AFFICHE_CELINE

                             Affluence satisfaisante pour Louis-Ferdinand Céline (Deux clowns pour une catastrophe) en ce lundi soir. Ce film a le courage ou l'inconscience de mettre en scène Céline lui-même, du jamais vu au cinéma, même pas en adaptation d'un de ses romans. Evidemment une soirée autour de Céline est toujours un peu risquée. Mais entre gens de bonne compagnie les choses se sont bien passées. Pour être un peu sérieux reconnaissons que dans ce genre de discussion nous étions tous des amateurs. Certains ayant un peu lu Céline ou au moins Le voyage..., personne n'ayant la prétention de connaître vraiment l'écrivain. Comme Joyce, voire Proust, Céline s'il est très connu n'est pas vraiment beaucoup lu. Je pense d'ailleurs que peu d'écrivains sont beaucoup lus, tout  simplement parce que la lecture se porte mal même si ce n'est pas sur nos blogs à forte connotation livres que ça se voit. Mais faut pas rêver, la vie est bien loin de nos écrits parfois.

                            Le film d'Emmanuel Bourdieu se fracasse sur le mythe et ne peut prétendre réussir. Mais c'était impossible. Bien que portant sur trois semaines seulement de la vie de Céline, l'identification de Denis Lavant au misanthrope en fuite au Danemark ne fonctionne pas vraiment. Au passif du film un Céline en surjeu par un Lavant tout en exagération, ce qui fait beaucoup d'artifices. L'écrivain n'éructait ni ne vitupérait autant, si ce n'est dans ses livres. J'ai mieux aimé Géraldine Pailhas en Lucette Almanzor-Destouches, mais plusieurs spectateurs l'ont trouvée nettement trop angélique et diplomate entre Céline et son admirateur juif américain venu "au secours" de l'auteur de Mort à crédit. Son look Simone de Beauvoir n'a pas non plus été particulièrement bien reçu.

                           Au crédit, à mon sens, de Deux clowns pour une catastrophe (l'expression est de Céline lui-même) une belle expression de sa paranoia, d'ailleurs justifiée car il risquait vraiment sa peau, et quelques belles scènes où l'antisémitisme humiliant se taille la part du lion, scènes semble-t-il authentiques. Drôlerie parfois (scène des baignoires, mauvaise foi évidente envers le pays qui, tout de même, s'il l'a embastillé ne l'a pas extradé). Bourdieu a eu aussi la curieuse idée de grandir physiquement Milton Hindus ce qui donne au duo vieux râleur-jeune ambitieux une allure quasi burlesque discutable. Quant au débat il fut intéressant même si nous manquions d'un véritable spécialiste de Céline, denrée assez rare en une ville moyenne. Mais nous avons tous essayé de ne pas trop dire de bêtises. Au moins ce film a-t-il été proposé, dans le cadre d'une action cinéma tout au long de l'année qui commence à porter ses fruits. C'était ma minute d'autosatisfaction. Après tout si on ne peut pas dire un peu de bien de soi-même...