22 mai 2012

Gueux gais et gags

434343-Miracolo-a-Milano-Vittorio-De-Sica    

         Ce Miracle à Milan est un délice,un bijou,un bonbon qu'on aimait saliver enfant.Primé à Cannes en 1951,il est à craindre qu'un film pétri de bons sentiments comme celui-ci ne triomphera plus jamais sur la Croisette.O tempora, o mores!L'un des maîtres historiques,moi je dis des gentlemen, du Néoréalisme s'en éloigne gentiment par la fable,le conte,la simplicité.Certains diront la naïveté.J'imagine déjà les adjectifs, passéiste, désuet, suranné,voire pire.Le cinéma se joue du temps,comme Michel-Ange ou Breughel,comme Bach et Stravinsky, comme Ronsard et Prévert.Le cinéma ne se divise pas.Il est parfois très médiocre,parfois génial.Il est toujours de son époque,donc du patrimoine.

             Le vieux complice de De Sica,Cesare Zavattini,avait écrit Toto le Bon.Un enfant trouvé par Lolotta dans un chou,touché par la grâce,fondait un bidonville plutôt sympa dans le Milan de l'après-guerre.Vittorio et Cesare avaient déjà collaboré pour Sciuscia,Ladri di bicicletta.Ces deux là s'entendaient comme larrons en foire. Davantage théoricien Zavattini est resté la caution morale du Néoréalisme.Alors que De Sica devenait une star du cinéma italien parfois au détriment de son oeuvre de metteur en scène.Joué par des non professionnels essentiellement Miracolo a Milano est presque une comédie musicale,Sympas,pauvres et gentils,si j'ose dire.La poésie des simples effleure à chaque scène et les promoteurs immobiliers eux-mêmes ont une certaine rondeur qui adoucit les angles.

         Sur ce terrain vague la vie bat son plein et tous y vont de leur astuce.Il y en a même une qui fait payer pour le coucher de soleil.Toto a bien sûr un talisman,en fait une colombe magique,beau symbole.Il abat des montagnes, Toto le héros.Il avait commencé par récompenser le voleur de son modeste havresac en lui offrant. De fil en aiguille c'est toute une communauté qui finit par faire la pluie et le beau temps,une pluie de pétrole en l'occurence qui enrichit tous ces "poverelle".L'argent ne fait pas... mais le joli ballet des balais empruntés aux éboueurs nous donne droit au paradis,je sais pas,mais au ciel,c'est certain.

200px-DeSica&Zavattini

      Zavattini et De Sica ont collaboré une vingtaine de fois.Plus intellectualisé et plus marqué Zavattini pensait que le cinéma n'était pas fait pour distraire les foules,mais pour les réveiller.Discours un tantinet idéologique mais le grand coeur de Vittorio et l'intelligence de Cesare ont souvent fait merveille.A eux deux ils font souvent penser à Chaplin.J'en connais beaucoup qui même à 2000 n'arrivent pas à sa semelle,certes très élimée.Cet article est proposé dans la superbe botte Il viaggio initiée par Nathalie de Chez Mark et Marcel.

http://youtu.be/_jJzLtUbVgI Gran Finale

Il viaggio

    

Posté par EEGUAB à 14:37 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,


06 mai 2012

Par le sang des innocents

 le-christ-interdit-1951-23598-1528224092          

          Le challenge de Nathalie Chez Mark et Marcel  est plutôt à vocation littéraire.Pourtant j'ai pensé que cet article pouvait trouver une petite place dans la botte d'Il viaggio.Il était assez difficile de voir Le Christ interdit, seul film de l'écrivain italien Curzio Malaparte.Je l'avais vu adolescent mais ne me souvenais que de quelques rares images,peu festives.Car il n'est pas léger léger ce film et Malaparte traîne encore un parfum sulfureux. L'ayant déjà évoqué (Chasse aux alpins)  je rappellerai  brièvement le chemin sinueux parcouru par Malaparte, engagé pour la France dans la Grande Guerre,fasciste puis antifasciste.Il aurait même rejoint le PCI sur son lit de mort.

