13 novembre 2013

L'un de mes péchés mignons...

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             ... on le sait,est le cinéma italien. Animant au Temps Libre une série de six exposés sur le sujet j'ai décidé cette année d'ignorer les géants,déjà souvent présentés, pour me consacrer à l'équipe réserve du cinéma italien des annèes 50-80. Et croyez-moi la réserve se compose des quelques réalisateurs passionnants dont Luigi Comencini et Mario Monicelli. Je dois à Comencini probablement l'un de mes tout premiers souvenirs de cinéma,encore est-ce plutôt vague. L'histoire entre Vittorio De Sica et Gina Lollobrigida connut un immense succès au milieu des années cinquante.1954, bon enfant et pétillant, une pagnolade dans les Abruzzes en quelque sorte, Pain, amour et fantaisie marqua pour le metteur en scène un tournant important. Le triomphe public en Italie et son succès en France valurent à Comencini l'étiquette infamante de cinéaste à visées commerciales. Che vergogna!

                Sa suite, Pain, amour et jalousie n'arrangea rien on s'en doute. Pourtant au moins le premier du binôme est délicieux, tordant gentiment le cou au Néoréalisme exsangue d'avoir été trop brillant. Le prestige de l'uniforme,quoique modeste maréchal des logis d'une brigade de carabiniers d'un village du Sud, et la jeunesse de Lollobrigida, annonçant gaiement  Esmeralda de Notre-Dame de Paris, expédient vivement l'affaire, rappelant que le cinéma italien a eu ses heures sympas et toniques, en dehors des "Immenses". Dame, on ne peut regarder tous le jours Le Guépard, La dolce vita, Rome ville ouverte ou L'avventura. Mon intérêt pour le cinéma italien tient aussi au fait que,parfois médiocre, il est toujours resté terriblement italien jusque dans ses errances.

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                              Plus tard avec A cheval sur le tigre, vers 1960, Comencini parvient à marier de belle façon le film de prison avec tentative d'évasion, presque un genre en soi, et la chronique sociale héritière de l'après-guerre. Quatre petits malfrats se trouvent libres après bien des difficultés et une description carcérale assez précise pour l'époque. L'un des protagonistes tombe d'un toit de cinéma,le toit était ouvrant, fréquent en Italie en ces années. Cette mort violente au milieu d'une comédie est déjà en soi une audace. Le héros principal, impeccable Nino Manfredi, retrouve sa famille et, l'accent du film virant au grave, chose essentielle dans la comédie italienne, n'aura de choix que la trahison de son dernier compagnon. La truculence de la première partie, parfois hilarante, s'est mâtinée de sombre et de  désespoir. Nul mieux que les Italiens de la comédie, cette fameuse équipe B, Comencini ou Monicelli ou Risi ou Germi ou Scola, ne sait faire ça. Che dice? Que je suis partial. Si,si... Etre A cheval sur le tigre n'est pas confortable, mais en tomber risque d'être pire.

 

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05 novembre 2013

Arte + 7

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                                               On peste souvent sur Internet. Mais quand Arte + 7 vous permet de voir à des horaires choisis deux documents magnifiques d'intelligence et de clairvoyance sur deux créateurs,deux forces de la nature qui auront marqué leur art dans des registres très différents, on ne peut que, chapeau bas, s'incliner.Je suis féru du cinéma de Fellini et le témoignage de Gérald Morin,qui collabora avec le maestro sur Romamarcordanova, (térato-expression par moi-même créée sur des critères felliniens), est superbe de tendresse et d'amitié.

