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                                                                                     Regard-secret-main-larron-tiroir-drap-couverture-partager-tramer-connivence-confident-bêtise-proche-rival-neige-empathie-ensemble-amants-nacrer-nomade-noir. Voilà les 21 mots que notre dévouée Asphodèle  a recueillis dans sa besace. Il y a un bon moment que je n'avais pas écrit ici, alors voilà...

                                                                                    Tulsa Train avait vécu. Du moins sous cette forme et Cal trouvait ça si douloureux, traînant les pieds dans l'escalier menant au  grenier de la M.J.C. où les trois autres et lui, après avoir joué les nomades de cave en grange durant six mois, avaient ensemble passé tant de soirées depuis un an et demi. Il se demandait si ces jours ne resteraient pas les plus beaux de sa vie, dix-neuf ans, quatre copains, la fin des sixties, le démon du rock leur collant aux basques, eux si proches, des larrons, des lurons au service de leur fougue jeunesse, nantis de bonne volonté et d'un bien mince bagage musical. L'orgue farfisa bien modeste, Cal l'avait acquis besogneusement, un coup de main à son père malgré sa légendaire répusion de la boucherie familiale, quelques fonds de tiroirs et un job d'été aux Cuirs de la S.A.L.P.A.

                                                                                     C'est vrai, ça s'était pas mal gâté les derniers mois, leur entente cordiale n'avait pas attendu qu'ils soient les Stones pour que leurs égos se titillent et que Reg tire un peu la couverture à lui. C'est du moins l'impression que ressentaient  les trois autres. Vrai aussi que Reg, lui, avait progressé à la basse, ayant bossé bien davantage, et que son regard sur les cymbales et les toms de Syd commençait à en dire long. Du moins quand Syd n'avait pas choisi de partager deux heures avec Christine au cinéma plutôt que de se les geler dans ce local certes gratuit mais rude et aux fenêtres disjointes qui n'effrayaient guère la neige du février de cette année là. Mais à bientôt vingt-et-un ans le chétif drap tendu en coupe-vent ne réchauffait plus guère les musiciens. Certes ça ressemblait à la mansarde d'un poète méconnu, version un peu électrifiée.Mais nul besoin d'être des pop stars pour sentir l'amitié filer comme sable entre les doigts. Nul besoin d'avoir donné plus d'un concert pour comprendre que Phil ne serait pas Morrison. Au moins il vivrait. Mais que se tramait-il vraiment au sein du quatuor?

guitare

                                                                                   Ce soir, on n'échapperait pas au réglement de comptes. Cal sentait confusément que son adolescence s'était fait les malles quand il avait compris que son désir secret de faire quelque chose de simplement pas mal ne résisterait pas à l'explosion du groupe. La connivence si plurielle qui avait si bien réussi et réuni quatre garçons dans le vent avait laissé place au doute et si chacun se reprochait volontiers quelque bêtise aucun n'assumait réellement sa responsabilité dans l'échec du collectif. Cal, qui se pensait en toute immodestie la cheville ouvrière de l'entreprise, trébucha dans le noir, les dernières marches si mal éclairées. C'était l'ére du délabrement. Fut-il surpris, à peine, entrant dans la salle, tout le matériel de percussion volatilisé, la guitare de Phil telle celle des Who après "My generation", ne subsistaient que deux boutons nacrés près du chevalet?

                                                                                   Son orgue se contentait d'être muet, définitivement. Un coup des rivaux de Houston Speedboat, qui répétaient sur la rive gauche? Eux qui manifestaient une certaine empathie pour Reg, bassiste de son état qu'ils cherchaient à débaucher. Rien de tout cela n'était sérieux. C'était grave, infiniment, Tulsa Train venait de se crasher, misérable garage band qui rejoindrait l'imposante cohorte des rockers morts-nés. J'ai l'impression d'avoir été leur ultime confident. Ce n'était rien, ce n'était qu'un rêve brisé,il y en aurait d'autres, beaucoup d'autres.

* J'ai abandonné le mot "amants", peu adapté à mon histoire

** Je l'ai déjà dit, mes textes contiennent souvent une part autobio. Dans celui-ci la part est, disons, une très grosse part. Elle renvoie à l'un de mes billets antédiluviens, l'un de ceux qui me dévoilent le plus.

Attention groupe rock cultissime