25 janvier 2008
Un si joli village

Sobre,fauché,épuré,sec et gris Le village des damnés reste un bijou de science-fiction.Six ou septième vision.Et toujours cette sourde inquiétude me prend.Cette campagne anglaise calme et un peu ennuyeuse. La léthargie qui fauche quelques heures de la vie de paisibles citoyens.Et neuf mois plus tard ces enfants...L'ami Fantasio vous dira ce qu'il faut penser du roman que je n'ai jamais lu.Il existe une tradition du film de science-fiction à l'anglaise,moins connue que celle du film dit d'horreur de la Hammer,chère à Terence Fisher et à Dracula.Le cinéma anglais est en verve en cette année 1960.Le voyeur de Powell,obsessionnel et obsédant.Les Jeunes gens en colère,Karel Reisz,Tony Richardson signent respectivement Samedi,soir,dimanche matin et Le cabotin.Losey bien qu'américain est toujours en Angleterre(Les criminels).Comme toute S.F. des années concernées la Guerre Froide plane sur Le villlage des damnés.Qui sont ces enfants aux yeux d'or et au calme inquiétant de surdoué.
Wolf Rilla,d'origine allemande,réalise un modèle du genre,un film qui n'infantilise pas le spectateur,où un regard,ou quelques pas dans la rue suffisent à nous figer.Le style n'est pas très loin du documentaire et c'est avec peu de moyens mais une force de suggestion rare qu'on se prend à craindre pour l'avenir.Très beau personnage du professeur martyre sous les traits de l'aristocratique et distant George Sanders,ce qui donne encore plus de force au récit.Très fort symbole aussi de la paternité tardive du professeur, mais à quel prix?Quant à réconcilier Fantasio et Oggy sur le remake de Carpenter il vous faudra attendre la semaine prochaine.Encore un mot:je donnerai une conférence sur Children of the damned d'Iron Maiden,prochainement au Collège de France,étant comme chacun sait l'un des meilleurs spécialistes français du hard rock gothique.
20 octobre 2007
Adieu Madame
Quelques photos d'une actrice rare qui a marqué ma vie de cinéphile,Deborah Kerr(1921-2007).
Elle et lui
Thé et sympathie
Le roi et moi
Tant qu'il y aura des hommes
Le narcisse noir
28 juillet 2007
Le premier homme à en savoir trop

En 1934 la première version de L'homme qui en savait trop sera un triomphe pour Alfred Hitchcock et attirera l'attention de Hollywood.Je n'aurai pas l'outrecuidance d'apporter un éclairage neuf sur un cinéaste que François Truffaut a si bien analysé et il n'est pas le seul.Ce film à suspense a aussi des atouts de comédie,notamment une jolie bagarre de chaises dans une église,très potache malgré le caractère dramatique d'un scénario à base d'enlèvement d'enfant.Ceux qui ne connaissent que le remarquable film de 56 avec James Stewart et Doris Day seront étonnés puisqu'à Marrakech s'est substituée une station de sports d'hiver suisse.Moins exotique certes mais en 34 la Suisse n'était pas si proche et Hitch raconte qu'il avait passé là-bas son voyage de noces.Sinon les deux films ne sont pas si différents:plus d'humour british en 34,plus d'introspection américano-freudienne en 56.

Le morceau de bravoure est conservé,ce fameux coup de cymbale au Royal Albert Hall,qui doit couvrir le bruit du meurtre d'un diplomate.Rappelons qu'en 56 c'est Bernard Herrmann en personne qui dirigeait l'orchestre.Au rayon des interprètes on a oublié Leslie Banks(Les chasses du Comte Zaroff) pourtant excellent,moins "héroïque" que Jimmy Stewart.L'espion français très vite assassiné est joué par un Pierre Fresnay dont le célèbre débit s'amalgame assez bien lors de ses rares répliques en anglais(Daniel Gélin pour la version marocaine).Mais bien sûr et comme le dit l'ami Oogy c'est Peter Lorre que l'on garde en tête pour son premier rôle en anglais.Mais je reviendrai sur Peter Lorre,cet acteur hors du commun que le cinéma américain a condamné à des rôles de comparses dont certains furent inoubliables chez Huston ou Curtiz par exemple.
Extrait:Pierre Fresnay dans le texte http://www.youtube.com/watch?v=SebVC6ly9pU
04 mars 2007
Fiche le camp Jack
Oh et puis non reste avec nous.C'est qu'on s'est habitué à toi,nous,depuis plus d'un siècle que tu nous distrais de tes sympathiques assassinats de prostituées dans ces délicieuses rues de Whitechapel.Nous aimons,nous,ces infâmes tenanciers de bordels,ces danseuse de cancans qui n'attendent que l'égorgement fatal dans ces brouillards cinématographiques,non loin de bobbies incapables et de cochers de fiacres louchant d'un oeil torve sur les rares clientes pressées.Ah!Qui dira la poésie de ces nuits londoniennes où brille sous la lune la lame argentée d'un couteau bien acéré qui s'apprête à rendre justice à sa manière.
