9782253240624-001-T

                         Quel beau roman, inattendu et surprenant. L'auteur est australien et je ne l'avais jamais lu. Je l'ignorais et le hasard, alors que je viens de chroniquer le recueil Compagnie K, fait qu'une grosse moitié de L'infinie patience des oiseaux se déroule sur le front de Flandres, pendant la Grande Guerre. Ashley et Jim, deux amis du Queensland, ont en commun la passion des oiseaux. Et la première partie de ce roman assez court est consacrée à leur rencontre au coeur des marais de l'Est australien. Quelques dizaines de pages nous plongent avec délices dans la richesse ornithologique du milieu. Il observait un échassier sur un pan de berge marécageuse, l'un de ces petits chevaliers sylvains qui apparaissent chaque été et viennent, pour la plupart d'entre eux du  nord de l'Asie ou de Scandinavie où ils vont nidifier sur le toit du monde dans les toundras ou les neiges norvégiennes avant de reprendre leur longue route vers le sud. 

                        Et ce livre, parti comme une belle méditation sur la nature, la beauté, voire la perfection, agrémentée de la rencontre d'une photographe anglaise amoureuse des oiseaux, semble prendre son envol, magnifique probablement, peut-être un tout petit peu convenu, mais prometteur de couleurs et d'arabesques. Et puis, comme le monde de 1914, il explose en plein vol. Jim et Ashley, aux antipodes de la France en guerre, se retrouvent dans la boue des tranchées. Rarement a-t-on vu un tel grand écart, dont je n'avais aucune idée. C'est que la plume de David Malouf est aussi alerte et lumineuse dans les descriptions des pluviers à face noire ou des bécasseaux maubèches (très amateur de la gent ailée, rien que les noms me semblent poésie) que dans celles des rats revêtus du même uniforme vert-de-gris que l'ennemi invisible, qui étaient aussi gros que des chats et ne reculaient devant rien, vous galopant sur la figure dans l'obscurité et sautant hors des musettes, bondissant même pour s'emparer de croûtes juste sous votre nez. 

                       Très original, ce court roman, publié en 83, donne très envie de lire cet écrivain maintenant âgé, apparemment une institution dans son lointain pays. Et aussi en ce qui me concerne, une envie d'un gros livre sur les oiseaux, courlis, bargettes, glaréoles, huîtriers... De grands libres... J'ai la chance d'avoir à quelques hectomètres une importante zone humide, un peu moins exotique mais tout de même, mouettes, hérons cendrés, grèbes huppés et marcheur frustré (ça c'est moi).