                                               J'ai vu et souvent revu la plupart des films de Fellini et prétends que s'il est un metteur en scène, un "montreur d'images" c'est bien lui. J'ai aussi pas mal lu sur son travail mais découvre toujours de la richesse d'imagination chez cet homme qui savait tirer le meilleur parti de ses collaborateurs. Gerald Morin nous balade au coeur de l'oeuvre et retrouve le sens premier du spectacle chez ce diable, limagination faite homme, dont les toutes premières influences lui vinrent des cirques de son enfance,là-bas à Rimini. Rimini, dont le Grand Hôtel de blanc vêtu semble m'attendre,  Richard Galliano jouant Nino Rota sur la terrasse, l'ombre du Maestro griffonnant dans le hall, m'a définitivement convaincu qu'il est  vraiment des lieux où souffle l'esprit.

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                                                 Je ne suis pas très féru par contre de hard rock auquel je concède cependant une tendresse de père rockophile pour un enfant ayant choisi une voie un peu marginale. Pourtant je considère le document Lemmy comme un des rares films sur le rock authentiquement passionnants. Greg Oliver et Wes Orshoski ont suivi Lemmy Kilmister, tête pensante de Motorhead depuis 35 ans. Portrait de cet artiste intransigeant à sa façon, celle d'un bassiste dont les décibels ont vrombi sur tous les continents, assourdissants et assourdissant. Adepte de tas de trucs depuis l'adolescence, ne s'accordant qu'une éthique, pas touche à l'héroïne, Lemmy est un personnage quasiment légendaire dans le milieu,loin d'être groupusculaire, du hard, lui-même maintenant dépassé par le shred, le trash, le death... 49 % motherf**ker.51% son of a bitch.

                                                Que dire de mieux sur ce doc qui, et là je suis sérieux, finirait par me convaincre du bien-fondé de la théorie qui ferait des vrais hardos les héritiers, les vrais. Les témoignages des confrères bruitistes de Lemmy s'avèrent fort sagaces et puis la poésie des noms de ces groupes, je crois que je ne m'en lasserai jamais, Anthrax, Sepultura, Black Sabbath, Slayer, Graveyard.... De là à m'envoyer pour Noel l'intégrale Poison en coffret collector...

                                                Ce grand écart, assez douloureux pour les adducteurs, pour dire tout le bien possible de Arte + 7

http://youtu.be/qg_2nX7jIsE    Omaggio a Nino Rota   Richard Galliano

http://youtu.be/Mg0mjnFkeqw  Lemmy le film

Allez Valentyne

 

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Toute image susceptible de nuire à quiconque sera immédiatement retirée.

                                       

 

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23 septembre 2013

Des années difficiles,toute une vie difficile

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                    Ce mois-ci l'Italie m'a fait défaut sur le plan littéraire.Ni le laborieux polar Renaissance de Giulio Leoni La conjuration du troisème ciel où Dante mène l'enquête,ni les écrits d'Anna Maria Ortese datant de 1953,La mer ne baigne pas Naples,ensemble de deux nouvelles et trois reportages sur le quart monde napolitain après guerre,ne m'ont convaincu. Fort heureusement le cinéma veillait, avec deux films méconnus.

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                               L'histoire du cinéma d'Italie passe par Luigi Zampa.Or, aucun livre et très peu d'articles, très peu de DVD à se mettre sous la dent.En fait je découvre mon premier film de lui, datant de 1947. Le film s'appelle Les années difficiles et revient sur le parcours d'Aldo Piscitello,un fonctionnaire municipal moyen qui sera plus ou moins forcé d'adhérer aux Faisceaux à seule fin de garder son modeste emploi. Adapté d'un roman du Sicilien  Vitaliano Brancati (auteur du Bel Antonio) nommé Le vieux avec ses bottes, le film s'inscrit dans le registre, malgré tout pas trop alourdi par le thème,d'une certaine comédie discrète qui n'en fait pas des tonnes,avec des dignitaires fascistes que les auteurs semblent avoir voulu relativement point trop méchants.Point trop méchants mais certes opportunistes car Les années difficiles s'avère un chef d'oeuvre dans la description du fréquent syndrome de fin de guerre,syndrome dit du "retournage de veste". L'écrivain Brancati avait, lui aussi, en ses jeunes années, frémi pour le Duce au point d'écrire une pièce à sa gloire.Faut bien que jeunesse se passe. Ce film,une rareté, prouve si besoin était que le cinéma italien ne se limitait pas aux géniaux,c'est pas moi qui dirai le contraire,Ross., Fell., De Sic., Visc. ou Anton.Géniaux mais parfois encombrants. Le cinéma italien a souvent dans son histoire eu la faculté rare d'être vraiment en phase avec un peuple, une époque, un pays. Croyez-moi ce ne fut pas le cas en France à quelques  exceptions près. Mais ceux qui me lisent savent qu'au moins sur le plan Septième Art mon coeur bat la romaine. Ne me demandez pas l'objectivité.

