23 janvier 2020

Sagesse en Pyrénées

ames simpls

                         Ce livre est une belle réussite d'intelligence et d'humanité. On me l'a conseillé, il m'avait totalement échappé alors que je suis d'assez près l'édition, sans pour cela acheter tellement de livres neufs. La place, je ne l'ai plus. Le budget, moins qu'avant. Je privilégie la Bibliothèque  qui hélas tourne à la ludothèque avec adolescents couchés, au sens propre, devant les écrans. J'ai donc acheté Des âmes simples de Pierre Adrian, auteur de moins de trente ans, par ailleurs chroniqueur sportif et cinéphile (La piste Pasolini).

                        Dans un village perdu, fin fond des Pyrénées, à portée d'Espagne, le narrateur, jeune, retrouve un vieux prêtre qui officie dans cette obscure vallée, en liturgie mais surtout en refuge pour toutes sortes de déclassés , jeunes ou vieux, croyants ou non, délinquants, marginaux de tout poil et tout sexe. Si ce sujet a déjà été traité le beau livre d'Adrian se distingue par plusieurs aspects. D'abord Pierre ne prend personne de haut ni du Très-Haut. On n'est pas dans l'âme torturée du Journal d'un curé de campagne de Bernanos. Des âmes simples pourtant n'exclut pas les doutes et les interrogations et une certaine violence n'en est pas absente, qui n'est pas uniquement un mal citadin. Du petit peuple qui échoue chez Pierre on comprend que malgré le bon pasteur, au sens profane, la partie ne sera pas forcément gagnée. Tant d'errances.

                        Mais Des âmes simples possède aussi aussi la ténacité d'un gave des Pyrénées. Pierre Adrian trouve des mots magnifiques pour peindre la montagne, la montagne et ses  créatures, hommes, animaux, arbres et minéraux. Sa prose est admirable et on éprouve une belle émotion devant ces paysages d'exception. Et puis des pages magnifiques sur la gare de transfert avec l'Espagne, une épave, un vaisseau échoué là, symbole du gâchis que savent si bien organiser les humains. Quelque part entre vallée d'Aspe et rocher de Marie-Blanque, et dans leur propre coeur.

                        

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15 janvier 2020

Argentina Negra

Dark

                     Je ne connaissais que de nom l'écrivain cinéaste argentin. Un compagnon de blog de longue date m'a offert un roman qui lui tenait à coeur. Ca je l'ai compris très vite en feuilletant Dark. L'Amérique du Sud, dont il est très fervent, la nuit, l'écriture, la mémoire qui revient et qui étouffe un peu, un certain goût pour les bars et la musique qu'on y entend. La musique, vous voyez le genre, selon la latitude, blues, fado, reggae, flamenco, tango dans ce cas. De la tripe.

                    Buenos Aires, années 50. Un adolescent, 16 ans peut-être, s'essaie à un début de rupture familiale. Un inconnu, la cinquantaine, l'aborde, un peu obscur, un peu mystérieux. Il lui sert de cicerone en l'emmenant dans une capitale méconnue, lieux insolites, monde interlope. Lui offre des vêtements que sa famille réprouverait. L'achète-t-il?

                    Ce bref roman, 140 pages, est fascinant et intense. Roman d'initiation bien sûr, mais par petites touches. On saisit bien le trouble de Victor le jeune homme face à Andrés. Quelques rencontres, gymnases, plages, une prostituée notamment, est-ce le début de la perdition? Puis Andres se fait plus rare, faut-il s'en inquiéter? De plus, en ces années d'Amérique Latine, les pouvoirs politiques ne font pas dans la tendresse. Edgardo Cozarinsky qui quitta l'Argentine de 74 à 85, en sait quelque chose. Victor, un demi-siècle plus tard, devenu écrivain, se souvient. Lisant Dark on comprend que l'histoire ne se départira jamais d'une réelle ambiguité. Ca nous a plu, à mon ami blogueur et à moi.

                   Oui..., les garçons de ton âge n'aiment pas le tango, ils n'en comprennent pas les paroles et sa musique les laisse indifférents. Mais peu importe. Le tango t'attend. Un moment viendra dans la vie où en l'écoutant tu t'apercevras que le tango raconte tout ce que tu ressens. Tout ce que tu as vécu.

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11 janvier 2020

Dans les montagnes du Tibet

panthère  

                             Sur que ni l'auteur ni le livre n'ont besoin de moi.  Il n'avait pas besoin non plus du Prix Renaudot, non qu'il ne le mérite pas. Mais objectivement voilà un auteur invité, presque omniprésent, fêté, suivi, adulé. Je ne l'avais jamais lu, ne goûtant guère ses interventions télé et le prenant aussi pour un cabotin, ce qu'il est d'ailleurs. On me l'a offert. Et Sylvain Tesson a écrit là un livre formidable. La panthère des neiges dont il est juste de considérer le photographe Vincent Munier presque comme coauteur est une vraie et belle création littéraire. Le mythique félin n'y fait pourtant que quelques rares apparitions mais l'attente du plaisir, et Tessson y fait souvent allusion, est l'essentiel. La quête, rien que la quête...ou presque.

