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                   Jean-Christophe Rufin est un excellent raconteur d'histoires (vous avez vu j'ai évité storyteller). Et Auguste Benjowski, jeune noble né en Europe Centrale, contemporain de Voltaire, est un personnage authentique et romanesque. Du Kamchatka à Madagascar en passant par la toute jeune Amérique la vie d'Auguste passera par la guerre, la détention, la déportation, la révolte, la fuite, les honneurs, sans se séparer d'Aphanasie, son épouse du bout du monde.

                  Les latitudes sont extrêmes, les bienvenues rares, et le jeune Auguste connaitra bien des vicissitudes en cette fin de XVIIIème siècle avant de devenir le roi Zibeline. Adoubé par la Révolution Américaine et notamment le patriarche Benjamin Franklin il lui faudra des années de voyages et de palabres avant de'être reconnu par les tribus malgaches comme l'un des leurs. Le plus étonnant étant peut-être l'ignorance totale dans laquelle les Français ont été tenus à props d'Auguste Benjowski, méprisé des mémorialistes et des historiens. Rufin nous apprend qu'il est honoré dans la Grande Ile et "revendiqué" par la Hongrie, la Slovaquie et la Pologne comme un symbole des combattants de la liberté. Une sorte d'anticolonialiste d'avant la colonisation.

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              Jean-Christophe Rufin signe aussi un héros récurrent, Aurel, modeste consul de France en Guinée dans ce premier épisode. Il y en a eu deux autres où il est en poste au Mozambique et en Azerbaïdjan. Le suspendu de Conakry est un roman policier délicieux, Aurel étant un fonctionnaire subalterne mais un enquêteur astucieux et roué. Ancien ambassadeur au Sénégal, l'académicien se régale et nous régale à décrire les habitudes pas toujours très nobles de la diplomatie dans ces pays du Tiers Monde. Bien envoyée et très alerte cette satire d'un certain post-colonialisme reste drôle et donne envie de suivre les voyages d'Aurel le consul, pas issu du sérail très fermé des ambassadeurs, amis dont on loue la perspicacité.