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                        Depuis presque 3 ans je n'avais que très peu eu l'occasion de présenter un film. Le cinéma, vous le savez, se porte (très) mal et j'ai repris partiellement du service dans notre multiplexe. Hasard, Charlie's country, le film qui a fini, tardivement, par faire connaître, un peu, cet étonnant acteur des antipodes, fut l'un des premiers films que j'avais projetés il y a plus de sept ans, au début de nos ciné-débats. Et c'est le docu de la réalisatrice australienne Molly Reynolds consacré à David Gulpili, seul acteur aborigène connu, que nous avons ainsi découvert. Je crois que le film a été apprécié. 

                       Pour un film de ce genre il faut ce qu'on appelle un bon client, cinégénique, un certain charisme, c'est le cas de David Gulpilil. Grande taille, physique immédiatement identifiable aux aborigènes australiens, un visage, plus encore dans les derniers mois de sa vie, qui est une géographie à lui tout seul. L'homme parle de lui, encore de lui, toujours de lui, mais il en émane de telles bouffées d'empathie, un humour bien senti, et beaucoup de malice. Un beau brin de cabotinage certes, mais c'est la moindre des choses dans un film documentaire à lui, rien qu'à lui consacré.

                     Repéré à quinze ans pour le film Walkabout (La randonnée) Gulpilil deviendra une présence essentielle dans une quarantaine de films dont seuls quelques-uns marqueront plus ou moins. Là n'est pas la question. A lui seul cet homme est une part du Septième Art, naturelle et nécessaire. Les extraits proposés par Molly Reynolds invitent à voir les films, pas évident, vu la distribution qui fut toujours parcimonieuse.  On n'oubliera pas la haute silhouette en blouson orange, marchant lentement, penché sur la droite, entre émeu et kangourou. David est un homme du bush, il reste un tribal, un trailblazing, joli terme, même après ses triomphes hollywoodiens (à réviser cependant), et peu de mois avant sa mort.

                   Ce portrait est passionnant. Film avec David, au moins autant que sur David. Il évoque sa jeunesse, ses premiers contrats, ses nombreux accrocs et ses multiples addictions. Tourner avec Dennis Hopper, fréquenter Bob Marley et Jimi Hendrix (il mentirait pas un peu là, David), ceci explique cela. Mais David avait tellement de prédispositions, pas toutes vertueuses.  La condition aborigène aussi bien sûr, mais pas sur un ton revendicatif, juste constatée. Alcoolique, junkie, violent conjugal, conjugal façon de parler, Gulpilil n'étant l'homme d'aucune chaîne, ce grand escogriffe au visage ravagé impressionne, la pellicule et le spectateur. Chorégraphié efficacement par la réalisatrice, celui qui fut showman (désopilant lorsqu'il relate sa rencontre avec la reine Elizabeth), et aussi, peut-être plus que tout, un danseur authentique, aurait manqué à l'histoire du cinéma. 

                 A titre personnel, un plaisir de faire découvrir un film et un acteur à une trentaine de spectateurs enthousiastes. Et patients, un problème technique ayant retardé la séance de près de 40 minutes.  🎬😊a