30 janvier 2010

Eloge de la folie

 

           Les films italiens ne sont pas légion sur nos écrans.Vincere (vaincre) de Marco Bellochio revient sur l'épouse morganatique(?) de Mussolini.Mais Vincere ne se veut pas politique à mon sens et le Duce n'est présent que dans la première partie.Ce n'est pas le énième film sur la montée des Chemises Noires.Ce qui intéresse plutôt Bellochio,très sensible dans sa filmo au thème de la folie,c'est cet opéra funèbre qu'a constitué la liaison de Mussolini jeune et d'Ida Dalser.c'est ce ballet nocturne dans Milan,une ville qui semble étouffer.C'est la théatralisation extrême de cette histoire d'amour somme toute assez brève au coeur d'une Italie qui veut jouer dans la cour des grands après la Grande Guerre et finira par se jeter dans les bras d'un histrion pathétique et qui,il faut bien le dire,fascina au moins un temps presque tout le pays.

               Alors évidemment ce parti pris n'est pas exempt d'emphase et la musique,si elle prend parfois des accents verdiens par son rapport à l'histoire,peut apparaître à certains outrageusement pléonastique.De même on peut s'irriter du procédé d'identification d'Ida, internée et séparée de  son fils,avec le Kid de Chaplin.C'est que ce pauvre Kid a déjà payé un lourd tribut au cinéma par son exemplarité (asile, prison, orphelinat).Bellochio aurait pu s'abstenir de  quelques artifices mais je crois qu'il les assume pour nous conduire où il le voulait vraiment,à ce relatif panégyrique de la mère abandonnée,la très prenante Giovanna Mezzogiorno.On en arrive à oublier trop vite Mussolini,pas particulièrement courageux ni élégant on l'aura compris.Cela peut décevoir certains mais le propos encore une fois n'était pas historique.On en voit guère la clarté du jour dans Vincere.Faut-il le prendre comme un symbole de plus sur la longue nuit transalpine?On assiste à cette sorte d'exil mental de la jeune femme qui paiera cher d'avoir aimé.

       Traversé d'archives que j'ai trouvées bien amenées,ce qui est loin d'être toujours le cas,Vincere,s'il nest pas sans défaut (la maladresse évoquée chez l"ami Nightswimming sur l'emploi du même acteur pour le père et le fils étant la plus criante) me semble assez bien témoigner de la vigueur des vétérans italiens,Bellochio n'étant plus vraiment un débutant.Je reviens une seconde sur Giovanna Mezzogiorno actrice chez laquelle on retrouve bien la fièvre de son père Vittorio.

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24 janvier 2010

Ma vie sans...Country pie

http://www.youtube.com/watch?v=uiR66yyG-T0  Country pie

  Ma vie sans Zimmerman aurait été etc...Ce qui est extraordinaire avec Bob Dylan  c'est qu'à travers la quantité de titres de sa discographie,célèbres ou à peu près ignorés comme Country pie,des artistes très différents ont repris le flambeau.Qui en ces années 68-70 est plus éloigné de Dylan que le quatuor puis trio prog-rock The Nice sous la houlette de l'organiste Keith Emerson.On a beaucoup reproché à The Nice puis à Emerson,Lake and Palmer leur froideur technique et leur éloignement du binaire.On s'en moque pas mal,l'histoire du rock étant assez élastique et volubile pour accueillir chacun.Je connaissais Country pie par Fairport Convention,antédiluvien groupe folk,un peu notre père à tous.Ils étaient bien sûr plus proches de l'original mais les arabesques de The Nice étaient très étonnantes,mêlant allégrément sur ce disque Dylan et le Sixième Brandebourgeois de J.S.B.Infinie richesse de ce monde du rock qui m'a tant donné.Merci.

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17 janvier 2010

Une chanson:Miles away

http://www.youtube.com/watch?v=TaM0ewZ-XMU  Miles away

  Cette voix si belle fut celle des Zombies,groupe pop prophétique dont il a déjà été question ici.Depuis des décennies Colin Blunstone enregistre et tourne dans la plus totale discrétion.Il y en a pas mal comme ça dans le monde du rock,qui a souvent pratiqué la politique du jetable.Colin Blunstone vient de sortir un bel album(The ghost of you and me),d'une pop plutôt symphonique point trop maniérée cependant.Mais le titre Miles away date du début des eighties.Il ne faut y voir ou y entendre qu'une jolie chanson d'un surdoué dont il ne faut pas oublier qu'il fut la cheville ouvrière du magique Odessey and oracle dont on sait maintenant qu'il soutient la comparaison avec Sergeant Pepper's et Pet sounds.Ce qui n'est pas mince.