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                           Pour Dino Risi (Le fanfaron, Les monstres, Parfum de femme), en 1961, Alberto Sordi est absolument génial et incarne à lui seul toute une Italie post-fasciste avec ses contradictions. Pourtant Une vie difficile ne sortit en France que dans les années 70, mais là je fais peut-être erreur. C'est un des meilleurs films de Risi, analyste plus fin qu'il ne l'a été écrit souvent de  cette société italienne de l'après guerre.Sordi est l'interprète le plus italianissime parmi les cinq colonels (Gassman,Tognazzi, Manfredi, Mastroianni), somptueux dans la petite bourgeoisie,souvent pleutre et fayot, parfois grandiose d'humanité, tellement vrai ici dans le rôle d'un journaliste fauché,résistant puis courageux pourfendeur des trop nombreux "aménagements". Mais voilà, la vita c'é la vita et on est amené à changer parfois. Comme dans le film de Zampa on peut retourner un peu sa veste et ses idées.Quoi de plus humain. Quinze années de la vie de l'Italie sous l'oeil taquin et finaud de Dino Risi,à la fin d'un film comme ça on en sait un peu plus sur ce pays dont j'attends au moins une statue équestre à mon effigie sur la Piazza della Signoria de Florence depuis que je l'encense.

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                           Travaillant actuellement sur Cinécitta j'ai apprécié aussi dans Una vita difficile l'incursion dans les studios quand Sordi tente de vendre les droits de son roman. On y croise dans leur propre rôle Gassman, Silviana Mangano et Alessandro Blasetti, encore un cinéaste sur lequel j'ai envie de me pencher.Ciao amici miei é supratutto Nathalie da Chez Mark et Marcel per l'ultima volta.

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03 septembre 2013

Juge et père

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                           Je poursuis mon exploration du cinéma italien,c'est un peu cahotique mais passionnant.Voici un inédit en France (perché?),nanti d'un titre à rallonge,ce qui fut un peu la mode dans le cinéma politique italien des années 70, Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon, Confession d'un commissaire de police au procureur de la république. Ce film de Mauro Bolognini,décidément souvent abordé ici même, aurait pu s'appeler Accusation d'homicide pour un étudiant mais,sûrement parce qu'on le découvre 40 ans après n'a droit qu'au relativement court Chronique d'un homicide. Bolognini avait tourné peu avant Metello,  Metello vu par Mauro son meilleur film, avec le même acteur,le chanteur à succès Massimo Ranieri. Chronique d'un homicide revient sur le début des années de plomb et les mouvements d'extrême gauche, mais aussi d'extrême droite, avant les attentats de Milan et Bologne et l'enlèvement assassinat d'Aldo Mauro.

                       Cinéaste plutôt à gauche, presque pléonasme, version italienne assez souple et sympa,mais point trop doctrinaire ,Mauro Bolognini, avec le concours des deux Ugo, Liberatore et Pirro, scénaristes, s'intéresse surtout à la relation entre le jeune homme et son père, juge d'instruction qui est chargé de l'enquête sur le meurtre d'un policier, commis en fait par son propre fils.Joué par le second plan du cinéma américain Martin Balsam (Psychose, Douzes hommes en colère),sobre et crédible, ce magistrat est un homme intègre qui,confronté à son fils meurtrier, aura la réaction qu'il sentira la plus appropriée,comme si cela pouvait exister. On pense au long du film à une longue explication tortueuse et théâtrale entre les deux protagonistes.Apôtre ici d'une certaine sobriété et d'une belle discrétion, Mauro Bolognini refuse le morceau de bravoure.C'est tout à l'honneur du film que de ne pas  asséner ainsi des vérités de prétoire.

