Journée Cinémathèque.Il faut que je rentabilise mon libre-pass et c'est loin d'être fait vu le boulot.Trois commentaires donc pour la Belle Dame de Bercy,dont j'ai déjà dit ici même la relative froideur et les dédales d'étages et de demi-étages car je ne comprendrai jamais qu'il y ait un troisième haut et un troisième bas par exemple.Tatio-kafkaïen.

                Ce que j'aime c'est qu'ici pas d'exclusive.Les pires banalités voisinent avec les chefs-d'oeuvre incontestés et les productions underground parfois géniales et parfois parfaitement croquignolesques. J'aime aussi l'idée de voir une rareté dans une vraie salle avec des spectateurs pas forcément hypercinéphiles à mon avis,mais intéressés par tout un pan de cinéma inaccessible.Je pense surtout aux vieux parisiens qui ont ainsi l'occasion de voir tous les jours des films de leur jeunesse,aux acteurs bien oubliés mais qui pour eux demeurent bien réels.C'est un peu le cas de L'homme du Niger(1939),crachotant le dilemne d'un officier français au Soudan français,administrateur ayant le projet d'irriguer des eaux du Niger l'aridité africaine. Tourné avec le concours du Ministère des Colonies et de l'Administration de l'Afrique Occidentale Française(stupeur des jeunes lecteurs,si,si,cela a existé même si je n'ai pas connu, n'exagérons rien),L'homme du Niger est un témoignage de ce cinéma paternaliste et bien-pensant de l'époque qu'il nous est utra-facile de stigmatiser.Nobles intentions,un Victor Francen très officier supérieur,très Vieille France justement,Harry Baur à cheval(une curiosité pour ce film bien statique) que l'on peut logiquement préférer en Jean Valjean plutôt qu'en médecin colonial,ou en juge Porphyre face à Raskolnikov.Et partout l'honneur, Messieurs, l'honneur de servir et de se sacrifier.Histoire du cinéma,l'Histoire au cinéma, c'est bien l'un des rôles de cette belle maison qui présente en ce moment Africamania,panorama du cinéma africain bien contemporain celui-là et fait par les Africains,souvent aidé par la France.

     Sacha Guitry a fait un retour en force cette année.Dépassé maintenant,il était temps,le stérile débat sur le théâtre filmé.Dépassées aussi je l'espère les quelques semaines de l'épuration.Cette très belle exposition, close maintenant,présente les innombrables facettes de Guitry.Ses pièces,ses films,ses dessins,ses amis, ses oeuvres d'art,ses épouses qu'il expose un peu aussi d'ailleurs. Guitry,toujours en représentation,dont les amitiés auront été de Clémenceau à Pétain en passant par Blum,c'est une plume acérée et un hommage aux vieilles gloires avec des extraits de Ceux de chez nous,bien sûr,dont le titre vieille France ne doit pas bercer une nostalgie un peu rance mais au contraire donner à voir le génie français quand il a nom Renoir, Rodin, France ou Saint-Saens.

(Portrait d'Alphonse Allais)

   Brillamment orchestrée en plusieurs thématiques l'expo visite successivement l'influence du père Lucien Guitry,la comédie,les chansons et revues souvent oubliées,la mise en scène de sa propre vie privée et le 18,avenue Elisée-Reclus,hôtel particulier autant que musée des beautés françaises.Et que dire de sa voix,cet instrument irremplaçable et reconnaissable entre toutes,cette voix que l'on a crû pendant un demi-siècle celle de Paris,voire du Tout Paris,et qui s'avère avec la fin du purgatoire celle d'un très grand auteur et cinéaste.

    La Cinémathèque organise comme tout le monde un hommage à Mademoiselle J.M.Moi j'organise modestement un petit déshommage suite à l'overdose.Non que sa carrière ne soit pas importante, Truffaut, Malle, Losey, Antonioni, Bunuel, Angelopoulos, Brook ,Kazan, Welles,Wenders. ne sont pas particulièrement des tacherons.Mais j'ai avec ce qu'est devenue J.M. un problème d'allergie devant le rôle qu'elle joue depuis vingt ans,ou qu'on lui fait jouer d"ailleurs.Cette préciosité à parrainer tout le cinéma français,cet artifice dont elle fait preuve (je me souviens d'une désastreuse Vanessa Paradis chantant Le tourbillon,encensée par Mademoiselle J.M. louant sa beauté et son courage).A ce propos relativisons le courage et la prise de risque des comédiens,balançant à force d'interviews à peu près autant de banalités et de poncifs qu'un entraîneur de football un samedi soir.Il semble qu'intronisée figure tutélaire du cinéma français Mademoiselle J.M. soit bien loin de la fraîcheur d'âme de certains rôles passés.Dame démagogie est encore une fois passée par là et ce n'est pas le super césar d'honneur qui rendra raisonnable ce culte d'un autre âge.