19 mars 2015

La poésie du jeudi, Peter Handke

Poésie du jeudi

Lorsque l'enfant était enfant (Als das Kind Kind war)

 

"Lorsque l'enfant était enfant, il marchait les bras ballants...

Il voulait que le ruisseau soit une rivière un fleuve et que cette flaque d'eau soit la mer...

Lorsque l'enfant était enfant, il ne savait pas qu'il était enfant.

Pour lui tout avait une âme,

Et toutes les âmes n'en faisaient qu'une.

Lorsque l'enfant était enfant, il n'avait d'opinion sur rien, il n'avait pas d'habitudes...

Souvent il s'asseyait en tailleur, partait en courant...

Il avait une mèche rebelle

Et ne faisait pas de mines quand on le photographiait...

Lorsque l'enfant était enfant

Vint le temps des questions comme celle ci:

Pourquoi est-ce que je suis moi?

Et pourquoi est-ce que je ne suis pas toi?

Pourquoi est-ce que je suis ici?

Et pourquoi est-ce que je ne suis pas ailleurs?

Quand a commencé le temps?

Et où finit l'espace?

La vie sur le soleil n'est-elle rien d'autre qu'un rêve?

Ce que je vois, ce que j'entends

Ce que je sens

N'est-ce pas simplement l'apparence d'un monde devant le monde?

Est-ce que le mal existe véritablement?

Est-ce qu'il y a des gens qui sont vraiment mauvais?

Comment se fait-il que moi qui suis-moi,

Avant que je devienne, je n'étais pas

Et qu'un jour moi qui suis moi

Je ne serais plus ce moi que je suis..."

Peter Handke.

https://youtu.be/deFSC741coQ (français)

https://youtu.be/fdv_u7HGQIk  (allemand)

Peter-handke

                                            Ce texte de Peter Handke est indissociable du chef d'oeuvre onirique de Wim Wenders Der Himmel über Berlin, Les ailes du désir. Ce n'est pas le texte entier mais on devrait le retrouver sur le lien, dit en français par le fabuleux comédien Bruno Ganz. L'association de l'écrivain autrichien et du metteur en scène allemand nous a valu quelques films exigeants qui à mon sens relèvent tout à fait de la poésie (L'angoisse du gardien de but..., Faux mouvement) Ecouter ces lignes en allemand peut être aussi source d'émotion, ne serait-ce que celle de rappeler la beauté de cette langue et de la haute culture germanique. Und danke Schön, meine liebe Asphodèle für die Donnerstäge mit Dichtkunst (sous réserve des déclinaisons).

Posté par EEGUAB à 07:59 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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