30 septembre 2007
Cambodge,frère blafard
A suivre...un film de Patrice Leconte.Mais ce film ne ressemble pas aux autres,ni les farces,ni même les films plus graves et auxquels je voue une tendresse indéfectible(Tandem,Ridicule).Non,Dogora(2004) est un objet à peu près unique dont Patrice Leconte nous a raconté la genèse lors d'une soirée spéciale à Valence, organisée par les Joutes Cinématographiques,une sorte de joyeuse secte de cinéphiles dont je fais partie. Exit donc la rigolade et les calembours,voici Dogora...
Avant le film était la musique.Tombé sous le charme de l'oeuvre du compositeur Etienne Perruchon Patrice Leconte se promet de l'utiliser sans savoir à quoi pendant un certain temps.Puis à l'occasion d'un voyage au Cambodge lui vient l'idée d'un film de non-fiction,des images de ce pays qu'il a aimé,qu'il ne veut alourdir d'aucun commentaire.Le projet Dogora vient de naître.Patrice Leconte repart au Cambodge avec une toute petite équipe et filme Pnom-Penh et les alentours,cinquante heures de film que la monteuse Joelle Hache (et là le metteur en scène tient à l'associer très étroitement au résultat) met en ligne, coupant, élaguant pour un film d'1h20,symphonie pour une ville d'Asie et ses habitants.
"Depuis longtemps j'avais envie de faire un film sans auteurs ni scénario,sans acteurs,sans un mot,un film qui serait purement émotionnel,impressionniste et musical.Ce film c'est Dogora.Ouvrons les yeux"
De fait Dogora ne se lit pas,ne décrypte pas,ne se raconte pas.Mais Dogora est l'osmose rare entre une musique et des images,jamais mises en scène.Dogora est un poème visuel sur le sourire de ces milliers de jeunes Cambodgiens, sur la "vivance" de ces hommes d'un pays martyrisé et leur appétit d'aller de l'avant malgré tout,et sur leur don de prendre en main leur avenir fût-ce sur la plus grande décharge de détritus du monde.Je ne peux que vous engager au voyage,un voyage qui vous en mettra plein les yeux et plein le coeur. http://www.youtube.com/watch?v=PUdLiMjY_DI
26 septembre 2007
Une chanson:The highwayman

Contrairement à la précédente chanson The highwayman est un joyau composé et interprété par Jimmy Webb, honteusement méconnu alors que ce génie musical précoce est l'un des artistes les plus étonnants,depuis le triomphe de MacArthur Park,la somptueuse ballade chantée par l'acteur Richard Harris.Voir Une chanson:MacArthur Park .Né en 46 Webb a connu des débuts fulgurants comme compositeur,arrangeur,producteur notamment des meilleures chansons du folk-singer Glen Campbell(Galveston,Wichita lineman) et dans un style très différent vu l'éclectisme du personnage les sublimes mélodies du groupe vocal The Fifth Dimension(Go where you wanna go,Up up and away).
Puis Jimmy Webb devint lui-même interprète avec un succès moyen et cette magnifique chanson The highwayman,composée en 77 ne devint un classique que dix ans après dans la version de Johnny Cash.The highwayman est une mélodie d'une telle richesse qu'elle permet les interprétations les plus diverses.Je vous propose celle de Jimmy Webb seul au piano et celle du supergroupe d'un disque,The Highwaymen,composés excusez du peu,de Johnny Cash,Willie Nelson,Kris Kristofferson et Waylon Jennings.
Les paroles de The Highwayman,poétiques et oniriques, semblent sortir de la légende du Hollandais Volant,capitaine du Vaisseau Fantôme et...immortel,avec un zeste de celle du Cavalier sans tête.Si vous l'écoutez vous comprendrez qu'une chanson de cette qualité s'offre à nous aussi bien dans une version néo-romantique,seul au piano, ou dans un "boeuf" country,mais country upper-class.Vous comprendrez aussi que tant que l'on peut écouter Webb, Cash, Nelson,Kristofferson et Jennings on ait le droit de dire I love America.
http://www.youtube.com/watch?v=8LmD0TE41Xk Jimmy Webb

http://www.youtube.com/watch?v=uw1bHaUk1CM The Highwaymen

I was a highwayman, along the coach roads I did ride,
With sword and pistol by my side.
Many a young maid lost her baubles to my trade.
Many a soldier shed his lifeblood on my blade.
The bastards hung me in the spring of twenty-five:
But I am still alive.
I was a sailor, I was born upon the tide.
And with the sea I did abide.
I sailed a schooner round the Horn to Mexico.
I went aloft and furled the mainsail in a blow.
And when the yards broke off, they said that I got killed:
But I am living still.
I was a dam builder across the river deep and wide;
Where steel and water did collide.
A place called Boulder on the wild Colorado,
I slipped and fell into the wet concrete below.
They buried me in that great tomb that knows no sound:
But I am still around.
I'll always be around,.
And around and around and around and around.
I fly a starship across the Universe divide.
And when I reach the other side,
I'll find a place to rest my spirit if I can.
Perhaps I may become a highwayman again.
Or I may simply be a single drop of rain;
But I will remain.
And I'll be back again,
And again and again and again and again
23 septembre 2007
Au revoir Bip

