Masse critique

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                                 Voilà le quatrième et dernier ouvrage de la sélection Prix Relay Babelio. Et ce fut un grand plaisir, les quatre livres étant de qualité. Dominique de Saint Pern revient sur Karen Blixen d'une superbe manière, non avec une biographie de plus mais avec un portrait joliment brossé qui va au delà du célèbre et très réussi Out of Africa, bien que Meryl Streep apparaisse dans Baronne Blixen, qui reste un roman, et ne fait pas l'impasse sur le Danemark après son retour du Kenya. C'est peut-être un peu moins "grand romanesque" mais c'est très attachant.

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                                  Clara Svendsen, polyglotte, pianiste, latiniste fut longtemps la secrétaire dame de compagnie infirmière traductrice esclave, oui, tout ça, de Karen Blixen. Dans ce roman elle est la passeuse qui nous immisce dans la complexité de la galaxie Blixen, personnalité décidément bien difficile à circonscrire. Ses triomphes littéraires et sa santé chancelante, en grande partie cadeau de son mari Bror, ses très nombreux paradoxes, ce qu'il faut bien appeler son snobisme, sa passion pour Thornkild Bjornvig, poète plus jeune de trente ans, son amertume et une haute idée d'elle-même parfois nous conduisent à trouver Isak Dinesen Karen Blixen un peu "trop". Son carnet d'adresses nous énerve un peu, Truman Capote, John Gielgud, Cecil Beaton, Carson McCullers. Une scène sublime vers la fin du livre: un homme deux fois immense, à l'Hôtel d'Angleterre, Copenhague, n'ose lui téléphoner. Il repartira, sans la voir, intimidé. Il en fallait pourtant beaucoup pour impressionner Orson Welles. Je me fiche bien de savoir si c'est vrai, mais j'adoube cette anecdote. Citizen Welles adaptera après sa mort Une histoire immortelle. Quand la légende est plus belle que la réalité, on imprime la légende.

                                  Vous voulez savoir pour Denys Finch Hatton. L'Afrique est là bien présente. Les Kikuyus et les Somalis, les fauves et le Gipsy Moth jaune étincelant qui devait l'emporter. Et sa tombe sur la colline. Mais vous savez tous l'histoire. "Jamais plus sa voiture remontant l'allée. Jamais plus sa longue silhouette sur le seuil de sa véranda. Jamais plus ses chapeaux accrochés à la patère". Baronne Blixen, le livre, a su s'affranchir de son modèle et de sa très belle mise en scène hollywoodienne (ne cherchez pas, c'est un hommage, une qualité). Dominique de Saint Pern a tout bon, les climats, les cocktails, la chasse et la littérature, la grandeur et les petites petitesses du presque Prix Nobel anorexique et tabétique. Allez-y sans crainte de doublonner avec La ferme africaine, avec Out of Africa ou avec une bio traditionnelle. Vous y apercevrez un lion étendu non loin de Mbogani, vous y sentirez le souffle du vent sur Elseneur, et vous y aimerez plus encore la Baronne avec parfois des envies de la gifler.

                                   "Il (le soleil) joue avec son propre reflet dans l'eau puis s'amuse à caresser le pelage tacheté des girafes, ou bien la fine accolade dessinée à l'encre de Chine sur les flancs des impalas venus se désaltérer; enfin, indolent, il glisse sur le plumage des flamants et le lac brûle soudain dans la lumière des couchants."

Dominique  d'A sauts et à gambades    Baronne Blixen - Dominique de Saint Pern