03 avril 2016

Ballade exi(r)landaise

9782264066282

                                Plaisir à peu près trimestriel avec Valentyne d'une lecture commune La couleur des ombres – Colm Toibin et retour aux lettres irlandaises dont je ne m'éloigne jamais très longtemps. Colm Toibin, la soixantaine, est l'un des plus connus parmi les contemporains d'Erin. Je l'ai beaucoup lu, romans et nouvelles confondus. Je suis très porté sur les nouvelles, difficiles à chroniquer toutefois. Le recueil La couleur des ombres m'a semblé moins riche que L'épaisseur des âmes. Voir Mères et fils. Au passage qu'on m'explique pourquoi le titre original est celui de la nouvelle La famille vide alors qu'en France on a choisi la nouvelle La couleur des ombres. Neuf textes donc dans ce livre mais où je n'ai pas retrouvé l'émotion du précédent recueil. Loin de là.

                               S'il est souvent question de départ, de retour, de transit, de deuil dans ces textes, Colm Toibin explore aussi beaucoup les liens familiaux, notamment entre fils et mère. Les deux premières nouvelles sont très belles. Un moins un raconte un courrier d'un homme à un ancien amant, courrier où il revient sur la mort de sa mère, et comment il a ressenti ce voyage in extremis de New York à Dublin. "Il était trop tard désormais pour expliquer quoi que ce soit. Nous avions épuisé notre réserve de temps" Dans Silence l'auteur met en scène, autour de la poésie, le secret de Lady Gregory, d’après une histoire rapportée par l'écrivain Henry James, l'un des auteurs favoris de Toibin auquel il a d'ailleurs consacré Le Maître. Bien des points leur sont communs.

                              Colm Toibin qui a vécu longtemps en Espagne consacre trois nouvelles à ce qui reste comme son pays de coeur. La première, nommé Barcelone 75, ne m'a pas intéressé, entièrement vouée aux vingt ans de l'auteur dans cette ville et à ses aventures homosexuelles (Toibin est un militant) sur fond de mort du Caudillo, une sorte d'Almodovar mais sans ses magnifiques portraits de femmes. La nouvelle Espagne, plus sensible, c'est le retour à Minorque, après la mort de Franco, d'une jeune Espagnole après un exil londonien. Avec son lot de déceptions. Colm Toibin marque parfois un peu fort son territoire social et culturel mais cette nouvelle est forte, on ne revient jamais tout à fait de son exil. La rue conjugue immigration et homosexualité et le relatif anticonformisme de Toibin pâlit un peu.

                              Mais les choses s'arrangent avec la nouvelle-titre La couleur des ombres. Tante Josie est une vieille dame en fin de vie. Paul son neveu s'en occupe le mieux possible, plus proche d'elle que de l'"autre", sa propre mère, soeur de Josie à qui il jure qu'il ne la reverra pas. Bouleversant, on ne saura pas vraiment pourquoi Paul a rejeté sa mère, l'alcoolisme, ou est-ce l'inverse. Une nouvelle, j'aime bien qu'elle reste posée là, sans réponse à tout. Colm Toibin, là, est magnifique, et tellement plus intéressant. Vous le savez, les militants m'emmerdent vite. Je préfère de loin les silences familiaux.

                             Attention l'Irlandais Colm Toibin n'est pas un grand irlandophile. "Je ne crois pas à l’Irlande. Pourtant, il arrive que l’Irlande vienne à moi" lance le narrateur de Un moins Un. Toibin parle surtout de Toibin. Un sujet qu'il connait bien. Et parfois l'Irlande le reprend dans sa main et le meurtrit sans ménagement. Je crois qu'il n'arrivera pas à détester ça.

P.S. Je viens de voir au cinéma Brooklyn, assez jolie et classique adaptation du roman éponyme de Colm Toibin. Désormais son exil

                        

 

 

 

 

 

 

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Commentaires sur Ballade exi(r)landaise

    Bonjour Edualc

    Pour une première lecture de cet auteur, ces nouvelles m'ont bien plu ...
    Je vais aller voir tes autres billets ...
    J'aime beaucoup ce que tu dis " cette nouvelle est forte, on ne revient jamais tout à fait de son exil."

    Bon dimanche

    Posté par Valentyne, 03 avril 2016 à 12:31 | | Répondre
  • Je n'ai rien lu de cet auteur mais j'irai peut-être voir l'adaptation " Brooklyn"

    Posté par maggie 76, 03 avril 2016 à 18:41 | | Répondre
  • J'enrage à chaque fois que je te lis sur un livre irlandais. Non pas que ça me donne envie de m'engouffrer dans un pub irlandais à brailler des ballades irlandaises une rousse entre mes mains (je parle de bière), une autre rousse sur le tabouret voisin (là je parle d'une irlandaise plantureuse). Non, donc, juste parce que j'ai une dizaine de romans irlandais et qu'à chaque fois, je reprends mes vieilles habitudes, je pioche dans ma littérature asiatique ou sud-américaine.
    Allez, le prochain sera irlandais (bon, ça je me le dit à chaque fois, même à jeun)

    Posté par le Bison, 05 avril 2016 à 22:17 | | Répondre
  • Comme toi, Edualc, je n'aime pas trop lire les nouvelles.
    Il me semble toujours que ce sont des histoires inachevées
    Je ne connais pas non plus cet auteur. Peut être, un jour, quand je serai vieille et que j'aurai beaucoup lu, je le lirai
    En ce moment je lis un roman "la dernière danse" en plein coeur dans la guerre d'Espagne, de l'anglaise Victoria Hislop.
    Gros bisous

    Posté par Soene, 07 avril 2016 à 07:29 | | Répondre
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