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 treuer

              Pour ce joli challenge Red Power initié par Folfaerie j'ai emprunté dans cette belle collection bien connue Terres d'Amérique le deuxième roman de David Treuer dont j'avais apprécié Little il y a une dizaine d'années. Nous sommes dans le Minnesota,l'un des berceaux indiens de l'Amérique du Nord. Années quatre-vingt, Minneapolis,la métropole régionale.Le Mississippi,ce ruban de Nord-Sud du pays coule des jours pas gais et Simon,jeune Indien,sort de prison après dix ans pour le meurtre de son propre frère.Pas très gai pour lui non plus,pas plus que pour sa mère qui élève le neveu de Simon,enfant de Lester,son frère mort.Le Southside de la ville n'est vraiment pas fringant,misère et violence,la vie de tous les jours.

               Avant son emprisonnement Simon était l'un de ces Indiens volants chevauchant non plus les mustangs  des Rocheuses mais les poutres métalliques des gratte-ciel.Dix ans après il végète à la chaufferie d'un hôtel et son braconnage se termine fort mal.Il y a dans sa longue errance en forêt de superbes descriptions de cette nature à la fois abri et tombeau.Touffu,comme les bois du Minnesota.Le titre original est The Hiawatha, bien plus fort,bien plus ancré dans l'indianité. Pénibles les décisions des éditeurs français... qui ont cependant le mérite de nous ouvrir bien des portes de cette littérature des "native".Elle va plutôt bien,cette mouvance de l'écrit,même si elle a du mal à quitter les syndromes historiques des traumatismes du Vietnam,de l'alcool,de la violence et des exclusions.

               Le Hiawatha en l'occurence est le nom du train urbain de l'agglomération Saint Paul-Minneapolis.Là encore David Treuer frappe juste avec la destruction de ce symbole de gloire qui s'effondre sous les marteaux des démolisseurs et les dégâts des squatters.Nous sommes avec Treuer dans le récit de ville,qui bâtit,qui détruit,qui change,aux frontières mouvantes et aux accès tendus.Ce qui reste de famille ne  sera pas d'un grand secours à Simon.Impérieuse cité nordique Minneapolis ne fait guère de cadeaux. 

            Evidemment on n'a pas encore beaucoup de romans où l'Indien est chirurgien ou doyen de faculté. Evidemment ces écrivains indiens semblent avoir du mal, au sens figuré, à sortir de leur réserve.Evidemment leur revendication en tant que tel peut parfois les desservir.Evidemment le repli frôle parfois.Evidemment je crois qu'on tient là un bon livre.Evidemment ce n'est que mon avis.