Il viaggio

                      Le rôle de la mère,dépassée mais toujours digne,est joué par Valentina Cortese. Et elle est très crédible.Les films italiens, souvent remarquables et tellement au contact du pays, ont parfois tendance à "fanfaronner" un tout petit peu comme le héros du chef d'oeuvre de Dino Risi Il sorpasso. Chronique d'un homicide, extrêmement sobre, demande à être (re)découvert. Ce sera pour moi l'une des dernières contributions au très beau challenge de Nathalie, Chez Mark et Marcel, qui se termine bientôt, l'un des rares challenges que j'ai vraiment honorés vu que je m'étais inscrit,trop inscrit un peu partout. Enfin,une petite madeleine sonore avec...

http://youtu.be/Jw-kZ0jb3XA    Morricone   Imputazione di omicidio...

                         

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03 août 2013

Méridionales ancestrales

   Il viaggio

                       "Vittorio De Seta est un anthropologue qui s'exprime avec la voix d'un poète". Ainsi parle Martin Scorsese,le si cinéphile cinéaste,chose pas si  fréquente.On sait Marty très impliqué dans la restauration des films et passionné de son cher cinéma italien.Si vous ne deviez voir qu'un document sur l'histoire du cinéma je vous rappelle ce Voyage à travers le cinéma italien,magique évocation des souvenirs de Scorsese où la filiation paraît évidente entre le Néoralisme et les premiers films de Scorsese.

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                     Le très bon boulot de la maison Carlotta permet de se pencher sur l'un des plus singuliers metteurs en scène italiens,le Sicilien Vittorio De Seta (1923-2011). Hommage aussi à la Cineteca Bologna qui oeuvre pour le patrimoine. L'homme ne s'est presque jamais intéressé à la fiction mais est l'auteur de documentaires sur l'Italie du Sud des années cinquante quelque part entre le Robert Flaherty de L'homme d'Aran,le Georges Rouquier de Farrebique, voire certains films de  Jean Rouch.Ces noms n'évoquent pas grand chose dans le monde du ciné-show-business dont l'authenticité n'est pas souvent la vertu cardinale.Tous ceux qui aiment vraiment l'Italie seront passionnés par le regard de De Seta sur le Mezzogiorno au milieu du siècle dernier,encore un peu moyenâgeux, tribal et solidaire.Dans ce Sud là on ne prise guère les hommes d'affaires milanais,ni les fonctionnaires romains. Hommage au labeur, Le monde perdu décrit les toutes dernières années de ces communautés rurales avant la mécanisation,le tourisme même si Calabre,Sicile et Sardaigne de 2013 ne sont pas que des clubs de vacances,loin de là.

                    Ce qui passionne De Seta,c'est le plus vieux sujet du monde,la vie des hommes.Dix films d'une dizaine de minutes,sans commentaires, rythmés par des chants la plupart du temps en dialectes régionaux.Rien de plus simple que ce cinéma,rien de plus épuré,épidermique aussi.Nul sociologue ou ethnologue,seule la caméra de cet étonnant cinéaste qui n'est pas des leurs bien que sicilien.Il dit lui-même qu'il fréquentait plus les clubs de voile de la jeunesse dorée palermitaine que les travaux et les jours de ses héros du quotidien.Parlons-en de ces héros.Mineurs dans les soufrières, pêcheurs de thons et d'espadons, bergers sardes aux troupeaux faméliques (le film Bandits à Orgosolo fut le premier long métrage de De Seta,en 61,souvent honoré dans les festivals et les frères Taviani clament haut et fort la filiation de Padre padrone avec cet univers néoréaliste), paysans calabrais éloignés de tout.