Selon les versions,my friend Jack,tu as été habile politicien,chirurgien renommé,surintendant de Scotland Yard,prince proche de la Couronne.Qui que tu sois Jack,on t'aime,nous les cinéphiles,de noir et blanc souvent vêtus comme les décors que tu hantes d'une chorégraphie de chair et d'os,cape et poignard,redingote frôlant les pavés luisants sous les pâles réverbères.Reste encore un peu Jack.
La série B des producteurs Monty Berman et Robert S.Baker n'a aucune star à l'affiche,mais beaucoup de charme.Amis bloggers si le coeur vous en dit Jack vous donne rendez-vous par ailleurs.N'hésitez pas à vous rendre à ses invitations qui valent bien celles de ses descendances,Hannibal,Jason,Freddy et consorts.
Vols Paris-Londres(aller simple)
Les guides sont respectivement Allen et Albert Hughes,Nicholas Meyer,Bob Clark,James Hill et Alfred Hitchcock.
17 février 2007
Les filles du Moulin
Stephen Frears,Monsieur le Président du 60° Festival de Cannes est décidément très éclectique.Il nous offre avec Madame Henderson présente un curieux film,croisé de comédie musicale et de critique sociale,assez réjouissant.Madame Henderson,riche veuve de la gentry,décide de racheter le Windmilll,théâtre londonien peu avant la guerre.Avec l'aide du maître de ballet Vivian Van Damm elle se paie le culot de dénuder ses danseuses "à la manière parisienne". Shocking certes mais finalement très au goût du public et même des élites le Windmill battra de ses ailes y compris au plus fort du blitz sur Londres,réconfortant notamment les soldats entre deux missions.
Parfaitement porté par deux acteurs magiques qui rivalisent de querelles (Judi Dench et Bob Hoskins) le film est un joyeux pied de nez aux empêcheurs de danser en rond (Hitler par exemple).Frears aime les gens du spectacle et prouve une fois encore qu'entre les prolos de Dublin et les immigrés pakistanais nulle exclusive ne borne son cinéma.
13 octobre 2006
L'Oscar du cinéma
Comment le cinéma pouvait-il traiter du procès d'Oscar Wilde en 1960?L'acteur réalisateur russo-américain Gregory Ratoff ouvre le film par un plan sur la tombe du père de Dorian Gray,sise au Père Lachaise et presque aussi fréquentée que celle de Jim Morrison.Mais en 1960 difficile d'entrer dans les détails de la vie privée d'Oscar.Cette production restera donc un film sage peu vu et surtout peu apprécié de la critique. J'ai un avis un peu différent. Certes nous naviguons en plein académisme et la satire de l'Angleterre victorienne est bien pâle.Certes le film est en fait un film-prétoire(genre en soi pas inintéressant mais terriblement théâtral).Vous me direz que le théâtre a été la vie d'Oscar Wilde,alors pourquoi pas.Cela manque singulièrement d'entrain mais de bons acteurs anglais très classiques,Robert Morley qui ne donne pas une image très glamour de l'écrivain,Ralph Richardson, font passer un bon moment comme une visite patrimoniale en la perfide Albion qui comprit si mal cet Irlandais.Une pièce de plus dans l'immémorial contentieux Londres-Dublin.
Evidemment la vie d'Oscar Wilde est réduite à quelques souvenirs de jeunes valets pudiquement évoqués par l'accusation.Il faut bien remettre les choses en perspective et dans le contexte d'une époque.Et ceci est valable pour chaque film et il me semble que bien des critiques l'ignorent.Pourtant toujours bienséant Oscar Wilde fut interdit aux moins de 16ans.Que reste-t-il de ce film qui n'a rien d'un brûlot?Une curiosité qui inciterait à comparer avec Le procès d'Oscar Wilde(Ken Hughes,1960 également) ou le récent Oscar Wilde de Brian Gilbert avec Stephen Fry,acteur auteur qui lorgne manifestement vers la personnalité de l'original.
De tout cela je conclurai que pour s'imprégner d'Oscar le mieux est encore de voir le merveilleux film d'Albert Lewin,Le portrait de Dorian Gray que j'ai chroniqué déjà.Et surout de relire La ballade de la geôle de Reading, ou son théâtre(Il importe d'être constant,L'éventail de Lady Wintermere) ou encore ses contes(Le fantôme de Canterville).La France a plutôt bien reçu Oscar Wilde,toujours irlandophile et aussi pour contrarier l'ennemi héréditaire d'outre-Manche
12 octobre 2006
David Lean ou les ambiguités

Il en est des films comme des hommes,clairs comme l'eau de la roche,sombres et souterrains,ou illisibles et fascinants.David Lean,parfois stupidement dépeint comme un cinéaste d'inspiration coloniale nous a donné il y a bien longtemps(57) une oeuvre qu'il faut toujours redécouvrir.Le pont de la rivière Kwaï est un des très rares films de guerre dont on ne peut à coup sûr dire s'il relève de la propagande ou s'il est un modèle d'antimilitarisme.Je crois que cela dépend du spectateur et de ses états d'âme.L'immense succès populaire du film et de sa célèbre marche ne l'empêche nullement de prétendre au titre de film d'auteur(pour autant que ce terme galvaudé signifie quelque chose).
