30 septembre 2017

Une ville qui assume (2)

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                                   Je crois y voir Damiel et Cassiel les anges du ciel de Berlin, l'admirable film poème de Wenders et Handke. En plein Tiergarten l'immense parc presque au coeur de Berlin, sillonné d'innombrables vélos auxquels le voyageur peu au fait doit d'ailleurs prendre garde sous peine de se rerouver à Charité, l'immense complexe hospitalier (du français parlé par les princes prussiens reste beaucoup de traces, Bellevue, San Souci, Mon Bijou), se dresse la Siegesaüle, Colonne de la Victoire. J'y subis plutôt une défaite, échouant à une trentaine de marches du sommet.

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                               J'allai par contre crânement, et en ascenseur, au sommet de la Fernsehturm, point culminant de l'Allemagne. Elle dresse sa grandeur sur l'Alexanderplatz (dites seulement Alex), jadis théâtre du roman fleuve d'Alfred Doblin, Berlin Alexanderplatz, adapté au ciné par Fassbinder. Rassurez-vous, je vous embêterai pas avec ça, n'ayant ni lu le premier ni vu le second. C'était entre deux guerres. Puis l'Alex est devenue la grande place symbolique de Berlin-Est. Ce Berlin-Est qui commençait dès la Porte de Brandeburg, et l'on comprend bien l'emblème qu'est ainsi devenue la grande porte au quadrige jadis "kidnappé" par Napoléon.

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                         Karl Liebknechtstrasse, qui se prolonge vers l'Ouest par Unter den Linden, j'y ai croisé Martin Luther. Feuilletait-il ses 95 thèses? La gigantesque Alexanderplatz fourmille,il m'a semblé que le les transports en commun fonctionnaient assez bien, eu égard aux travaux qui constellent la ville et masquent pour assez longtemps encore certaines façades, dont le Staatsoper, opéra d'état, et nombre d'édifices historiques. Sans parler de l'ahurissant défi de rebâtir le château de Berlin dans ses proportions originelles. Le Rotes Rathaus, lui, en a presque fini. Presque.

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                    Checkpoint Charlie, il faut bien le reconnaître, a tout du piège à touristes. Faut faire avec. Et après tout l'omniprésente enseigne se fond dans le décor plutôt pas mal toc de la fameuse limite du secteur américain. Et puis finalement on peut y trouver une certaine légitimité. Je vous l'ai dit, Berlin ne fait pas de détail. Et puis on n'est pas obligé de s'attarder et il n'y a plus de formalités pour s'éloigner. D'ailleurs vous êtes en droit de préférer les concurrents du gallinacé du Kentucky.

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                           Je n'ai pu voir les vastes versaillais de Potsdam mais la résidence de Charlottenburg à l'ouest de Berlin constitue un excellent pied à terre. J'ai déjà évoqué la vaisselle du Kronprinz. Frédéric y trône équestrement dans la cour d'honneur. Fastes prussiens, despotiques et éclairés, je ne me prononcerai pas quant aux proportions des deux adjectifs. Bon, quelqu'un qui accueille Voltaire doit bien avoir quelques qualités.

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                      Et puis à Berlin  il y a d'autres choses, plutôt récentes. A l'occasion de la grande remise en question des idées, et remise en perspective de la ville, l'urbanisme a été repensé, et particulièrement soigné à mon sens. Ca prend du temps, beaucoup de temps. De très nombreux immeubles administratifs ou industriels, gares, centres commerciaux, sont des oeuvres à part entière. Berlin se visite bel et bien au XXIème Siècle.

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                   Cette dernière illustration n'est pas une photo que j'ai prise. Berlin a, je crois, trouvé la mesure de l'indicible. Le Mémorial aux Juifs  assassinés d'Europe (1999) est un ensemble composé de 2711 modules en béton et d'un centre d'information souterrain. Je n'en dirai pas plus. Sauf qu'en ce coeur berlinois, entre Potsdamer Platz et Brandenburger Tor, la mémoire et l'émotion ont bâti un lieu habité, où l'homme peut prendre, modestement la mesure du génocide. Ces stèles de toutes tailles, arides et géométriques, invitent au silence. Silence qui se poursuit lors de la visite du mémorial, modèle de dignité.

                  Ces quelques images de mon séjour à Berlin, depuis longtemps programmé, enfin réalisé, seront les seules. Comme je l'ai souvent écrit, je ne goûte guère les défilés interminables de photos de là ou d'ailleurs. Souvenirs, c'est dans la tête que vous faites le mieux votre boulot de souvenirs.