                  Les "immenses", Rossellini avec Stromboli, Visconti avec La terre tremble, avaient déjà juste après la guerre posé la question de ce cinéma direct loin de Cinecitta.Ils choisirent ensuite d'autres voies,souvent royales.Plus tard bien après Vittorio De Seta, en 1978, L'arbre aux sabots d'Ermanno Olmi sera Palme d'Or. Tout arrive. Même un DVD de belle tenue, couleurs magnifiques et intervention modeste et claire de Signore De Seta. Amoureux de l'Italie ce recueil est fait pour vous,qui savez que ce pays n'est pas que celui de la Renaissance ou du bel canto,de Florence ou de Venise.

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22 juillet 2013

Pasionaria romaine

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                         Beaucoup de sympathie pour Liberté,mon amour! de Mauro Bolognini, réalisé en 1973 et que je n'avais jamais vu.Je m'en veux de ne pas aimer davantage cette ode à la femme,en une période,l'Italie des années trente où son statut était celui d'une "mère à gosses", comme à peu près partout ailleurs.Alors bien sûr Bolognini l'esthète,le lui a-t-on souvent fait remarquer avec un zeste de condescendance,a tant d'empathie pour son héroîne modestement prénommée Libera Amore Anarchia qu'il a fini par en faire un personnage de légende balayant toute vraisemblance.Ce qui est gênant pour un film à connotation morale certes mais aussi historique.En ce sens le choix de Claudia Cardinale,flamboyante de rouge vêtue en un symbole pas léger léger,peut s'avérer erroné.Elle a tant d'élégance,un petit quelque chose d'aristocratique que j'ai peiné à l'identifier comme la fille d'un révolutionnaire de condition modeste.

                        Liberté,mon amour! jouit cependant de pas mal de qualités.D'abord le ton très comédie italienne avec sa dose de truculence et son verbe haut,la fantaisie qui règne encore dans le petit peuple romain malgré les exils forcés d'opposants dont le propre père de Libera. La musique de Morricone a quelque chose de primesautier. L'antifascisme est ainsi traité sur un mode léger du moins dans les deux premiers tiers du film.A ce propos j'aimerais que la cinéphilie italienne puisse s'enorgueillir de diffuser aussi les films un peu moins "du bon côté" mais c'est un autre débat.

                      En butte aux tracasseries de l'administration en tant qu'égérie locale de l'opposition Libera et son mari,qui tient un atelier de confection,vont quitter Rome pour Padoue, Modene, puis Livourne et cette mobilité géographique s'accompagne d'une inquiétude grandissante. Les nuages s'amoncellent sur Libera et sur l'Italie.Beau personnage que son mari,brave type un peu dépassé et hésitant mais qui l'aime profondément. Le père, lui, anarchiste banni, jouit d'un rôle finalement plus facile.Incrusté de quelques documents d'époque Liberté,mon amour!, à mesure que la chronologie de l'avant-guerre puis de la chute du Duce s'avance,va tourner au drame,au drame d'autant plus stupide que la réconciliation devra bien se faire.C'est un film que je découvre, intéressant,mais qui pour moi ne vaut ni Metello ni Le bel Antonio, mes oeuvres préférées de Mauro Bolognini.

Il viaggio

http://youtu.be/RxMnYdoFnSU    La robe rouge de Claudia/Libera

 

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07 juillet 2013

Quatre vieux Italiens

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                                Non pas quatre vieux messieurs transalpins attablés à la Trattoria del Tevere.Ceux qui me suivent un peu savent ma passion pour l'Italie et entre autres,son cinéma.J'ai toujours grand plaisir à découvrir des films inconnus ou pour le moins délaissés.L'antédiluvien Cinéma de minuit de France 3 pourvoit souvent à mes besoins.Et puis parfois quelques trésors ressortent en DVD.Retour sur quelques raretés d'un intérêt variable,partant du postulat que la plupart du temps un film italien moyen est plus intéressant qu'un bon film français.Assertion parfaitement de mauvaise foi.

