07 juillet 2019

Réhabilitons-les

Bouvard-et-Pecuchet

          Bouvard et Pécuchet, roman inachevé de Flaubert, a été publié après sa mort. Chacun connait de nom ces deux personnages devenus archétypes de la bêtise. Je ne l'avais jamais lu mais ma chère amie  Val Bouvard et Pécuchet – Gustave Flaubert  m'a proposé une lecture commune. Délicieuse habitude maintenant bien établie depuis quelques années. Et j'ai été plutôt assez surpris par le ton du roman. En fait je pense que ce livre est peu lu en général et que l'image assez caricaturale que l'on en a ne correspond pas vraiment à l'esprit du roman. Et j'aurais tendance à dire, Bouvard et Pécuchet, pas si bêtes.

         D'abord il n'est pas si simple de lire Bouvard et Pécuchet. Deux amis copistes, seuls dans la vie, et disposant d'un héritage, décident de se retirer en Normandie et de s'associer pour se consacrer à l'agronomie au sens large. Tout y passe, arbres, légumes, fruits. Bilan: échec retentissant. On dirait dans notre jargon actuel, lequel aurait bien plu à nos deux lascars, qu'ils n'ont pas intégré tous les paramètres. Qu'à cela ne tienne. En mal de savoir ils se lancent alors dans la chimie, l'anatomie, la géologie, l'archéologie, plein de logies. Echecs tout aussi cuisants.

         Suivront de pathétiques tentatives en histoire, littérature, théâtre, ils essaient d'écrire une pièce. La révolution de 1848 les mène à la politique qui les déçoit profondément. Comme touchés par la grace, ils tombent plus ou moins amoureux. Rateaux complets. La vie de Bouvard et Pécuchet est une galère. Découragés ils envisagent le suicide. Spiritisme, religion, éducation (ils adoptent deux orphelins), rien n'y fera. Le livre s'arrête là.

         Bouvard et Pécuchet n'échappe pas à l'effet catalogue, un peu fastidieux, truffé de références bibiographiques. La surabondance de termes techniques finit par peser sur le lecteur. Les deux cloportes (dixit Flaubert) sont-ils aussi médiocres que la tradition les a installés? Et qu'est Flaubert lui-même en vivant presque avec eux, tant son travail de documentation a été titanesque? Il a fini par leur ressembler un peu. Moi j'ai aimé ce livre sur la condition humaine et sur la solitude. C'est un grand roman, pas tant sur un certain conformisme facilement moquable, mais sur l'inadéquation de l'homme  au monde, à la société. Flaubert a souvent dit, du moins le prétend-on, Madame Bovary c'est moi.

         Leur maladresse a fini par m'émouvoir. D'ailleurs ils évoluent. "Alors une faculté pitoyable se développa dans leur esprit, celle de voir la bêtise et de ne plus la tolérer". Je n'hésiterai pas, Bouvard ou Pécuchet, cest un peu moi, avec mes a priori, mes suffisances, mes entêtements, etc. Alors suis-je Bouvard? Suis-je Pécuchet? Cela dépend de mon amie Val dont j'ignore encore la réaction. Mais ils sont de toute façon indissociables.

              

Posté par EEGUAB à 06:01 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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