence même.Ce serait trop simple.Pour faire court je dirai que je crois beaucoup à Davis en bourreau,moins à Crawford en victime et c'est ce que voulait ce malin de Robert Aldrich à mon avis.Les bonus du DVD qui m'ont assez peu conquis parlent de relations tumultueuses entre les deux stars,ce qui,étant donné leur réputation,n'étonne guère.

   Longtemps classé dans les films d'épouvante Baby Jane dépasse de loin le genre mais y adhère totalement malgré tout par la surenchère de kitsch,de mauvais goût,sorte de Dallas presque gore(rappelons que nous sommes en 62). Mais je viens au plus impressionnant du film à mon gré,peu commenté me semble-t-il.Le personnage joué par Victor Buono,musicien convoqué par Jane pour recréer son numéro musical d'il ya plus de cinquante ans,est à lui seul un cas clinique effrayant.Vieux garçon accaparé par sa mère, freudien comme c'est pas permis,la lippe pendante et la chemise douteuse,Erwin sera la lâcheté en personne, veule et méprisable,d'une totale in-humanité.Un rôle formidable de composition qui sera pour moi l'image forte d'un film qui n'en manque pas.