Au revoir Bip!Bye bye!Hasta luego!Auf wiedersehen!Arrivederci!Au revoir toi le polyglotte.Mais...chut.
22 septembre 2007
Jeu sur le Septième






a) Identifier les six films et c'est facile car ils sont très connus.
b) Les associer deux par deux selon un critère précis qu'il vous faut deviner.
c) Vous saurez alors ce qui les réunit.C'est très précis évidemment.Je ne souffrirai pas d'approximations.
21 septembre 2007
Divan viennois:ainsi pleura Zarathoustra
Attention critique imminente d'un chef-d'oeuvre...Il est des livres dont on sort un peu plus intelligent.Et Nietzche a pleuré est de ces rares livres.Il est des livres dont on sort un peu plus meurtri,un peu plus ému,un peu plus perplexe sur la nature humaine.Et Nietzche a pleuré est de ceux-là.La nature humaine est ici prodigieusement racontée par Irvin Yalom,psychiatre en Californie,pays qui ne compte pas que des surfers et des écervelés.Ce livre n'est pas un essai sur la psychanalyse ou le sur-moi ou je ne sais quoi,n'étant pas très ferré ni intéressé en ce domaine.Je suis par contre passionné par l'Homme,étant moi- même un homme(enfin à peu près) et ce roman explore l'âme humaine comme je ne l'ai pratiquement jamais lu.
Irvin Yalom met en scène la rencontre entre Josef Breuer,grand médecin viennois pré-freudien et Friedrich Nietzche.Cette rencontre n'a jamais eu lieu.Yacom est un écrivain fabuleux qui orchestre une sorte de consultation bilatérale entre le médecin et le philosophe qui concluent un pacte pour tenter de se guérir l'un l'autre.Nietzche souffre de migraines et de nombreux troubles du comportement tandis que Breuer s'interroge sur le bien-fondé de son existence après l'échec du traitement de l'une de ses jeunes patientes.Deux mois de leur vie seront ainsi consacrés à des entretiens presque quotidiens au cours desquels les deux hommes,d'une intelligence impensable,vont descendre dans les arcanes de leur conscience et au-delà.Irracontable davantage,il faut découvrir Et Nietzche a pleuré,sidérante plongée dans les tréfonds de l'humanité,qu'Irvin Yalom a su présenter comme une variation ludique mais bouleversante,sur une sorte de proto-psychanalyse.Je ne voudrais pas qu'on craigne un livre docte et ennuyeux car Et Nietzche a pleuré est le contraire:une extraordinaire épopée sur le continent le plus inconnu qui soit(vous et moi en quelque sorte).
P.S. Mon blog reste cependant sous le patronage du monsieur ci-dessous.Ceci est un clin d'oeil à mon ami Thom qui m'a trouvé des similitudes avec Bill Murray.Ce en quoi il a parfaitement raison mon moi passé se voulant référence à Bogart alors que mon moi actuel lorgne du côté d'un Bill Murray décalé,pâlot et qui ne semble pas avoir l'alcool gai.Ainsi bloguait Blogart...
16 septembre 2007
Les fleurs du mâle

J'aime le cinéma de Jim Jarmusch.Sans avoir l'air d'y toucher et sans tourner énormément il a su depuis vingt ans faire entendre sa petite musique filmique très personnelle.Dead man et Ghost Dog sont deux films très aboutis,aux images fortes,où les influences de différents cinémas transpirent(western,films de samouraï).Broken flowers est lui aussi un bijou de ciné-pêle-mêle frôlant le surréalisme et le road-movie,narrant le très improbable voyage d'un Don Juan d'aspect lunaire joué par le fabuleux "Droopy" Bill Murray,cet acteur à minima qui d'un regard nous fait fondre de compassion et nous tordre de rire.Bill est tout cela à la fois,clown blanc à la tristesse chevillée devant sa télé,solitaire conquérant mais qui comme Don Juan a dû être à chaque rencontre,donc à chaque rupture(car pour moi rencontre et rupture sont synonymes,ce n'est qu'une question de temps) se retrouver encore un peu plus pâle,un peu plus triste,un peu plus absent.Il y a dans les personnages joués par Murray un je ne sais quoi d'un mime du Boulevard du Crime qui n'aurait pas déparé Les enfants du paradis.

