ames simpls

                         Ce livre est une belle réussite d'intelligence et d'humanité. On me l'a conseillé, il m'avait totalement échappé alors que je suis d'assez près l'édition, sans pour cela acheter tellement de livres neufs. La place, je ne l'ai plus. Le budget, moins qu'avant. Je privilégie la Bibliothèque  qui hélas tourne à la ludothèque avec adolescents couchés, au sens propre, devant les écrans. J'ai donc acheté Des âmes simples de Pierre Adrian, auteur de moins de trente ans, par ailleurs chroniqueur sportif et cinéphile (La piste Pasolini).

                        Dans un village perdu, fin fond des Pyrénées, à portée d'Espagne, le narrateur, jeune, retrouve un vieux prêtre qui officie dans cette obscure vallée, en liturgie mais surtout en refuge pour toutes sortes de déclassés , jeunes ou vieux, croyants ou non, délinquants, marginaux de tout poil et tout sexe. Si ce sujet a déjà été traité le beau livre d'Adrian se distingue par plusieurs aspects. D'abord Pierre ne prend personne de haut ni du Très-Haut. On n'est pas dans l'âme torturée du Journal d'un curé de campagne de Bernanos. Des âmes simples pourtant n'exclut pas les doutes et les interrogations et une certaine violence n'en est pas absente, qui n'est pas uniquement un mal citadin. Du petit peuple qui échoue chez Pierre on comprend que malgré le bon pasteur, au sens profane, la partie ne sera pas forcément gagnée. Tant d'errances.

                        Mais Des âmes simples possède aussi aussi la ténacité d'un gave des Pyrénées. Pierre Adrian trouve des mots magnifiques pour peindre la montagne, la montagne et ses  créatures, hommes, animaux, arbres et minéraux. Sa prose est admirable et on éprouve une belle émotion devant ces paysages d'exception. Et puis des pages magnifiques sur la gare de transfert avec l'Espagne, une épave, un vaisseau échoué là, symbole du gâchis que savent si bien organiser les humains. Quelque part entre vallée d'Aspe et rocher de Marie-Blanque, et dans leur propre coeur.