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12 janvier 2010

Marlene du Kremlin au Maroc

     Sixième film du tandem Josef von Sternberg/Marlene Dietrich L'impératrice rouge (34) jouit d'un certain prestige.On verra que je préfère Dietrich dans les sables de l'Atlas.Pourtant Catherine de Russie,légendaire impératrice est incarnée avec conviction par l'égérie de Sternberg,plus en manipulatrice et séductrice ambitiues qu'en toute jeune princesse allemande presque digne de la Sissi d'Ernst Marischka.Josef von Sternberg a su parfaitement évoquer le clinquant baroque de la cour et le gâtisme meurtrier du grand-duc Pierre,époux de Sophie devenue Catherine.C'est dans d'hallucinants décors souvent morbides(diables,squelettes) que Marlène fait son chemin qui la mènera au despotisme après avoir éliminé son idiot de mari,ce tsar qui jouait aux soldats de bois et assassinait volontiers ceux de chair et d'os.

   De lourdes portes de bois sculpté cachent mal les turpitudes et les embûches du pouvoir.Et c'est au son d'un festival de carillons qui accompagne le film constamment(même les différentes versions de Quasimodo n'ont pas autant fait vibrer l'art campanaire) que Marlene/Catherine se révèle éblouissante, enjôleuse, cavalière,(pro)créatrice de l'archétype de la souveraine éclairée et sans scrupules.Mais le propos de Sternberg est plus,tel Pygmalion,de magnifier Dietrich dans l'un de ses sept films en commun.L'histoire montrera que Marlene,telle une créature prométhéenne,lui échappera.Sternberg,l'un des nombreux Viennois américains,ne s'en relèvera jamais tout à fait.

    Les historiens considèrent que Coeurs brûlés,inénarrable titre français de Morocco (1930),est devenu kitschissime objet du culte de quelques cinéphiles attardés.Ils ont raison.Morocco,avec son esthétique un peu cheap,son improbable casbah et ce mythe de la Légion Etrangère avant que Gabin et Duvicier ne s'en emparent avec avidité et talent,Morocco ne devrait plus intéresser grand monde.Cette ouverture avec vague musique arabisante plongeant sur la carte n'a même pas la jolie voix off qui sera celle de Casablanca douze ans plus tard.Pourtant le miracle du sable fonctionne toujours pour moi.Ce grand légionnaire dégingandé et solitaire,Gary Cooper jeune,sait me toucher par sa maladresse et son fatalisme.Alors tant pis pour l'origine théâtrale criante d'un film par trop statique.

  Enfin je donnerais les 80 premières minutes du film pour ce plan du désert sous le vent,la compagnie de Cooper partant pour l'enfer de sable,et Dietrich,quittant un élégant protecteur,distingué et humain,pour rejoindre l'arrière-garde des filles à soldats,ces Marocaines énamourées avec âne et biquettes,qui balance  ses chaussures et rattrape pieds-nus ces femmes qui ne savent qu'aimer leurs hommes au képi blanc.Exotisme des années trente dont il est si facile aujourd'hui de pointer les outrances.Et s'il en fallait...

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09 janvier 2010

Naufrages

    

   Souquez ferme les amis.Ce soir la mer est forte et je vous dédie quelques musiques de mon Musée de la Marine.Attention certains naufrages ou faits de guerre sont absolument authentiques.Par ordre d'entrée de ce requiem:le John B.,l'Antoinette,l'Hesperus,le Reuben James,l'Edmund Fitzgerald.N'oubliez pas votre gilet de sauvetage.Les femmes et les enfants d'abord.

http://www.youtube.com/watch?v=Q8NVY0INJFk  John B.

http://www.youtube.com/watch?v=dYQ-Iy3sHj8 Antoinette

WH71

http://www.youtube.com/watch?v=Fw-btrdpOG0 Hesperus

http://www.youtube.com/watch?v=ICy5P1pKy5A Reuben James

http://www.youtube.com/watch?v=5l3x_VoF3wo Edmund Fitzgerald

  Musicalement il y a de tout:le fabuleux Procol Harum (non ce n'est pas que Whiter shade of pale), ce vieux Woody Guthrie toujours sur le pont,les folkeux du Kingston Trio,Gordon Lightfoot,une des grandes voix du folk dont évidemment on ignore tout en France,et,plus surprenant, le groupe bubble-gum des midsixties britanniques Dave Dee,Dozy,Beaky,Mick and Tich.Et puis histoire de ne pas bloguer idiot je viens d'apprendre que le sublime The wreck of the Hesperus de Procol Harum était inspiré d'un poème de Longfellow.Enfin ne vous plaignez pas j'aurais pu vous infliger My heart will go on.

