Face à l'ogre Picasso au Grand Palais prenez 20 minutes pour Monsieur Kurosawa au Petit Palais.Une petite centaine de dessins du grand maître japonais nous invite au voyage dans la dernière partie de son oeuvre,Kagemusha,Ran Rêves,Madadayo.Plus que de simples croquis de storyboard de véritables bijoux sont accrochés dans ce hall du Petit Palais.Si cous connaissez les films vous apprécierez la précision et l'anticipation graphique parfaite de ces dessins.Les guerriers bien sûr,mais aussi les femmes,les fleurs, les bannières flottant,tout nous éblouit et nous immerge dans l'univers de Kurosawa à la fin de sa vie,entre médiévisme et mondialisation,lui qui fut le continuateur de la tradition nipponne et aussi le symbole de l'ouverture du Pays du Soleil Levant vers l'Occident.Le lui-a-t-on assez reproché d'ailleurs.

   Mais si vous n'êtes guère cinéphile et ignorez tout de A.K. vous découvrirez un monde qui se suffit à lui-même et n'a pas besoin de Coppola et Scorsese (ils ont beaucoup fait pour Kurosawa sur ses derniers films).On sait Kurosawa proche des grands Russes,Tolstoï et Dostoïevski,et aussi grand shakespearien et cette exposition en est une preuve supplémentaire.Goüt de la fresque qu'il saisit bien sur quelques centimètres carrés,puissance des allures princières,couleur des costumes,douleur des vaincus.J'ai aimé cette parenthèse japonaise,moi qui suis très éloigné probablement définitivement de l'univers manga.Héritier de Ford et Griffith,devenu une icône,Akira Kurosawa est le pont idéal entre deux cinémas plus proches qu'on ne veut bien le penser.