Le cinéma de Jarmusch joue beaucoup sur l'absence avec des héros qui ne sont pas tout à fait là.Ils sont un peu ailleurs et le spectateur s'est éloigné lui aussi pour broder sa propre logique sur les thèmes égrenés par Jim Jarmusch. Ici la sempiternelle quête du père à la recherche d'un fils,fils pas très probable lui non plus évidemment.Jim Jarmusch n'impose jamais rien.Ce n'est pas un tonitruant et si vous voulez des certitudes passez votre chemin.Ici vous n'aurez même pas des probabilités,seulement des hypothèses au long de la route comme dans Mystery train ou Down by law,plus anciens mais déjà très incertains. Quelle qualité que l'incertitude qui baigne Broken flowers.Et comme toujours Jarmusch a soigneusement choisi ses musiques.
Italie,couple,premières crises

Ce film,intelligent,émouvant,clinique prouve l'infinie cohérence de ce cinéma italien à nul autre pareil.Je ne reviendrai pas sur ma vénération de Roberto Rossellini, l'homme de Roma cita aperta,de Païsa, d'Allemagne année zéro et sur le Néoréalisme,honneur du cinéma et mon leitmotiv sur ce blog ciné depuis les origines.En 53 Rossellini s'est éloigné des critères néoréalistes,à sa manière,comme les quatre autres figures majeures prénommées Vittorio,Luchino,Federico et Michelangelo. Déjà il y a eu en 51 le très dérangeant Europe 51 où la grande Ingrid est tentée par la sainteté après le suicide de son fils.Rossellini a toujours été dérangeant.Il est même le prototype du cinéaste de la remise en question.
On a parlé d'Antonioni au moins quelques jours après sa disparition.Voyage en Italie préfigure la crise existentiellle que le metteur en scène de L'Avventura portera à son apogée.Rossellini se penche sur le couple avec une acuité toute personnelle lors d'un voyage de bourgeois anglais près de Naples.Dans la pauvre campagne napolitaine ou dans les hôtels de luxe les deux époux,sans enfant,ne se sont jamais tant vus et cette intimité est douloureuse. Comment ne pas partager cette inquiétude feutrée d'abord puis patente devant la déliquescence de ce couple finalement comme vous et moi?La jalousie s'installe sournoise mais Voyage en Italie n'est pas un film sur un triangle amoureux quelqu'il soit.C'est par contre une oeuvre magistrale sur la difficulté d'être à deux,et l'humanité ne semble guère douée pour ce que j'appelle "l'être ensemble".
En Italie plus qu'ailleurs et surtout dans les années cinquante on est confronté à la beauté antique et à la noirceur contemporaine.Souvenir de la guerre pas si lointaine un jeune poète ami de Katherine lui revient à l'esprit.Ce n'est pas du gôut d'Alexander peu porté sur la sensibilité.Les fuites de l'un comme de l'autre dans les catacombes(symbole) ou les musées aux troublantes statues pour Katherine,et dans les mondanités pour Alexander,semblent un temps sonner le crépuscule de ce mariage stérile.Images de landaus et de femmes enceintes,puis images de la foi des processions redonneront peut-être une autre foi et un semblant d'avenir à l'un des plus beaux couples "vrais" de cinéma qu'il m'ait été donné de voir,Ingrid Bergman et George Sanders.
Le cinéma de Rossellini est le plus étudié au monde.Le cinéma de Rossellini est aussi le plus poignant,le plus "humain" qui soit.Il faut absolument voir Rossellini qui n'est pas qu'un sujet de thèse.
15 septembre 2007
Une chanson:In the year 2525

Je vous demande bien pardon.Je suis rarement tombé aussi bas.J'ai honte.J'essaierai de ne pas naufrager davantage.Je n'ai aucune excuse.Que vous dire?Ben voilà Messieurs et Mesdames,c'était il y a si longtemps.Moi,moi je ne voulais pas mais,entraîné par des copains de 18 ans,j'ai suivi.Et j'ai participé au succès de cette bêtise auditive.J'espère que je vaux un peu mieux que ça.Vous avez vu,hein,des fois je parle de Dylan,de Cohen,de Young,et de gens bien.J'ai craqué mais j'étais si jeune.Oui j'avoue que j'ai aimé In the year 2525 des dénommés Zager and Evans.Et puis vous savez,je crois que je l'aime encore un peu,rien qu'un peu.Larmes...
http://www.youtube.com/watch?v=WhNM2K8cmU8
14 septembre 2007
Woody: "Allez!"