                           Mais La panthère des neiges, cette Moby Dick version himalayenne, est surtout un hymne, pas un manifeste écolo, hymne à la nature, à la vie, à l'homme aussi. Je  n'irai pas jusqu'à dire à la foi en l'homme. Tesson reste à  mon avis sceptique, sauf sur son art. Mais encore une fois, ma surprise m'a surpris. Ce bougre de baroudeur a une fameuse plume tant pour décrire les orbes d'un rapace que le chant des loups en partance pour les crimes nocturnes. Des ânes sauvages, des charognards et les yacks, si chevelus et si emblêmatiques. Et, puisque le vie grouille en dépit du bon sens et des 35 degrès en négatif, quelques hommes aussi, et des enfants de dix ans menant les lourds herbivores. Le monde est fascinant et Tesson, parfois bavard et souvent fonceur, apprend le silence et la patience.

                          Elle, l'once impératrice de ces blanches altitudes, de ces rocailles glacées, chevalière à la longue absence, qui se confond, minérale, entre pierre et nuage, nous toise de sa morgue splendide, de son mépris souverain. Combien de temps encore? Un vrai grand livre que traversent quelques préceptes orientalistes qui ne sont pas mes passages favoris.

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                            J'ai aimé également l'adaptation en BD par Virgile Dureuil du beau récit de neige et de vodka, de longues marches et de bois coupé, de pêche et d'hommes rudes, Dans les forêts de Sibérie. Introspection, profonde peut-être sur les rives du lac Baïkal, profond sûrement. 

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05 janvier 2020

Une autre comtesse

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                  Jean-Marie Rouart est un écrivain classique. C'est pour moi une belle qualité. Souvent complice de Jean d'Ormesson et doté de pas mal d'esprit, chose pas si fréquente, il a fréquenté des comtesses. Moi, moi, les comtesses, bien que le pseudo ancestral y fasse référence, je n'en ai pas connu sauf Maria Vargas la Comtesse aux pieds nus, et ses obsèques sous la pluie de la côte napolitaine. La comtesse de l'académicien est une Russe, dite blanche, de la communauté exilée qui a fui la révolution bolchevique de 1917.

                 L'auteur s'est inspiré du scandale dit des ballets roses, belle expression pour une bien sordide affaire, à la toute fin de la Quatrième République, quand valsaient les cabinets ministériels. Dans une très belle langue française on retrouve politiciens retors, pas forcément si vénaux ni véreux, pas non plus des parangons de vertu, un photographe aux relations troubles, du goût pour les jeunes filles, à une époque où la majorité attend 21 ans. Des magistrats aussi, plus ou moins aux ordres. Mais c'est parfois facile au citoyen lambda de juger ceux qui jugent. Savez-vous que parfois le notaire est innocent et l'ouvrier agricole coupable? Mais cest mal vu, que le notable soit innocent et vice-versa.

                Il y a dans La vérité sur la comtesse Berdaiev de vraies passions amoureuses tout aussi nobles dans le haut du pavé. Après tout on peut se consumer d'amour sur son lit de soie en sirotant un millésime. Mais ces sentiments se heurtent aux luttes des pouvoirs qui se contrefichent de la gauche comme de la droite. Et voguent ainsi les destins, la Roche Tarpéienne et le Capitole copinant pour le meilleur et pour le pire. Rouart nous attache particulièrement à ces Russes défaits par la faucille et le marteau, pas tous chauffeurs de taxi sur la Côte d'Azur, mais qui surent souvent garder certaines saveurs et traditions de l'empire des tsars. 

                Un président de la Chambre des Députés se voit photographié tel que l'honnêteté et la décence m'interdisent de le préciser davantage. Les scandales sexuels n'ont pas attendu Harvey Weinstein ni Me too. L'occasion pour le très fin Jean-Marie Rouart de dresser de beaux portraits de dignitaires en difficulté, de demi-mondaines en appartements sponsorisés, bien que le terme demi-mondaine fasse plus référence à la Troisième qu'à la Quatrième (je parle de la République), et que le terme sponsors puise être avantageusement remplacé par, disons protecteurs. Heureux temps passé, celui des arrangements, des chapeaux qu'on porte et qu'on fait porter, de Jeanne Moreau offusquant dans le lit des Amants de Louis Malle. Comme un vague souvenir pour moi, j'avais huit ans et croyais que les ballets rowses concernaient les petits rats de l'Opéra.

              

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01 janvier 2020

In the name of rock / Isabelle

                            Un Irlandais folkeux, autant dire un frère. Inconnu complet y compris de moi. Mais pseudo dû à Suzanne Vega et à James Joyce. Alors j'adoube et vous souhaite avec lui un January Blues prometteur. Et il vous parle d'Isabelle, mieux que je ne saurais le faire, et de la Grande Guerre, si présente en ma Picardie. J'aurais aimé vous présenter Isabelle la rêveuse moi-même mais pour les arpèges il vaut mieux que j'abrège avant que ça se désagrège.

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