26 octobre 2008

Emois au lac de Côme

Un été

  Alberto Vigevani est un auteur inconnu...Les amis de Parfum de Livres,que je fréquente assidument,m'ont fait découvrir cet auteur italien né en 1918 et dont la discrétion n'a d'égal que le talent.Il y a dans Un été au bord du lac une belle finesse d"analyse de ces fameux premiers émois que l'on a tous connus.Un livre qui aurait dû ravir François Truffaut par exemple.Un univers de questionnement sur cette douleur de l'adolescence quand se tord un peu le coeur pour mieux voir.Avant guerre,le jeune Giacomo,trop jeune pour les grands,plus pour longtemps,passe ses vacances d'adolescent milanais privilégié sur les rives du lac de Côme.Il se prend d'amitié pour Andrew,enfant venu d'Angleterre avec sa mère.Andrew est gravement malade et en cette fin d'été Giacomo le sensible cherche à atténuer sa peine.Il trouvera ainsi sa propre peine dans cette nouvelle fragilité du coeur qui bat un peu fort la chamade à la vue de la mère d'Andrew.

  Sur ce sujet somme toute très classique Vigevani brode de fort subtiles variations autour d'infinis détails,une maquette de bateau,une baignade,un sentier de montagne.C'est magnifiquement écrit et ce déchirement qui perce la jeune âme de Giacomo,il faudrait être une brute pour ne pas en saisir la grâce.A des années-lumières de tout tapage ce court roman est inoubliable.

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25 octobre 2008

Afrique ma douleur

      Prochainement.Ce livre,antérieur à L'homme qui voulait tuer Shelley,que j'ai présenté il y a quelques mois, se lit comme une belle aventure certes très morale,mais bien écrite et qui mêle le récit d'aventures aritimes,très classique,et le conte un peu édifiant sur la fraternité.

     Yann,jeune Breton,embarque comme mousse sur le Sainte Anne.Or ce navire s'avèrera être un négrier,à sa grande surprise vu sa naïveté.Le troisième officier,Floriano,se révèlera et se rebellera contre l'odieux trafic,scellant ainsi son destin contre les méchants de service,à savoir le Chirurgien(surnom) et ses complices africains.Mais rassurez-vous il y a aussi de bons Africains et ensemble ils créeront Aldébaran, communauté utopique et melting-pot improbable sur les côtes d'Afrique de l'Ouest.Avec sa dose de traîtrises,ses bons sentiments et ses mutins violents mais souvent au grand coeur Le troisième officier est un livre de bonne facture dont on se doute qu'il ne sera pas le livre inoubliable d'une vie de lecteur.Mais combien de livres peuvent-ils prétendre à cette envergure?

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19 octobre 2008

Trois visages d'Italie

trois_frer

  .Italie du Sud,1980,trois frères qui se sont perdus de vue ou presque ,se retrouvent pour les obsèques de leur mère. Raffaele est juge à Rome.Rocco éducateur à Naples.Nicola ouvrier à Turin.Le Nord industriel,la capitale administrative,le Sud déshérité.Toute notre Italie.J'aime beaucoup Tre fratelli,une oeuvre majeure à mon avis dans la filmo de Rosi,qui a su mêler émotion et intelligence,la première ayant peut-être manqué à Francesco Rosi pour devenir populaire au lieu d'être seulement respecté,ce qui n'est déjà pas si mal.Le père,marmoréen et impressionnant Charles Vanel,accueille dans sa maison à la campagne ses trois fils,si différents et qui n'ont plus grand-chose en commun.Pas sûr d'ailleurs car petit à petit en ce temps rétréci,quelques jours,ils vont se retrouver partiellement, presque subrepticement.Une différence d'âge assez importante et des vocations très diverses les ont éloignés.Pourtant Rafaele,Rocco et Nicola sont bien frères,bercés chacun d'étranges inquiétudes,tous trois proches de Francesco Rosi,qui en parle très bien dans le document joint à ce beau coffret DVD.

   Les dialogues,sages et réfléchis,en disent long sur l'éternelle déliquescence italienne,qui n'en finit pas de renaître de ses cendres.Les Brigades Rouges,la lutte des classes,la délinquance sont au coeur du dossier car Rosi est l'un des rares réalisateurs à savoir vraiment parler de la justice.Nanti de quelques retours en arrière et d'un zeste d'onirisme,Trois frères touche au coeur du spectateur, l'humanité héritée du lointain Néoréalisme baignant le film et lui conférant une sorte de légitimité pour qui s'intéresse à l'histoire de l'Italie.Et comme il me semble impossible de séparer les deux termes cinéma et Italie...

   Le juge,Philippe Noiret,renvoie à peu près dos à dos les violences,sans circonstances atténuantes au terrorisme. L'éducateur, Vittorio Mezzogiorno,excellent acteur tôt disparu,doux et grave dans sa naîveté et l'ouvrier instable et divorcé,Michele Placido,complètent la fratrie dont je ne peux que vous inviter à faire la connaissance. Dans ce coffret baptisé Civilita contadina incivilita urbana nous reparlerons bientôt d'Oublier Palerme et de Le Christ s'est arrêté à Eboli,à mon sens le plus beau film de Francesco Rosi.L'ami Ed, lui, vient de nous parler,très bien,de Lucky Luciano.