En fait musique antérieure à la Seconde Guerre.Musique de crise aussi puisque la plupart des morceaux quoiqu' enregistrés dans les années quarante parlent de l'Amèrique des Raisins de la colère,roman célèbre et film célèbre un peu antérieurs.Steinbeck à propos de Woody Guthrie écrivait:Woody est unique.Il est cette voix,cette guitare.Il chante les chansons de son peuple et je crois bien qu'il est,en fait,ce peuple.Avec sa voix crue et nasale qui pend comme un cric sur un clou rouillé,Woody n'a rien de sucré,comme il n'est rien de sucré dans ses chansons.Mais ceux qui entendent savent qu'il y a bien plus important.Il y a la volonté des gens de résister et de combattre l'oppression.Je crois qu'on peut définir ça comme étant l'expression de l'Amérique.
Souvent seul,parfois acoquiné dans ce disque avec le fameux Cisco Houston à la guitare et le non moins connu Sonny Terry à l'harmonica,Woody Guthrie est un conteur-meneur authentique,à une époque où ça voulait dire quelque chose.Les images de Woody ne sont pas légion.J'insisterai donc sur les paroles de quelques chansons de ce disque,le premier d'une somme de quatre compilant intelligemment des pièces connues sous le nom de Asch Recordings,Moses Asch étant un immigrant polonais devenu pionnier des enregistrement folk(Leadbelly entre autres).
This land is your land est le "tube" de Woody Guthrie, inlassablement repris par tous,notamment le Boss,véritable amoureux de Tin Pan Alley.Tin Pan Alley est le surnom très joli de la musique populaire américaine, traduisible par Allée des casseroles en étain,mais en français ça en jette moins.This land is your land n'a guère besoin d'explications.
Lindbergh prend position contre l'idéologie de l'aviateur plus que suspect de sympathies pour Berlin et partisan de la neutralité.Philadelphia lawyer raconte le meurtre d'un avocat de l'Est par un cowboy jaloux.Pastures of plenty et Grand Coulee Dam sont des chansons écologiques avant l'heure,au sujet des gigantesques travaux hydro-électriques dans la vallée de la Columbia,années trente.Hobo's lullaby comme son nom l'indique est une Berceuse pour le hobo,ce vagabond bien connu de ceux que passionne l'histoire de l'Amérique.Non écrite par Woody on raconte que c'était sa préférée.
Talking fishing blues et Talking hard work sont des talking blues,plus parlés que chantés et dont Woody était friand.Le thème en est généralement le difficile quotidien des ouvriers dans cette Amérique encore fort rurale.Woody fut d'ailleurs un temps considéré comme un représentant quasi-officiel des travailleurs.Plus étonnant Jarama Valley est l'histoire du Lincoln Batallion engagé aux côtés des Républicains dans la Guerre d'Espagne(il n'y avait pas que Malraux même si celui-ci a mieux su le faire savoir).Plus de 1500 volontaires reposent en terre espagnole depuis février 37.Je ne le savais pas mais Woody Guthrie raconte bien l'histoire de son pays.
So long it's been good to kow you http://www.youtube.com/watch?v=zqiblXFlZuk
Trois nouvelles de Chandler avec cigarettes,whisky etc...

Parce que les écrivains comme Chandler font partie de moi,au même titre que mon saint patron Bogart,que les films noirs imbibés et que les blondes fatales de cinéma.
Parce que ces trois nouvelles me plongent dans une Amérique en noir et blanc où les types qui se font buter le font avec élégance et que le voyage nous mène des grandes métropoles aux paisibles lacs de montagne,au long de routes pas encore trop chargées où toutes les rencontres sont possibles,bonnes fortunes ou balles perdues.
Parce que le style de ces durs à cuire dont j'ai déjà souvent parlé est rude,âpre,sans détours et par dessus tout pétri d'humour comme cette phrase d'anthologie:Le manche en corne du couteau de chasse en saillie sous son omoplate gauche ne semblait pas le gêner du tout.
Parce qu'il y a longtemps que la littérature noire,les Black Mask Stories,ou les histoires de détectives bien troussées font partie des Belles Lettres.Et parce que les cadavres de Chandler, Hammett, Cain,McCoy et consorts porteront à jamais pour moi de magnifiques costards tout en se foutant pas mal de leur posthume célébrité. Un peu comme Van Gogh.Tiens,c'est ça,très bon ça!Ces gars-là c'étaient des Van Gogh,des Modi...


















