Ma Cinémathèque

                                Le grand L de Laura sur l'affiche, comme un paraphe sur le noir officiel de ce film, un film noir presque sans armes et sans gangsters. D'abord roman de Vera Caspary, Laura, un thème musical célébrissime de David Raksin que Sinatra et Ella enregistreront avec des centaines d'autres, et un portrait sublime (en fait c'est une photo). Gene Tierney, inoubliable, fantasme inépuisable de décennies de cinéphiles. Laura, revenue de parmi les morts et le ballet qui s'orchestre autour d'elle. Trois hommmes, tous trois intéressants, chacun à sa manière. Mais que sont les hommes auprès de Laura? Vincent Price, velléitaire, pas très brillant mais pas méchant, juste un peu veule. Dana Andrews, inspecteur cynique que Laura a vite fait de conquérir. Et surtout Clifton Webb, délicieuse tête à claque dans le rôle de Waldo Lydecker, critique mondain à la plume assassine et Pygmalion de Laura Hunt. Il faut le voir rédiger ses articles dans sa baignoire, tout de talent et de mépris. Mais la créature parfois s'émancipe, vieille antienne de la littérature.

lAURA

                                Otto Preminger, accepté par Zanuck à contrecoeur, signe un chef d'oeuvre où où tout est essence du cinéma. Jamais parasité par un arrière-plan social ou une fascination de la violence si souvent associée au film noir Laura reste un jeu raffiné , un jeu de salon où le bon goût masque la perversité et où le spectateur est joliment pris en otage par Laura Gene Tierney, pas une vénéneuse comme bien des femmes fatales au cinéma, mais néanmoins geôlière du cinéphile.