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28 septembre 2017

Cher libraire

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                                Plus qu'un bon roman historique Le libraire d'Amsterdam est un livre qui agite des idées au moins autant que des faits. J'ai choisi ce livre en bibliothèque (avant fermeture pour travaux, c'est toujours embêtant), sans en connaître rien que la couverture mais le thème m'a attiré. L'Italo-iranienne Amineh Pakravan a publié ce livre en 2006 et je ne sais par quel hasard il s'est retrouvé dans les rayons publics seulement maintenant. Nous entrons avec ce livre dans le bouillonnant univers des imprimeurs, libraires, cartographes dans l'Europe du XVIème siècle, période où l'on peut parler de naissance de l'humanisme. Un beau roman qui nous conduit des ateliers de Troyes, Paris, Amsterdam, Anvers jusqu'au Nouveau Monde, en ces dizaines d'années de Guerre de Religions. Guillaume Pradel retrace la vie de son père et de son grand-père, leurs haine réciproque et leur foi parfois fanatique.

                              Règnent encore la peste noire et l'obscurantisme mais pourtant les hommes changent, certains du moins. A travers les progrès de l'astronomie notamment, et l'amélioration des communications, c'est un monde  en devenir qui se construit. Quelques hommes éclairés, Guillaume est de ceux-là, imprimeurs, cartographes (quel beau titre que cartographes), mais aussi poètes et médecins, s'appliquent à changer le monde. Très peu connu, Le libraire d'Amsterdam est un ouvrage hautement recommandable, un livre qui fait appel à l'intelligence sans les grosses, parfois très grosses ficelles sentimentales qui alourdissent les romans historiques.

 

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25 septembre 2017

Gary

Guitare et rose

                        

                              Après un tel forfait la moindre des choses était de laisser Gary Louris, magnifique folkeux, ex-Jayhawks, années 90, somptueux quintette indie-folk de Minneapolis, interpréter lui-même Vagabonds extrait de son album du même nom, 2008. Pardon Gary. Mais une guitare et un harmonica... et je me prends à rêver, rêver de faire la route à l'envers.

 

 

 

 

 

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23 septembre 2017

Une ville qui assume (1)

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                              Du vert, et un bâtiment historique que les panneaux indiquent toujours très soigneusement Reichstag/Bundestag. On comprend pourquoi. Emblématique à mon sens de la somme toute nouvelle capitale fédérale. C'est que Berlin ne sera jamais tout à fait une ville comme les autres. Je pense à Allemagne année zéro. Je pense aux Ailes du désir. Je pense à Cabaret. Je pense aux romans d'espionnage. C'est que l'on n'arrive pas à Berlin vierge de tout a priori. Cette ville, plus qu'aucune, a connu un destin qui aurait pu la vouer aux gémonies. Ce fut longtemps le cas. Berlin table rase en ce qui concerne les pierres, mais pas en ce qui concerne les âmes. La ville, à mon avis, réussit son pari d'appréhender tout son passé, des sévères monuments prussiens à la topographie de la terreur, des nombreux mémoriaux des victimes du Reich aux plus belles heures de la DDR, sans oublier le vertige urbanistique qui a saisi la ville et la laisse en travaux pour encore au moins dix ans.  

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                         Une balade sur la Spree, le calme fleuve berlinois et ses jolis méandres, qui sillonne le coeur citadin et permet de voir un bel aspect de tous les bâtiments récents, ministères, ambassades, quartier d'affaires, gares, tout ce qui fait la Symphonie d'une grande ville, titre du génial et pércurseur film de Walter Ruthmann (1927, je crois). Et puis il y a cette porte, ce quadrige sous ciel de pluie imminente qu'un caprice de Napoléon ramena à Paris pendant quelques années, multisymbole de tout et son contraire au fil du temps.

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                                Berlin en fait tant dans le modernisme qu'une visite du Filmuseum m'a presque rendu malade de vertiges tant les jeux de miroir et de passerelles étaient saisissants. L'Expressionnisme y prenait tout son sens. Pourtant Caligari, Mabuse et Nosferatu me sont de vieilles connaissances. Mais là ils y sont allés un peu fort. Les célébrissimes Trabant sont devenus tendance pour un sightseeing.  Des statues de héros d'un autre temps rappellent des déchirures. Berlin, si longtemps coupée en deux, voire en quatre, ne se divise plus. Deux géants de bronze font encore recette près des rives de la Spree. Et il m'a fallu longtemps avant de pouvoir photographier les chantres du marxisme sans amoureux frottant le genou de Karl, sans les dizaines de Taïwanais on tour, et sans les turbulents collégiens paneuropéens auxquels Berlin assène des leçons de démocratie, particulièrement nombreux.