                               Le mariage de minuit,traduction littérale de Piccolo mondo antico,est un mélodrame de 1941 de l'écrivain Mario Soldati,qui réalisa quelques films.Situé dans une période qui inspira notamment Visconti,le Risorgimento qui devait secouer la tutelle autrichienne,Le mariage de minuit met en scènes querelles de familles et de fortunes et drame de l'enfance,son principal intérêt étant Alida Valli,qui semble préparer là le rôle de sa vie,celui de la Comtesse dans Senso.A voir essentiellement pour la partie historique,les films de Mario Soldati étant de toute façon à peu près invisibles.

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                              L'homme aux cent visages (1959)  est le premier film de Dino Risi  avec Vittorio Gassman.Ce n'est certes pas un chef d'oeuvre comme La marche sur Rome ou Le fanfaron,deux,trois ans plus tard.Bâti un peu comme un film à sketches mais utilisant jusqu'à plus soif l'acteur cabotinant déjà,pas encore génialement,mais tellement à l'italienne  qu'on lui pardonne ses excès,le film est une comédie  où Gassman se déguise,escroquant à qui mieux mieux dans une Italie  qui s'est à peu près remise du passé,et qui sait si bien se moquer d'elle-même.                           

 

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                           La Mafia,ici la Camorra,est un personnage récurrent du cinéma italien.En voici une version originelle,dans la Napoli du XIXème Siècle.Pasquale Squitieri dont je ne connais aucun autre film fait de Cardinale une  putain au coeur noble dans ce film de 1973 qui retrace un épisode mettant en scène les guapi,voyous napolitains,chatouilleux sur l'honneur.Pas mal démago sur les bords Lucia et les gouapes, avec ce portrait de mauvais garçons ,pétris malgré tout de valeurs morales,à leur sauce passablement rance,nous présente deux superbes moustachus des années soixante-dix,FabioTesti et Franco Nero,dont les carrières furent par la suite plutôt décevantes.Amis,presque frères,l'un parrain local,l'autre avocat sorti du ruisseau de Spaccanapoli,tout cela n'est pas bouleversant d'originalié.

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                      Datant de 1960 voici de très loin le meilleur film de ce quarteron de vieilles pellicules sans intérêt sauf pour fossiles attardés.Elio Petri est un peu connu pour ses films politiques Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon et La classe ouvrière va au paradis, Palme d'Or Cannes 72.Il faut dire que  l'acteur Gian Maria Volonte était alors très en vogue L'assassin date de dix ans plus tôt.Elio Petri, comme tout le monde ayant touché au cinéma en Italie à cette époque,a un peu participé à la fin du Néoréalisme,avec Giuseppe de Santis puis s'est tourné vers un cinéma plus proche d'un Francesco Rosi.Son premier film, L'assassin,est un remarquable simili polar où l'erreur judiciaire est abordée de biais à travers les déboires d'un antiquaire romain soupçonné du meurtre de son ancienne maîtresse.Un commissaire teigneux incarne une bureaucratie tatillonne,un peu héritière du régime précédant la relève de l'Italie.Cette relève  économique ne se fait pas sans dérapages dans une société pas mal serrée encore et qui trouve assez vite le coupable idéal.Marcello Mastroianni,nonchalant et désenchanté pour l'un de ses premiers grand rôles,y est génial,innocent sur qui le poids de la responsabilité s'abat rudement ,ce qui n'exclut pas l'humour.Et puis sommes-nous jamais vraiment innocents,après tout?Ce gars-là,à qui tout réussissait jusqu'ici,mérite bien une leçon.

Il viaggio

                     Composé assez Nouvelle Vague,L'assassin avec ses flashbacks  et son ambiance romaine jazzy est vraiment un film à découvrir.Dans ce DVD très bien fait Jean A.Gili,le très grand connaisseur du cinéma italien,éclaire notre lanterne et c'est bien agréable d'apprendre encore et toujours sur ce pays que j'aime tant. 