"Folie" est le dernier mot prononcé dans le film et c'est bien de folie qu'il s'agit dans l'escalade d'egos des officiers anglais et japonais Nicholson et Saïto.La démesure et la logique d'aveuglement des deux colonels annonce celle d'un autre colonel,Kurtz,(Apocalypse now),de Coppola mais adapté de Joseph Conrad,autre chantre de cette mégalomanie(Lord Jim,la folie Almayer).
Quoiqu'il en soit ce mélange explosif de va-t-en guerre et de pacifisme nous interpelle de manière fort intelligente et spectaculaire sur les contradictions de l'homme en guerre.Je ne trancherai pas ce soir mais me contenterai de rappeler que Lawrence d'Arabie est lui aussi un personnage riche d'une belle ambiguïté que David Lean n'éclaircira jamais totalement et c'est tant mieux.
01 octobre 2006
Quelque chose en nous de Dorian Gray
Et de maléfique aussi,quelque part au fond de nous.Adaptation magistrale du dandy Albert Lewin d'après le livre du dandy Oscar Wilde,avec le dandy George Sanders dans le rôle du mentor du dandy Hurd Hadfield qui joue le dandy Dorian Gray.Ahurissant de constater que le film comme le héros ne vieillit pas.Il agit toujours sur le spectateur que je suis et chaque vision semble ajouter quelques outrages au temps(sur moi).Car le film,lui,est inaltérable.
Une photographie magnifique aère cette oeuvre hors du temps.Les tavernes du port de Londres où Dorian n'arrive même pas à trouver la mort,les sarcasmes et le cynisme de George Sanders,les brumes où l'on craint de rencontrer Jack l'Eventreur ou le Dr.Hyde,toute cette ambiance victorienne est parfaitement évoquée par Albert Lewin.
Faust lui aussi voulait garder sa jeunesse.Dorian,lui,ira jusqu'au meurtre car son Méphisto,à lui,c'est sa seule conscience,élastique et qui fera de lui un jouisseur,esthète pervers et décadent,oiseau de malheur pour ses amis et ses amours.Pourtant Dorian est une victime,la première,de son hideux pacte qui le dépasse.Trop tard pour faire le bien...
On a tous quelque chose en nous de Dorian Gray,cette volonté de vivre pleinement,cette envie d'échapper aux conventions,cette infinie soif et surtout cette crainte terrible que sur l'écran ne s'affiche le mot "fin" .Dorian Gray a essayé.Son alter ego,père littéraire,Oscar Wilde a essayé.Vivre autrement ne lui a pas réussi...
Vu sous cet angle
Michael Powell est un très grand cinéaste que je connais peu.J'ai bien l'intention de changer ça. De Powell je n'avais vu que Les chaussons rouges, somptueux mélo,probablement le meilleur film sur la danse (48).J'ignorais totalement que Michael Powell avait en quelque sorte signé en 38 un film précurseur du Néoréalisme italien. Il est vrai que certains plans de A l'angle du monde font penser à La terre tremble ce magnifique film de Visconti première manière. Les iliens de cette lointaine Ecosse ressemblent trait pour trait aux pêcheurs siciliens en révolte.
Premier film indépendant de Michael Powell ce beau film se veut l'héritier d'un Robert Flaherty par exemple avec cette tendance documentaire et ces visages d'autochtones ayant vécu dans les coonditions du film. Le vertige nous saisit devant ce noir et blanc et cette verticalité si bien rendue par la caméra.Juste une petite touche fictionnelle qui ressemble un peu au Pagnol tragique de Regain par exemple. Ce n'est pas un hasard si l'on en vient à Giono, auteur de Regain car A l'angle du monde est un poème visuel élégiaque digne de l'ermite de Manosque qui aurait émigré sur une île de l'archipel des Shetland.
Pour moi:une découverte d'un cinéaste éclectique dont les images évoquent avec leur caractère propre aussi bien Rossellini que les maître japonais.
11 juillet 2006
Est-il possible de ne pas aimer?
Est-il permis de ne pas aimer Ken Loach?Allez!Vous me permettrez bien une entorse aux dithyrambes sous lesquels croule ce monsieur. Attention j'aime plusieurs de ses films dont Family life, Kes, qui sont des films déchirants d'humanité.Plus récemment j'aime le punch de Ladybird, Raining stones ou My name is Joe.
Mais j'en ai un peu assez maintenant de la peinture du Royaume Uni vu par Loach. Sa critique post-thatchérienne
a fini par me lasser. Sweet sixteen est sûrement un film honnête et qui traduit une certaine vérité. Je n'ai jamais dit que tout était rose outre-Manche. Simplement je n'ai plus très envie de voir ça. Si cela fait de moi un odieux suppôt du grand capital, tant pis. Je crois que le regard de Ken Loach approche dangereusement de la ligne pâle de la démagogie où j'essaie de ne pas me laisser enfermer. Is n't it a fucking human right to say No? (Pour employer la langue vernaculaire du film) . C'est vrai que récemment j'ai préféré lire Balzac, écouter les Zombies ou découvrir Les bas-fonds newyorkais de Samuel Fuller.



















