18 février 2016

La poésie du jeudi, Allen Ginsberg

Poésie du jeudi

Hydrogen Jukebox

Opéra de chambre de Philip Glass

Livret d'Allen Ginsberg

Première partie/Chant 1

Eblouissement bleu de l'Eclair

Extrait de Le Cheval de Fer

1-24-13_Ginsberg

L’éblouissement bleu de l’éclair sature les plaines de l’Oklahoma,

le train roule vers l’Est

jette une ombre jaune sur l’herbe

Il y a vingt ans

m’approchant du Texas

je vis

une nappe d’éclairs

couvrir les quatre coins du Ciel

Hauts Silos à Fourrage dans brouillard gris-pluie,

damier de lumière au-dessus du ciel-toit

mêmes éclairs électriques au Sud

suivent ce train

Apocalypse prophétisée —

Chute de l’Amérique

signalée des Cieux —

Quatre-vingt-dix-neuf soldats en uniformes payés par le Gouvernement

pour Croire —

quatre-vingt-dix-neuf soldats fuyant la conscription pour un Job dans l‘Armée,

quatre-vingt-dix-neuf soldats rasés de près

et nulle part où aller sauf où on les envoie,

quatre-vingt-dix-neuf soldats qui voient l’éclair —

il y a mille ans

Dix mille Chinois marchant dans la plaine

tous soudain lèvent la tête vers le Ciel pour regarder la Lune.

Un vieil homme attrapant des lucioles sur son porche la nuit

regarde le Berger traverser la Voie Lactée

pour rencontrer la Tisserande…

Comment faire la guerre à cela ?

Comment faire la guerre à cela ?

Trop tard, trop tard

le cheval de fer fonce vers la guerre,

trop tard pour se lamenter

trop tard pour les avertissements —

me voici de nouveau étranger seul dans mon pays.

Allen Ginsberg (1926-1997)

                                     On ne dira jamais assez comme La poésie du jeudi nous ouvre les yeux et nous balade dans le temps et l'espace, parfois dans notre propre image, libres et disponibles, du plus classique au plus novateur, du plus serein au plus trouble. J'ai choisi cette semaine l'une des têtes d'affiche du mouvement beatnik, Allen Ginsberg. Guidé par le hasard comme fréquemment je suis tombé sur ces lignes extraites de l'opéra de chambre Hydrogen Jukebox (1990). Pour ce livret Philip Glass le grand compositeur et Ginsberg ont recyclé des Collected Poems  qu'il avait écrits dans les annnées cinquante et des textes contemporains de la création, fortement critiques (Première Guerre du Golfe).

Allen_Ginsberg_and_Bob_Dylan_by_Elsa_Dorfman

                                     Je ne suis pas un grand connaisseur de la Beat Generation, par ailleurs très souvent confondue en France avec le mouvement hippie et je n'en savoure pas tous les délires et les obsessions. Mais j'y trouve parfois des éclairs (titre du texte), des fulgurances, des zébrures qui me plaisent bien, me ramenant à une mythologie de l'Ouest, western, jazz, blues, rock, road, film noir, qui n'ont pas peu contribué à ma formation. Serez-vous, sur cet extrait un peu de mon avis?

                                     Je le fais souvent mais j'y tiens. Merci à Asphodèle sans qui ces jeudis seraient un peu plus sans surprise ni fantaisie.

 

Posté par EEGUAB à 10:02 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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