Le_chateau

                                Après une première intervention sur les différents Hamlet j'ai planché cette semaine sur Macbeth, beaucoup moins souvent adapté. Au moins deux fois cependant de façon géniale avec deux grands shakespeariens, Orson Welles, Macbeth, déjà traité sur ce blog, et Akira Kurosawa, Le château de l'araignée (1957). Ce film est un choc visuel dans lequel Kurosawa réussit l'impossible, une synthèse entre le grand délire plein de bruit et de fureur, de sauvagerie et de sang, de la pièce et deux éléments traditionnels de la culture japonaise, l'action du film de samouraï et l'apparente neutralité du Nô, théâtre japonais ancien dont l'austérité semble parfois assez hermétique aux Occidentaux.

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                                  Tourné dans l'endroit le plus brumeux du pays, près du Fuji, Le château de l'araignée abonde  en passages magnifiques. Citons-en quelques-uns. Le retour de Macbeth et Banquo, j'ai gardé les noms anglais, dans la forêt, est somptueux par le sentiment de perdition qui en émane, leur chevauchée, qui les égare à deux reprises, est superbement fimée. Mais Kurosawa est aussi génial dans l'intime que dans la fresque. Ainsi les scènes entre Macbeth et son épouse Lady Macbeth, qui est le véritable ange exterminateur shakespearien, très peu loquaces, à la différence des autres Macbeth de cinéma, sont admirables. L'opposition entre le jeu de l'épouse, qui, si elle ne porte pas de masque, est elle-même un véritable masque. Toshiro Mifune, le légendaire acteur favori de Kurosawa, lui, n'est pas avare de grands gestes et de grimaces, tirant le film vers la tradition estampes guerrières, vociférations et regards haineux. Cette opposition dans le couple félon fut par certains reprochée au metteur en scène. D'autres, dont je suis, y voient une belle habileté.

                                  Il me faut maintenant revoir Le Roi Lear, autrement dit Ran, l'un des derniers films de Kurosawa, pour conclure sur ces mois élisabéthains, après avoir parlé lors de ces interventions d'Othello, de Richard III et de Jules César, et plus brièvement de La mégère apprivoisée et du Marchand de Venise.

P.S. Suite à un "shakespearian cafouillage" cet article doublonne pas mal avec un article pourtant très récent, scène 4. Je laisse les deux, quelques éléments différant cependant. Il y a eu quelque chose de pourri au royaume du blog de la Comtesse.