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                      Belle lecture commune avec ma chère Val et sa  fidèle La jument verte.Très belle lecture. J'ai lu un peu Philip Roth, les plus anciens, Goodbye Columbus, Portnoy et son complexe, Zuckerman délivré, où ses obsessions érotico-universitaires  m'avaient un peu gonflé. Plus récemment le très bon La tache, inadaptable et donc un peu raté au cinéma sous le titre La couleur du mensonge. Philip Roth, mort en 2018, avait cessé d'écrire depuis six ans. Némésis est l'un de ses derniers livres. Je l'ai trouvé bouleversant.

                      Bucky Cantor vit à Newark, New Jersey. 1944, jeune juif américain élevé par ses grands-parents, sa mauvaise vue l'a  empêché de combattre en Europe. Il a vingt-trois ans et anime un terrain de jeu extrascolaire où les adolescents du quartier s'entraînent à différents sports. Aimé des jeunes et de leurs parents, presque tous des familles juives, fiancé à Marcia, fille d'un médecin juif, Bucky souffre d'une sorte de complexe de culpabilité, évidemment un thème récurrent dans la littérature juive newyorkaise. Ses deux meilleurs amis ont traversé l'Atlantique, bons pour le service. Et Bucky, honnête garçon, courageux et droit,  a pris ça de plein fouet et bat sa coulpe, considérant ce qu'il nomme renoncement, voire lâcheté.

                      Il n'en a pas fini avec ce sentiment qui va décupler lors de l'épidémie de poliomyélite qui frappe ce coin d'Amérique en cet été 1944. D'abord sournois, puis très vite amplifiant, le fléau frappe, plusieurs victimes, séquelles graves, et cas mortels, essentiellement des jeunes, sportifs et sains. D'abord épargné, Bucky, rejoint un camp de vacances à la campagne, idyllique, a priori vierge de virus. Très vite son sens du devoir semble reprendre le dessus. N'est-il pas deux fois déserteur?

                     Habilement construit, Némésis brosse magistralement le portrait d'un homme, un homme irréprochable, mais qui doute au point de remettre en cause sa vie entière sans craindre d'éclabousser, le mot est bien faible, les gens qui l'aiment. C'est par un total hasard que Val et moi avons lu Némésis en ces temps de pandémie, nous rappelant que l'homme avait bien vite oublié sa fragilité. Ce roman est l'un des livres les plus saisissants que j'aie lus depuis longtemps. Rappelons que Némésis personnifie la vengeance divine, mais aussi la colère et la jalousie. Le mot est même souvent utilisé comme un presque synonyme d'ennemi.