20 septembre 2020

Alaska nous voilà

Au-bord-de-la-terre-glacee-poche(1)                Lecture commune avec mon amie Val*  j'ai beaucoup apprécié ce journal de voyage/correspondance qui a bien rafraîchi la fin de l'été. Je parierais volontiers que Val sera de mon avis. On verra. Il s'agit d'une expédition de 1885, menée par le colonel Forrester pour cartographier les abords de la Wolverine River, en Alaska, qui vient d'être acheté aux Russes. Authentique mais joliment romancée Au bord de la terre glacée est une aventure passionnante qui se lit comme un feuilleton de très belle facture. Les Indiens ne sont ni ostracisés ni béatifiés et on comprend mieux l'histoire de cette immense région, l'Alaska, dernier territoire continental à rejoindre les Etats-Unis (1959).

              Le colonel Allen Forrester a laissé près de Vancouver sa femme Sophie, enceinte, mais il l'ignorait et les courriers qu'ils tentent d'échanger sont très aléatoires. Cette partie épistolaire du livre s'intègre très bien entre les notes du colonel et le propre journal de Sophie. L'amour des deux époux transparait joliment et sans mièvrerie ni complaisance. Bien sûr on peut voir cela comme de l'aventure et des grands espaces, Fenimore Cooper, James Oliver Curwood, Jack London, et l'on a raison. Mais il y a dans ce récit une rigueur militaire bien compréhensible, le lieutenant-colonel Forrester a des comptes à rendre à sa hiérarchie. Pas de question existentielle sur le bien-fondé de l'expédition. Il ne s'agit d'ailleurs que de trois soldats accompagnés de deux éclaireurs et de guides indiens plus ou moins fiables. J'ai suivi ce périple avec beaucoup d'intérêt. Les descriptions de la nature ne prennent pas de proportions pénibles (au contraire du récemment chroniqué Sous l'aile du corbeau, qui se déroule dans la région de Vancouver et dont la couverture ressemble à celle de Au bord de la terre glacée). Et le côté humain est heureusement préservé même si les trois militaires restent avant tout des envoyés officiels en quête d'un territoire. 

             Et puis je voudrais insister sur le plaisir de lire, très évident, Au bord de la terre glacée. J'espère me faire bien comprendre. Assez souvent nous avons l'occasion de chroniquer-critiquer de très bons livres qui nous ont quelquefois coûté un peu d'efforts, et un peu de sueur spirituelle, bref, quelques obstacles, cela est normal et n'empêche pas l'adhésion et l'enthousiasme. Avec le livre d'Eowyn Ivey c'est le souffle du Nord, le choc des glaces et des forêts, les nuits longues et les charges incessantes. Un grand livre d'aventures conduit avec maestria par l'auteure, ancienne journaliste, comme une envoyée spéciale couvrant l'expédition Forrester. Car le personnage de Sophie n'est absolument pas sacrifié. Les pages sur sa passion pour la photographie et les oiseaux sont magnifiques, faisant naître une vocation majeure. Je crois qu'Eowyn Ivey vit toujours dans cet état américain, ultime sur le plan historique comme sur le plan géographique. A l'heure où j'écris je ne sais ce qu'en pense Val mais j'ai ma petite idée. 

La jument verte de Val

Posté par EEGUAB à 06:36 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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