Me voilà de retour sur Les plumes d'Asphodèle (merci encore et bon anniversaire à ce blog frère) à jongler avec les 21 mots suivants:temps-vie-chanson-rien-diva-furibond-montagne-souffle-pollution-tempête-ballade-léger-envoyer-courant-bulle-prendre-gonfler-voleter-brèche-blesser-balançoire.

                                          Ce texte est bien sûr comme toujours une fiction. Evidemment. Mais comme je pense que l'on n'écrit guère que sur soi de forts relents personnels peuvent s'y nicher. Ecrire suppose son contingent de m'as-tu-luisme."Madame  Bovary c'est moi".

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                                           Temps de Vie, c'est chez moi le nom d'une association qui gère l'hospitalisation à domicile. Rien qui puisse faire rêver, je le concède. Mais est-ce l'imminence d'une fin de carrière qui m'incite cette semaine à prendre cet air un peu grave? Ou plus simplement sont-ce les mots, ou leur agencement  qui m'ont inspiré ce qui pourrait ressembler à l'incipit d'un roman, ce roman qui m'échappe depuis si longtemps, insaisissable diva qu'amant transi j'espère encore avoir à l'usure. Des années de soins, des femmes de cinquante ans que je tutoie les ayant connues à quatorze, des centaines d'enfants parents à leur tour inquiets pour le souffle court de leurs petits, mais aussi toutes ces vieilles dames, trotte-menu et pas loin de la partance, pied léger,si léger et coeur lourd, toutes ces vies, toute ma vie...

                                          Quand s'annoncent de grands virages, que les collines s'apprêtent à devenir montagnes, que mollissent doucement les tempêtes adorables, que les flèches isolent Eros et que là-bas Thanatos guette au bout de la ligne droite, ni furibond ni impatient, Thanatos est sûr de lui, quand on se penche sur l'étymologie comme sur son passé, quand d'un vocable, retraite, on peut s'amuser à décortiquer différentes expressions, toutes elles blessent, tirer un trait, se retirer, la neige et la Bérézina, on se dit que même si tout finit par une chanson, on aurait aimé colmater la bréche et ralentir un peu l'infernal courant, celui, à la pichenette facile, gonflé d'importance, qui nous envoie paître, voire ad patres. J'ai conscience de faire un peu mon sentencieux, d'apporter hélas un soupçon de pollution à cette semaine asphodélienne à tendance probablement bulle d'oxygène, encore m'avancé-je un peu.

                                        Ainsi vivent les hommes et quand ils se piquent d'écrire ils ne font pas toujours dans la ballade bucolique. Ainsi vieillissent les hommes,et  souffreteux, volètent pourtant les oiseaux fatigués.Temps de Vie, j'ai travaillé avec eux,des gens de bien. Le temps de la vie, balançoire de nos squares d'enfants, j'ai oscillé, quittant, quitté, quitte.