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24 mars 2013

Ragazzi di Roma

Les garçons

                     Mauro Bolognini et Pier Paolo Pasolini ont collaboré à plusieurs reprises.L'univers pasolinien m'est étranger mais j'avoue très mal le connaître. Bolognini m'est un peu plus proche.Cinéaste parfois précieux,voire chichiteux,il est toujours resté un peu à la marge de ce cinéma italien passionnant.Souvent grave ou cérémonieux,j'ai particulièrement aimé Metello et Le bel Antonio.Ici nous sommes en 1960,à l'époque de La dolce vita mais la Rome de Bolo et Paso (pardon pour ces apocopes) n'est pas celle des noctambules de Via Veneto. Ici,les oiseaux de nuit,Terzieff,Brialy,Interlenghi,jeunes et beaux, pasoliniens mais à l'époque on ne le savait pas,traînent dans les terrains vagues et Les garçons,titre français suggestif pour La notte brava,pourrait être un mix (?) des Vitelloni et des Tricheurs.Mais,bon sang,comme je préfère les "petits veaux" de Fellini,tellement touchants dans leur vacuité et leurs maladresses, à ces voyous un peu demeurés auxquels Pasolini avait peut-être le goût de s'acoquiner.On connait la fin de Pasolini,qu'on dirait tirée de son oeuvre.

Il viaggio

          Mauro Bolognini est architecte de formation,esthète pas si éloigné de Visconti,engagé politiquement à gauche,ce qui,je le rappelle toujours,ne coûte rien,particulièrement dans cette Italie qui se redresse,même si certains se redressent moins que d'autres. Bolognini aime les acteurs et les actrices,à la manière d'un sculpteur.Et les jeunes acteurs de l'époque,juste à l'instant où ils deviennent des stars,plutôt estampillées Nouvelle Vague,le fascinent.Brialy et Terzieff semblent chorégraphiés,icônes félines et assez gouapes pour errer dans cette Rome où l'ombre de Magnani,prostituée vieille école n'est plus,remplacée par des filles plus jeunes et ayant laissé la truculence au vestiaire.Cependant on sent un peu l'artifice de Cinécitta,présence des starlettes Elsa Martinellei,Antonella Lualdi,Rosanna Schiaffino,la Française Mylène Demongeot (B.B déjà trop chère?), qui,finalement ne feront pas beaucoup de bons films.Feu de paille romain.Je crois que Pasolini s'accomode mal de ce jeu,encore trop "studios" et décalé,les comédiens bien qu'excellents étant loin de leurs personnages.C'est la raison pour laquelle Pier Paolo Pasolini fera tout pour être le seul maître d'oeuvre d'Accatone, son premier film en tant que réalisateur,en 1961,déjà quelque peu jusqu'auboutiste, avec des acteurs non professionnels.Certains considéreront ce film comme un ultime avatar du Néoréalisme.Pas moi.

         

           

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03 septembre 2012

Croisade à l'italienne

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                Un chevalier et sa monture,une haridelle plutôt,pas nommée Rossinante mais Aquilante.Mais ce n'est pas Don Quichotte. Un générique cartoonesque (http://youtu.be/M9PrWuT-E-0), une sorcière sauvée de justesse par une petite troupe dépenaillée et piétonnière par manque de moyens.Mais ce n'est pas le Sacré Graal des Monty Python.Ce même chevalier devise avec la Mort.Non,ce n'est pas Le septième sceau.Un navire traverse une colline à dos d'hommes mais ce n'est pas Fitzcarraldo.Mario Monicelli et ses géniaux scénaristes,le fabuleux duo Age-Scarpelli,à qui le cinéma italien doit tant,ont imaginé une suite à la déjà inénarrable Armée Brancaleone (1966).Vittorio Gassman,tout en rodomontades,est l'interprète idéal de ce matamore finalement plus naïf que roublard, qui mène sa maigre bande avec nain,boîteux juché sur les épaules d'un aveugle,puis nouveau-né sauvé in extremis,chèvres et enchanteresse.Arrive même un lépreux très dansant au son de sa clochette,assez sexy ce lépreux.

