11 septembre 2020

L'Ecrivraquier/23/Lettre au Boss

Lettre au Boss

Bonsoir Boss. Nous avons le même âge et tu me dois même quelques mois, un droit d'ainesse en quelque sorte. Tu imagines comme je suis ému à voir en noir et blanc la bande du E. Boss, 47 ans, que je te suis, 47 ans que tu m'épaules, tant d'années et j'ai l'impression que c'est toi qui m'a suivi. Toi, le plus jeune de mes quatre cardinaux, tu as tant compté. Oh je ne prétends pas à l'exclusivité, on est sûrement des millions à avoir traversé  le demi-siècle à tes côtés. Et ni Leo (a-t-il enfin trouvé la paix?), ni Robert, ni Neil ne m'en voudront. Ils m'ont beaucoup donné mais toi c'est côté coeur que ça se passe. Unique.

Sur la vidéo les gars ont bien sûr pris de la bouteille et du ventre. Et perdu quelques cheveux. Ca tombe bien, me too. Au fait dis à Patti que je ne l'oublie pas. Et Danny, et Clarence sont maintenant au Rock'n'roll Sky of Fame. Je voulais te dire, il y a dix ans j'ai retrouvé ma guitare d'ado. On ne s'était pas revu depuis 42 ans, elle et moi. Depuis on ne se quitte plus. Tu vas rire mais j'essaie même de te jouer un peu. Non je suis sérieux. Devenu acoustique moi aussi avec le temps. J'arpente tes albums et ton Amérique qui est un peu la mienne. Bien secouée qu'elle est.

Nous aussi on est un peu secoués, tu es au courant. Alors ta Letter to You, faut que je te dise, elle m'a fait pleurer, forcément. Ben oui, une lettre, c'est devenu rare, et  passé 70 balais, ça te prend tout de suite un air de testament. Je voudrais pas tomber dans le pathos ou l'anciencombattantisme. Et puis tant pis. F... l'originalité. Alors je me souviens d'un Stade de France, 2003, et d'un flamboiement de musique dans la nuit banlieusarde, où tu donnas tant, seul en répète et avec les gars. Inoubliable, le plus beau moment rock de ma vie. Pas loin d'être le plus beau moment tout court. L'une de mes fiertés, mon gamin était là à mes côtés. Bon, il  avait 29 ans. Mais quand même.

Tes chroniques américaines, 50 ans de la vie là-bas, souvent du côté de Steinbeck, je n'oublierai jamais The ghost of Tom Joad, mais faudrait tant, faudrait tout citer. Tes chroniques, ta guitare et tes potes du E.  t'ont valu depuis longtemps mon Nobel à moi. Et si l'autre saloperie qui traîne le permet je devrais te consacrer une conférence au printemps au Temps Libre. Faut t'y faire Boss, tu es devenu un sujet de thèse. 

So long Boss. Greetings from France, Picardie. Mon New Jersey. Et merci, merci pour tout. 

Posté par EEGUAB à 19:50 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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