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Géographie:Chicago,Illinois

http://fr.youtube.com/watch?v=eaBwgsZhZJA Chicago (Graham Nash)

  Loin vers le Nord,une métropole,Chicago.Chicago,troisième ville américaine probablement.Chicago dont le nom viendrait d'un mot indien qui pourrait signifier marécage ou pestilence.Chicago,Illinois et le Lac Michigan si propice aux noires activités.Dont le nom est accolé à des gens bien peu recommandables mais dont les aventures ont bercé nos nuits de cinéma, alcool, Prohibition, Capone.Chicago à l'architecture osée et maintenant historique. Chicago,première patrie des gratte-ciel et dont le blues électrisa le Vieux Sud se nordifiant. Chicago,mis en musique soul,jazz,rock,etc...Ou naquirent Dos Passos,Minnelli et Frank Lloyd Wright.Chicago dont je vous propose la chanson de Graham Nash,cet Englishman in the U.S.A,ex-Hollies et quart de CSNY.

17 octobre 2008

Le grand écrivain provençal

     Le grand écrivain provençal n'est pas celui qu'on pense.Une révélation pour moi,tardivement mais qui n'en a que plus de prix.Je l'ai déjà écrit,je n'avais lu que L'Ane Culotte en mon adolescence lointaine.Plutôt homme du Nord,en fin au nord de la Seine je ne suis pas particulièrement friand de la couleur locale provençale en général et Henri Bosco ne faisait pas partie de mes projets.Mais les amis de Parfum de Livres m'ont donné envie d'essayer.J'ajoute que c'est là le rôle le plus noble de ce forum,et de loin.

         Le mas Théotime est une presque tragédie à l'antique. Bosco, tout en faisant vivre au mieux cette Provence de rudesse et de travail,ne nous l'inflige pas dans un passéisme outré(le roman date de 1945 me semble-t-il).Ses personnages,à commencer par Pascal le héros narrateur, s'inscrivent dans un climat passionnel fait de retenue et de silences,ce qui n'est pas incompatible.Les tempêtes sous les crânes sont extraordinairement bien ciselées et la langue de Bosco est superbe , envoûtante,tellement au-delà du terroir.Le mas Théotime pourrait se dérouler en Amérique du Sud ou en Grèce,n'importe où peuvent souffrir les hommes,là où se cassent les rêves et se meurtrissent les âmes.
   

     Le mas Théotime est le plus beau livre français que j'aie lu depuis des lustres.Ce n'est pas pour moi une mince surprise et je comprends Markofr,entre autres,qui semble un boscophile émérite et qui chez Parfum de Livres est le meilleur vendeur de Bosco.

Citation:
Elle aimait la maison.Souvent elle se tenait dans sa chambre,car la saison était devenue chaude et déjà,sur,les aires,le soleil brûlait.Pourtant elle ne descendait que rarement vers la source;elle prétendait que les eaux,même limpides,ne sont pas toujours amicales.Il est vrai qu'on ne sait jamais d'où elles viennent,quand elles jaillissent ainsi de la terre;et peut-être y-a-t-il,non loin de leur résurgence,un abyme,où des rivières souterraines alimentent de leur courant silencieux des profondeurs liquides,que nul n'a jamais explorées,et qui dorment à notre insu,noires et lourdes de menace,dans quelque caverne de la montagne?"Près des sources,disait Geneviève,on perd la raison."

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15 octobre 2008

Oublier Barcelona

   VickyCristinaBarcelonaG   Je sors de Vicky Cristina Barcelona.c'est un bon film.D'ailleurs je ne connais pas de mauvais film de Woody Allen et je les ai tous vus,sauf Scoop..Mes préférés je les ai même vus trois fois.Dans ce dernier opus le marivaudage catalan est délicieux et les acteurs excellents. Musicalement fort bien illustrée cette love story vaguement,très vaguement julesetjimienne se laisse voir sans ennui.Le tourisme à Barcelone a l'air sympa et comme souvent sauf pour les prolos du port du Rêve de Cassandre chez Woody pas de problèmes du quotidien,du moins financièrement.Le milieu est branché,bohême,peintre exécrable mais vivace et pas trop tourmenté,ex-femme virago noire de cheveux et caricature,deux jeunes Américaines bien différentes.Les ingrédients sont là.Pas mal,seulement voilà.

    Seulement voilà.Moi,je n'étais pas là.Moi j'étais resté à Manhattan,européen que je suis car New York m'est infiniment plus européenne que Barcelone.J'ai eu envie qu'on me rende,en même temps que mes trente ans,mon psychanalyste,mon Delicatessen,les cinémas où passent Bergman et Dovjenko,Gerschwin et Danny Rose,le soeurs fâchées et les artistes ratés,mon hypocondrie et Central Park en automne.Pour moi oublier Barcelone est facile avec ce qui suit.

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