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         Tout ce petit monde,bien que peu ferré en géographie,part donc pour la Terre Sainte.Rencontres et péripéties attendent ces branques du Saint Sépulcre.Dans Brancaleone s'en va-t'aux croisades la langue italienne est truffée de patois et de latin douteux, ce qui lui donne un maximum de verve.La verve,justement,est un ingrédient qui a rarement manqué à ces maîtres de la comédie italienne que j'aime tant.Monicelli,toujours satirique,dégomme gentiment la religion et le pouvoir,pape et antipape se querellent comme des supporters de foot,un arbre aux pendus s'avère riche en drôlerie,le jugement de Dieu fait glousser Brancaleone, un tournoi final, un peu longuet, alanguit à mon avis ce road-movie médiéval que Mario Monicelli aurait dû écourter de vingt minutes pour lui assurer tout son punch. Quoiqu'il en soit cette Cour des Miracles itinérante est une preuve de plus de la grande variété de ce cher cinéma italien.Elle est aussi une invite à se balader dans le challenge botté initié par Nathalie.

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31 mai 2012

Rome vile mallette

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        Au début des années 90 deux films sortent en Italie.Bien que très ancrés dans leur époque tous deux portent un titre évocateur,Le porteur de serviette,Le voleur de savonnettes.La référence n'est pas écrasante, plutôt amicale.Je viens de revoir le premier,réalisé par Daniele Luchetti.La Sacher de Nanni Moretti,cinéaste cinéphile ce qui n'est pas si fréquent,l'a produit.Silvio Orlando joue Luciano modeste prof de lettres,un peu nègre de romancier, embauché comme plume pour les discours d'un jeune ministre aux dents longues,Nanni Moretti.Univers doré,belles femmes,voitures rutilantes,facilités de paiement,comment Luciano va-t-il évoluer,lui plutôt bien-pensant, entendez par là à peu près à gauche tendance Chianti?

      Silvio Orlando le Napolitain a tourné plusieurs fois sous la direction de Nanni Moretti.Même génération, Luchetti, Orlando, Moretti ont réussi une très bonne comédie "politique",sans lourdeur démonstrative et aérée par l'humour. Exemple: Luciano le pur finira par apprécier de pouvoir dévoiler les sujets du bac à ses anciens élèves.Ce film date des années pré-Berlusconi et sa portée peut se voir somme toute universelle.Ca c'est ce qu'on lit dans beaucoup de critiques.D'accord mais je préfère y voir un héritage des comédies italiennes de l'âge d'or,sans la truculence plébéienne parfois un peu artificielle,mais tout cela mâtiné d'un zeste de Francesco Rosi qui rigolerait avec la présence d'un Moretti qui réussissait il y a vingt ans à nous faire sourire de son personnage pourri et néanmoins humain.Tour de force qui ne s'est jamais démenti depuis,à mon avis.


Il portaborse, 3

            Après le joli conte voltairien Domani,domani (88),Le porteur de serviette ,présenté à Cannes en 91,devint un succès populaire relativement important.Daniele Luchetti n'encombra guère pour ça les écrans et depuis vingt ans,tout au moins en France,on n'a guère vu que Mon frère est fils unique et La nostra vita.Quant à Maurizio Nichetti,auteur du Voleur de savonnettes sur lequel j'espère revenir il semble que son dernier film remonte à 2001.Pour l'un comme pour l'autre je suis de ceux qui le regrettent.Quant au film qui inspira au moins leurs titres,Le voleur de bicyclette,il trône au panthéon depuis plus de six décennies.

Il viaggio

     

 

 

Posté par EEGUAB à 07:18 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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