07 janvier 2015

Les modestes d'Erin

 champs bleus

                                  Quelles belles nouvelles que ces huit textes issus du recueil A travers les champs bleus. Huit destins, huit histoires au coeur de l'Irlande, sauf une au Texas. Il est patent que la plupart des nouvellistes irlandais n'oublient jamais leur référence américaine historique. Des gens modestes vivent devant nous, mais pourquoi les gens modestes n'auraient-ils pas droit au tourment? Claire Keegan sait bien nous exposer leur quotidien de solitude, entre le bétail et l'église, entre les fautes avouées et le pli des regrets. C'est que la sacro-sainte tradition, si elle parfois un peu de bon, a surtout beaucoup de mauvais. Et les gangues patriarcales ou religieuses du pays ne cèdent que très doucement.

                                         Il y a ainsi des hommes cloués à leur glèbe et harassés de fatigue que seul le pub déride un peu. Des femmes que trouble le regard d'un prêtre. Plus rare, une écrivaine en résidence dans la maison du grand auteur allemand Heinrich Böll. Une curieuse empathie d'un paysan tourbier avec une chèvre nommée Josephine. Ce livre se penche bien évidemment sur les femmes d'Irlande, dans la lignée de la grande Nuala O'Faolain. Des femmes qui, parfois au sens propre, animal, marquent leur territoire. Souvent des gens de peu, accrochés à la simple idée de vivre, la nature y est proche, sans idéal. Des groseilliers, un agneau traverse un bout de champ, là-haut les étoiles. Et, lourd, le labeur, à peine des réminiscences de guerre civile, et là on se prend à imaginer que peut-être un jour de cela on ne parlera presque plus. Et dansent les Irlandais, bien que le pays ait changé depuis car ces nouvelles évoquent plutôt les années 70.

                                        Dans un recueil de nouvelles ce que j'apprécie toujours c'est que certaines ne trouvent pas le chemin de notre coeur. Et c'est très bien ainsi, conférant à l'ouvrage une diversité que le roman ne permet guère. Je confesserai une préférence pour Près du bord de l'eau, où un jeune étudiant texan prend difficilement ses distances avec sa famille. C'est dire que l'irlanditude ne quitte pas les exilés de sitôt, même au coeur d'un business-state tel que le grand état du Sud américain.

Posté par EEGUAB à 07:32 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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