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                         La montagne à nouveau avec son chantre magnifique, Paolo Cognetti après Le garçon sauvage et Les huit montagnes. La félicité du loup, quel joli titre, est un enchantement, une ode, un hymne à ces Alpes que l'auteur connait si bien. Particulièrement ce Val d'Aoste, presque autant français qu'italien. Premier de cordée, Cognetti met en scène un écrivain quadra, c'est sa génération, en panne d'inspiration mais en plein divorce, qu vit en partie à Milan, en partie dans ses chères montagnes. Fausto, à l'évidence Paolo, s'est provisoirement reconverti cuisinier du Festin de Babette, modeste restaurant du village de Fontana Fredda. Il y fait la connaissance de Silvia, libraire plus ou moins en rupture, qui officie comme serveuse.

                        L'histoire d'amour est simple, c'est même une histoire sans histoire. Cela durera au moins l'hiver et le début du printemps. Puis, paisibles tous deux, Fausto devrait rejoindre Milan et Silvia grimper vers les glaciers. Répondront-ils à l'appel de l'automne? Ce n'est pas le sujet de ce beau roman. On croise des modestes, souvent chez Cognetti. Santorso, Saint Ours, aisteur dameur garde-forestier, un taiseux, à peine bonjour ni merci, mais qui répond présent et connait la montagne mieux que les chamois. Pourtant celle-ci ne lui fait pas de cadeaux. 

                        Pasang, un Népalais, ses quelques mots d'italien, venu comme guide, un roc, qui n'oublie pas son pays qu'il rejoint en fin de saison. Babette la patronne, confiante et libre, heureuse ici, mais qui partira. Fontana Fredda se bat pour exister avec foi et courage. Une vie en altitude doit être possible, respectant nature et saisons. Pas de nostalgie malsaine dans La félicité du loup, mais la conviction que l'homme y a toute sa place.

                       Dans cette élégie aux Alpes italiennes (bien sûr, Mario Rigoni Stern y est cité, Dino Buzzati, on y pense en voisin), Hokusai,le génial peintre japonais, le vieillard fou de dessin, le rêveur du Fuji, est joliment convoqué. Et le paysage, mieux, le "pays" nous offre ce qu'il a de plus somptueux, ruisseaux, arbres, oiseaux, ruminants et, le loup probablement. Minéral, végétal, animal, que les règnes arrivent et vous enivrent.

                      Entre le chien et le loup, entre le crépuscule et la nuit les petits coqs de bruyère sortaient pour en découdre, ils y allaient à coup de pattes, de bec, d'ailes, tout ce qu'ils avaient pour combattre, et leur fureur était telle en ce début de saison des amours qu'ils pouvaient ignorer un engin chenillé...Santorso observa les beaux sourcils rouges des deux coqs, leur plumage gonflé pour intimider l'adversaire. Dns un coin les femelles aussi attendaient de connaître le vainqueur. Neige ou pas neige, ce moment avait toujours marqué pour lui le début du printemps.

                      Fausto avait lu quelque part que les arbres, contrairement aux animaux, ne pouvaient chercher la félicité autre part. Un arbre vivait là où sa graine était tombée, et pour être heureux, il devait faire avec. Ses problèmes il les résolvait sur place, s'il en était capable, et s'il ne létait pas il mourait. La félicité des ruminants, en revanche, suivait l'herbe, à Fontana Fredda c'était une vérité manifeste: mars au bas de la vallée, mai dans les pâturages des mille mètres, août dans les alpages aux alentours de deux mille, puis de nouveau en bas pour la félicité en demi-teinte de l'automne, la seconde modeste floraison. Le loup obéissait à un instinct moins compréhensible. Santorso lui avait raconté qu'on ne comprenait pas très bien pourquoi il se déplaçait, l'origine de son intranquillité.Il arrivait dans une vallée, y trouvait peut-être du gibier à foison, pourtant quelque chose l'empêchait de devenir sédentaire, et tôt ou tard il laissait tous ces cadeaux du ciel et s'en allait chercher la félicité ailleurs. Toujours par de nouvelles forêts, toujours derrière la prochaine crête, après l'odeur d'une femelle ou le hurlement d'une horde ou rien d'aussi évident, emportant dans  sa course le chant d'un monde plus jeune, comme l'écrivait Jack London. 

                    Mais c'est en entier qu'il faut tenter de percer La felicità del lupo.🐺