petite

                              Bel accueil lors de nos séances cinéphiles pour ce film coréen complètement en marge et très loin de l'univers souvent urbain et violent du cinéma de là-bas. Petite forêt est un film de Yim Soon-rye, réalisatrice dont c'est le premier film sorti en France. Une sorte de retour à la nature pour Hye-won, vingt ans, déçue de la grande ville qui revient au village où vit sa mère veuve qui n'est plus là pour l'accueillir, partie vivre d'autres expériences. Passée la surprise Hye-won retrouve un garçon et une fille, ses amis d'enfance. Le gentil triangle amoureux n'est qu'anecdotique dans cette histoire simple et plutôt bucolique sans mièvrerie. C'est possible

                              On pense bien sûr aux Délices de Tokyo mais très vite on est attiré par ces gestes du quotidien de la campagne dans laquelle le cinéma ne nous immerge pas  si souvent. Les scènes de cuisine sont un régal pour les yeux et les fruits et légumes colorés et appétissants sont des acteurs à part entière. Mais le message écolo est tout en finesse, rien n'est asséné dans Petite forêt. C'est aussi un film où les femmes, Hye-won, sa mère, son amie, ont un rôle très fort. Tout cela sans jamais se départir d'un sourire dont on n'a guère l'habitude. Un joli dépaysement.

affiche folle nuit

                            Le public, moins nombreux que pour le film précédent, a aimé ce film qui ne prendra qu'une heure et dix-sept minutes de votre temps. Une concision bienvenue pour moi qui souffre souvent du délayage en 120 minutes de la moindre comédie déjà balourde sur 1h20. Tout premier film de la réalisatrice russe Anja Kreis Folle nuit russe nous emmène à Ivanovo, au nord-est de Moscou, à l'aube de l'an 2000. Eltsine va passer le flambeau à Poutine. Mais Ivanovo est une ville sinistrée du textile et conjugue toutes les tares de la charnière du siècle. Rien ne manque, mafia, crise économique, trafics, alcoolisme, et Tchétchénie, ceux qui y sont restés et ceux qui reviennent, mal.

                            Plusieurs histoires se mêlent et se rejoignent et nous passons douze heures de cette Folle nuit russe avec sept ou huit personnages. Un soldat retour du front. La compagne de son frère mort qui se jette à son cou. Deux femmes témoins de Jehovah éconduites. Un clochard invité pas très finaud. Ces gens se croisent en rêvant de l'Ouest,pas tous, et en buvant de la mauvaise vodka. Un fusil fait la liaison, dangereuse. L'URSS n'est plus mais, malgré un humour noir et désespéré, la Russie d'Ivanovo n'incite guère à la sérénité.

Affiche Bacurau

                           Le grand baroque brésilien est de retour avec Bacurau, prix du Jury à Cannes, dans lequel Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles donnent libre cours à leur cinéphilie pour le cinéma dit de genre. Tour à tour film politique, western italianisant, science-fiction digne d'Ed Wood, explosion gore, charge anti-yankee quasi inhérente au cahier des charges du cinéma d'Amérique Latine. N'y manque même pas une allusion à Guevara. Somme toute assez réjouissant, pas sérieux, n'oubliant ni le côté BD ni le jeu vidéo si en cour actuellement, Bacurau tient finalement de la pochade,ce qui n'est pas plus mal, et a été dans l'ensemble plutôt bien reçu.

                           Nettement moins fort qu'Aquarius le précédent film de Mendonça mais je crois savoir qu'au moins deux personnes ont trouvé le film formidable, les deux réalisateurs eux-mêmes qui se sont visiblement bien amusés. Et puis c'est très moral, imparable, 800 emplois ont été créés pour le film. Dont acte. Bon, si par hasard un vieux DVD du film Antonio das Mortes (1969) passait par là n'hésitez pas.