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05 janvier 2010

J'peux vraiment pas les voir en peinture(11)

Marie Laurencin évoque pour moi une célèbre chanson d'aquarelle et de saison qui n'existe que dans le  nord de  l'Amérique.Je la connais fort peu en fait.Mais j'aime beaucoup cette Arlequine à la guitare qui conjugue la Commedia dell'Arte avec toute sa naïveté et la musique que j'aime symbolisée par ce cosmopolite instrument qui n'est jamais très loin et que je viens personnellement de redécouvrir.

19guitarePauvre biche
Prise au piège
Entre les fauves
Et les Cubistes
(Jean Cocteau)

Marie Laurencin me fait penser à des jeunes filles en fleurs,à la Comtesse de Ségur,à un jeu d'ombrelles sur les rives d'un lac,aux lectures des petites cousines d'une époque dont on n'a plus idée.Ce n'est pas dans cette rubrique peinture mon oeuvre préférée.Il n'est pas interdit cependant d'y trouver du charme.

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03 janvier 2010

Ma vie sans...Queen Jane approximately

                      Ma vie sans Zimmerman eût été...(mais vous le savez déjà,au fait).Curieux choix,me direz-vous que les Four Seasons,groupe plutôt vocal,très bon mais plus crooner que rocker pour cette version de Queen Jane approximately. C'est oublier la voix formidable de Frankie Valli,aussi à l'aise  sur Cole Porter que sur Dylan.Ce quatuor eut un succès colossal dans les années 63-64,bien habillés ces fils d'immigrés italiens admirateurs de Sinatra.Leur présence est épatante et Frankie Valli a d'ailleurs fait une belle carrière solo bien que peu connu en France.Les Four Seasons,fortement remaniés,existent toujours.Leur version du célébrissime I've got you under my skin par exemple est d'anthologie.

                    Le titre Queen Jane approximately est extrait de l'album Highway 61 revisited,début d'un Dylan ayant muté électrique mais ce débat là est bien caduc maintenant.Les paroles comme souvent  chez Bob Dylan sont à ne pas prendre forcément pour argent comptant.Il m'a semblé que le narrateur se posait en ultime recours quand Queen Jane serait rejetée de partout.Voilà ce que je j'ai cru déceler,enfin,approximately

.http://www.youtube.com/watch?v=gbue8xmrN7w  Queen Jane approximately

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02 janvier 2010

On a failli perdre Charlot

   En 1923 Chaplin,déjà très populaire mais un peu las de n'être pris "que" pour un comique,fût-il génial,tourne L'opinion publique,film qu'il pense être un très important virage pour sa carrière.Important L'opinion publique l'est,à l'évidence.Mais fort heureusement personne n'aima ce film,ni critiques,indignés de voir Chaplin prendre l'accent grave,ni public,orphelin de son doux vagabond malchanceux.On l'a échappé belle.Songez que l'on n'aurait peut-être jamais connu Gold rush,Kid,Modern Times,City lights.Quant à Great dictator et Verdoux allez savoir!

  C'est que L'opinion publique est un mélodrame mondain,situé en France (A woman of Paris) pour atténuer la charge sur la société américaine.Lubitsch et Stroheim,ces Européens devenus américains auraient pu signer ce film.Très élégant de mise en scène,avec le sens des objets pour favoriser ellipses et légèreté,ce marivaudage grave fort bien interprété,Adolphe Menjou notamment en viveur presque touché,est une perle rare longtemps invisible  ou presque.Chaplin indique par sous-titre et dès le générique qu'il est absent de ce film(enfin,une silhouette).Une scène un peu orgiaque et très belle traverse le film lors d'une partie chez les riches oisifs.Elle est très significative et déplut souverainement.Le triangle amoureux,pourtant même pas vraiment adultère,fut fort mal reçu et interdit dans certains états.

   

           Dépourvu de happy end mais non d'une rédemption post-tragique qui a certes pris des rides (1923 rappelons-le) L'opinion publique a vogué son chemin, culte, rare,ignoré par Chaplin lui-même.On sait maintenant que c'est une oeuvre splendide,intelligente,dépourvue de toute démagogie du trottoir,ce qui aurait pu être tentant.Mais,bon sang,on l'a échappé belle.

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01 janvier 2010

Grands Lacs musicaux

 

       Il restera quand tout va mal des gars quelque part dans le monde avec quelques cordes,deux mains et une voix.Et cela suffira à ce que je me sente mieux,parfois plus mal,mais quelque chose d'un peu plus intense.Ceux-là sont canadiens et s'ils ont manifestement subi une légère influence (R.E.M.) leur album Lost channels porte un bien beau titre et comporte de bien belles chansons dont cette histoire de chiromancie.

http://www.youtube.com/watch?v=RKmUxC2IP1M  Palmistry

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