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                                        Voilà un film d'une grande originalité et qui en dit long sur une société américaine des eighties, pas la plus sympathique. Histoire vraie. John du Pont, milliardaire très conservateur, vieux garçon refoulé passionné de matériel militaire, patriote à l'excès, mais aussi  philanthrope richissime qui parrainait l'équipe privée de lutte Foxcatcher du centre sportif amateur connu sous le nom de  Foxcatcher Farm  en Pennsylvanie, prend sous sa coupe Dave et Mark Schulz, deux frères médailles d'or aux jeux de Los Angeles en 1984. Si Dave l'aîné garde ses distances Mark s'installe à demeure à Foxcatcher. Les rapports entre le mécène, qui se veut aussi coach, et qui aime se faire appeler Eagle, très courtois au début, tournent à la fascination-répulsion. J'ai un peu pensé à The servant.

                                      Le côté physique de ce sport a manifestement été sérieusement étudié et les deux acteurs Tatum et Ruffalo sont très à la hauteur. Le vrai Mark Schulz, crédité producteur du film, a depuis la sortie émis un jugement très négatif sur Foxcatcher alors qu'il était tout à fait partie prenante lors de la présentation en compétition à Cannes 2014. Il semble depuis avoir fait à nouveau machine arrière. Tout est question d'ego dans le film et dans la vie. Je ne voudrais pas que l'on croie ce film destiné uniquement aux amateurs de sports de combat. La lutte n'a pas grand chose à voir ni avec la boxe, ni avec les arts martiaux. Si les corps y sont intimes on n'y trouve pas autant de rituels et si l'on est loin de Raging Bull les séances d'entraînement sont très belles. Croyez-moi, je ne suis pas un zélateur de ces activités.

                                     Rien à voir non plus avec une success story à la Rocky Balboa. Les frères Schulz ont déjà réussi quand John du Pont entre en scène. On a évidemment un peu évoqué une relation homosexuelle latente, tellement latente que j'y ai à peine pensé. Mais c'est ainsi et le nouveau conformisme conduit systématiquement à ce genre de conclusion pour le moins hâtive. Ou du suivisme des idées. L'intérêt de Foxcatcher repose surtout sur cette hypertrophie de l'american way of life, argentée et assez rétrograde, complexée en même temps qu'éclatante.Steve Carell, grimé, vieilli,et oscarisable (c'était avant-hier, c'est raté) est aussi attirant qu'un serpent à sonnettes dans le désert du Mojave. Et c'est très bien ainsi.