Poésie du jeudi

                                Il y a longtemps que je voulais évoquer Bernard Dimey (1931-1981), si bien chanté par Ferré, Greco, les Frères Jacques, Mouloudji. Alors en général on écoute ça sur fond d'accordéon dans un café du vieux Paris, l'eau n'étant pas conviée. On peut aussi le lire, ou disons, l'égrener. J'ai choisi cette dernière option, nanti de mon accordéon à moi, une modeste guitare un peu prolo qui n'est pas ma compagne préférée (j'en ai quatre), mais un instrument acheté dans un discount pour quelques dizaines d'euros. Il m'a semblé qu'elle collait bien à M.Dimey, à sa tendresse un peu rude et à ses gueules de bois.

Quand on n'a rien à dire

Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire,
On peut toujours aller gueuler dans un bistrot,
Parler de son voisin qui n’a pas fait la guerre,
Parler de Boumedienne et de Fidel Castro,
Parler parler parler... pour que l’air se déplace,
Pour montrer qu’on sait vivre et qu’on a des façons,
Parler de son ulcère ou bien des saints de glace,
Pour fair’ croire aux copains qu’on n’est pas le plus con.
 
Quand on n’a rien à dire on parle de sa femme
Qui ne vaut pas tripette et qui n’a plus vingt ans,
Qui sait pas cuisiner, qui n’aime que le drame,
Qui découche à tout va, qu’a sûrement des amants.
On parle du Bon Dieu, on parle de la France
Ou du Vittel-cassis qui vaut pas çui d’avant,
On pense rien du tout on dit pas tout c’ qu’on pense.
Quand on n’a rien à dire on peut parler longtemps.

Dimey

 
Quand on n’a rien à dire on parle du Mexique
De l’Amérique du Nord où tous les gens sont fous,
Du Pape et du tiercé, des anti-alcooliques,
Du cancer des fumeurs et des machines à sous,
Des soldats des curés, d’la musiqu’ militaire,
De la soupe à l’oignon, de l’îl’ de la Cité.
Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire
On arrive au sommet de l’imbécilité.