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                                  Sûr que l'histoire y parait parfois lourde, des hommes de fer y cotoient des poètes, ci dessous Schiller sur le Gendarmenmarkt. Et l'argenterie du Kronprinz, dans les salons de Charlottenburg vaut à elle seule le déplacement. Capitale d'empire, ruinée et affamée, défigurée par la division, Berlin s'est relevée. Et cette semaine fut pour moi l'occasion d'un petit peu mieux connaître l'histoire de ce grand pays et de cette ville, indispensable pour comprendre. On en reparle un peu prochainement.

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19 septembre 2017

L'adios au charme

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                               Reprise en douceur et en musique pour notre saison cinéphile avec le joli document de la cinéaste britannique Lucy Walker qui nous entraîne à Cuba pour l'adieu aux enchanteurs du Buena Vista Social Club que Wim Wenders et Ry Cooder ont immortalisés il y a presque vingt ans. A l'aide d'images d'archives des années cinquante et soixante ce voyage dans l'histoire de la grande île antillaise rassemble l'émotion de retrouver nos vieilles connaissances, Compay Segundo, Ibrahim Ferrer, Ruben Gonzalez, l'humour et parfois l'autodérision (même si mieux vaut tard que jamais), mais aussi la dureté de la vie pour tous les Cubains ou presque. Les spectateurs ont tous été très heureux de cet au revoir à la familia de siempre.

                            Plus que par la sanctification un peu démesurée, qui culmine avec la réception à la Maison Blanche, et qui reste sympathique, j'ai été quant à moi remué par des  scènes plus intimes. Les retrouvailles déchirantes d'Ibrahim et d'Omara Portuondo, le petit fils de Guajiro le trompettiste, qui joue lui aussi avec le BVSC 2016 et qui veille sur son grand-père avec dévotion, quelques querelles entre musiciens à propos d'une tonalité de sol. Et quelques perles de nostalgie, Chan Chan, Dos gardenias, Candela. Une vraie belle soirée entre joie de vivre et leçon de tonus de la part de ces seniors qui connurent "las flores de la vida" in extremis. Une façon aussi, un, de rappeler que le documentaire, c'est vraiment du cinéma, et, deux, de proposer aussi, parfois, lors de ciné-débats, de la bonne humeur, denrée relativement rare. Humeur qui d'ailleurs n'empêche pas l'histoire musicale de Cuba de rejoindre l'histoire tout court, des séquelles de l'esclavage aux Antilles aux relations très particulières de La Havane avec le grand voisin.

 

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17 septembre 2017

Retour, impression

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                             Où que te conduisent tes pas tu n'échapperas pas à la nouvelle hideur des choses. Lèpre technologique, elle te gâchera le plus beau des jardins.

 

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08 septembre 2017

Une semaine là-bas

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       Der Himmel über Berlin... Mais ce sont depuis longtemps mes Ailes du désir. Mon petit tour de l'Europe citadine continue. Après Dublin, après Stockholm, après Bologne. A très bientôt.

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07 septembre 2017

La poésie du jeudi, Edualc Eeguab

Poésie du jeudi

                                Belle semaine puisque je retrouve la Poésie, Asphodèle et tous les rimailleurs qui bien souvent m'enchantent. Comme vous le savez , muses m'ont boudé. Alors j'ai essayé, comme un enfant sans nurse. J'ai bien un peu triché, mais suis resté dans le rythme du haïku 5-7-5. Merci Isabelle, d'un merci qui restera toujours en deça de ce que je voudrais dire. J'ai appelé ça...

Dérober

Ca brasse du vide

Ca veut pas vraiment fuser

Trouver quelque chose?

Quelque chose à dire

Tenant vaguement debout

Si possible drôle

Romanesque, presque

A la rigueur, du burlesque

Qui prête à sourire

Bannir l'incurie

Qui m'occulte les neurones,

Inapte au défi,

Comme à la bonace,

Pire encore, à la ramasse

Plume racornie

Lac inanimé

Inconsolé, morne oiseau

Vallon sans dormeur

Albatros pataud

Pathos d'un loup moribond

Feuilles au tournis

Tous l'ont déjà dit

Soyez maudits vils poètes

Que suis-je sans vous?

Pillard ça et là

N'ai-je  fait que dérober

Vous, Prométhéens?

 

 

 

 

 

 

 

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