BLOGART(LA COMTESSE)

Livres et films,musique et la vie...

03 novembre 2007

Le huis clos mexicain

   1962,Bunuel tourne L'ange exterminateur au Mexique où il vit depuis 25 ans.Ce film restera l'un des plus célèbres de l'auteur,l'un des plus interrogatifs aussi.Car qu'a voulu signifier Bunuel avec cette fable comme il les aimait tant,filmée avec verve,malice et ce zeste de démagogie bunuélienne qui lui sied d'ailleurs à ravir?Après tout n'avons-nous pas tous le droit de lester nos propos d'un peu de simplisme?Débarquons vite de ce dîner dans les beaux quartiers les domestiques qui désertent la grande maison dès le début.Peut-être tient-il à leur épargner l'indignité qui va saisir leurs patrons.Peut-être n'intéressent-ils pas Bunuel tout simplement.On est loin de Los Olvivados ou Las Hurdes. Comme si le fait d'être humble et de servir vaccinait contre la bêtise.Ca se saurait.Bref les convives se trouvent livrés à eux-mêmes et enfermés,toute volonté bientôt annihilée par leurs apathies et leurs antipathies.

   Au fil des heures les invités se découvrent et aucun ne trouve grâce aux yeux de Bunuel. Intérêt, lubricité,vanité sont leurs moindres défauts et les humains s'abêtissent au sens propre.Ils ne tentent pas de sortir vraiment,confits dans leurs rivalités et leurs mesquineries. Bien sûr Don Luis a la main lourde et une telle charge paraît parfois sombrer dans l'outrance.Mais Bunuel est habile et sait instaurer dans ce climat délétère l'humour ravageur et presque non-sensique qui parcourt nombre de ses films.Une main comme sortie de La famille Addams,des moutons sacrificiels et la touche anticléricale,marque de fabrique ancienne du temps de son ex-complice Salvador Dali,des pattes de poulet comme signe des superstitions diverses qu'il dit abhorrer,tout cela a bien passé les années et je crois(voir notes anciennes sur Bunuel) que le purgatoire qu'il traverse prendra fin.Des créateurs,des chercheurs comme Luis Bunuel,sont définitivement hors des modes.Parmi les plans d'églises ou de cathédrales au cinéma, autre idée qui me passionne,les images de fin sont bunueliennes en diable (l'expression lui plairait).

Posté par EEGUAB à 16:23 - Cinéma d'Amérique Latine,Espagne,Portugal - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 juillet 2007

Un stylite,ce Simon

Dernier film mexicain de Bunuel ce moyen message de 45 minutes est pus proche de la pochade que du cinéma.Cependant c'est un maillon cohérent dans l'obsession et les fantasmes de Don Luis,cette espèce de chrétien athée.Simon essaie d'atteindre l'ascèse en vivant perché sur une colonne,et même à la fin sur une seule jambe.Chacun ses goûts.Se mortifiant ainsi il doit subir les tentations du Malin sous les formes d'une ingénue forcément perverse,d'un christ qui frappe l'agneau innocent à coup de pied,d'une vamp dans un cercueil roulant.Bunuel iconoclaste bien sûr,c'était devenu sa marque de fabrique.

   Il y a pas mal d'humour dans cette farce bien qu'il soit difficile d'y voir autre chose qu'une plaisanterie de fin de banquet.On est assez loin de L'ange exterminateur ou de Viridiana.Personnellement pour le rachat de mes bassesses je choisirais l'option anachorète(solitude en caverne) plutôt qu'en stylite car j'ai le vertige.   

Posté par EEGUAB à 20:04 - Cinéma d'Amérique Latine,Espagne,Portugal - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 juin 2007

Chemin de croix selon Don Luis

    Il me semble que Luis Bunuel est actuellement en phase de purgatoire.On pense sûrement que son cinéma est d'un autre âge et certains films c'est vrai ne nous concernent que de loin.Mais je suis sûr que Don Luis fera un retour en force,son cinéma étant l'un des plus libres qu'il nous ait été donné de voir.J'ai revu Nazarin,période dite mexicaine qui compte aussi Los Olvivados,El,La vie criminelle d'Archibald de la Cruz.

   On sait l'anticléricalisme de Bunuel et pourtant il ya dans ce beau film quelque chose qui relève du sacré.Non pas un sacré de pacotille infantilisant mais une recherche d'une sorte de sagesse échappant aux pièges du mysticisme dans l'ambigu et très abouti personnage titre.Le prêtre est un personnage très présent dans le cinéma et permet des figures souvent riches et torturées.Peut-être y reviendrai-je.Nazarin n'épargne ni l'Eglise,on s'en doute,ni le pouvoir, on s'en serait douté.Mais il ne faut pas oublier que Don Luis sait la férocité quand il dépeint le prolétariat dans ce Mexique harassé de saleté,de misère,et de gâtisme.

    Bunuel n'a pas peur de présenter des "salauds de pauvres" et ne leur trouve guère d'excuses.Ceci n'exclut pas une forme d'humour et d'ironie,ne serait-ce que le nom de l'Auberge des Héros.Tu parles de héros!A remarquer aussi la façon dont il utilise le nain,symbole de laideur et près de la terre au sens propre comme au figuré,une terre de glèbe et de plèbe.Nazarin dans cette sorte de road-movie qui mène au calvaire frôle Don Quichotte pour finir aux confins rythmés des tambours de la folie.Un très grand film,d'une richesse absolue et qui n'entre pas dans un tiroir facilement.Mais ça c'est tout Bunuel.Je rappelle le très intéressant site du ciné-club de Caen http://www.cineclubdecaen.com/,particulièrement cinéphile et que je consulte souvent.

Posté par EEGUAB à 22:33 - Cinéma d'Amérique Latine,Espagne,Portugal - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 novembre 2006

Petites histoires d'Argentine

Délicieuse friandise que ces Historias minimas de Carlos Sorin(2003),film apparenté au road-movie mais à la mode sud-américaine,un peu nonchalante mais pleine de charmes.Autre originalité:il n'y a que des gens gentils dans ce film et ça fait du bien.Pas de tango ni de football mais un chien moraliste que son vieux maître retrouve après trois ans de séparation,un chien qui apparaît comme le fil conducteur de la vieillesse de Don Justo qui sur le tard se remet en question.L'accompagnent dans ce voyage un voyageu rde commerce,poète à sa manière et amoureux d'une veuve dont l'enfant fête son anniversaire.Roberto veut lui faire un cadeau,mais distrait,ne sait même pas s'il s'agit d'une fille ou d'un garçon.En guise de cadeau il a acheté un gâteau en forme de ballon mais le transforme en... tortue plus à même de satisfaire les deux sexes.

    De jolies touches de fantaisie émaillent Historias minimas avec le troisième personnage,une jeune femme qui a gagné à un jeu télévisé débile(ce n'est pas en France qu'on verrait ça).Mais qu'a-t-elle gagné?L'autoroute vers la Patagonie,monotone mais saupoudrée de gens sympas,un flic accueillant,des ouvriers muisciens,un pâtissier compréhensif,achève de nous convaincre de la douceur des choses du monde quand la bonne volonté s'en mêle.Hasta luego,amigos!

Posté par EEGUAB à 22:30 - Cinéma d'Amérique Latine,Espagne,Portugal - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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