     Présenté à Cannes en 1951 Le Christ interdit suscita des polémiques et entretint le trouble,il dure toujours, sur la personnalité de l'ambigu Kurt Suckert,Toscan de père allemand.Sadoul,le peu nuancé critique français très encarté du côté d'Oncle Jo,intitula sa chronique Le Christ interdit,film néofasciste de Curzio Malaparte.L'excellent Jean Gili,passionnant spécialiste du cinéma italien,cite dans le livret du DVD Edoardo Bruno : "Le film donne,avec une extrême clarté,une confirmation de la confusion,de la pingrerie morale et de la niaiserie de l'auteur".C'est vrai que cinq ans seulement après la guerre le film prêtait aux controverses.A ma connaissance il n'est pas resté dans le coeur des Italiens pourtant très attachés à leur cinéma,très peu lié au Néoréalisme et si loin de la comédie.Tentative d'explication, c'est un peu lourd,mais pas sans intérêt soixante ans après.

     Bruno (Raf Vallone),prisonnier de guerre,rentre au pays.Des difficultés de l'après-guerre j'ai déjà souvent disserté (Rossellini et le Néoréalisme,une fois de plus).Il a l'obsession de venger son frère,trahi et exécuté.Mais le silence règne,tout noir sous le soleil toscan et dans les vignes qui reprennent lentement le goût de vivre.Très lentement comme les villageois,à commencer par sa propre mère.Elle sait,sa cousine sait,son amie Nella sait.Mais à quoi bon revenir sur ce que l'on ne peut plus empêcher.

Il viaggio

        Tout cela a fortement décontenancé la critique italienne,l'oeil rivé vers l'Est.Déjà que Malaparte était pour le moins discuté,hors du sérail.Pire encore on n'aime guère le titre ni cette représentation de la foi dont on ne sait si elle est sincère ou hérétique.L'hallucinant personnage du tonnelier,joué avec son austérité coutumière par l'homme sans sourire Alain Cuny,ne détend pas l'atmosphère, figure christique plus encore que dostoïevskienne. On n'est pas très loin du bouc émissaire,cette théorie actuellement tellement dévoyée et démago.Très mal à l'aise aussi la très catholique Italie devant cette représentation,un défilé des objets de la Passion et des porteurs masqués. Irrévérence ou profondeur,personne ne le sait vraiment.On cherche un volontaire pour figurer le Christ (scène de Gino Cervi en prophète illuminé).On ne trouve qu'un chien.Le Christ interdit,je l'ai dit en préambule,est un film très pesant,de ceux qui vous laissent un goût de cendre,tout presque athée que l'on soit.

       Et puis il faut remonter au, début des années cinquante et je considère que ce Christ a été le fossoyeur du Néoréalisme tout en en empruntant les derniers oripeaux,version rurale,alors que c'était plutôt la cité qui concentrait les meilleurs éléments néoréalistes.Trop de psychologie tue la vraisemblance.Mais revoir ce film 45 ans  après une première vision procure une sensation indéfinissable.On a le droit de ne pas aimer le film de Curzio Malaparte.L'histoire du cinéma italien,une fois n'est pas coutume,l'a un peu vite écarté.Au nom d'une certaine morale?Allez savoir."Il est plus facile de pardonner que d'oublier",nous propose de méditer l'auteur complet (y compris la musique). 

   http://youtu.be/LqRDFPOhslE  Quelques minutes de Il Cristo proibito

Posté par EEGUAB à 17:59 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

13 février 2012

Molto rarissimo,parlo calcio (V.O)

 moyenne-2310ccfcbc22789ea9b016aacd99080b139c4021    

                     Le calcio,championnat italien de foootball,est une institution.Voilà une curiosité des années cinquante, probable inédit,un film de Mario Camerini(1895-1981),prolifique réalisateur qui oeuvra de la comédie "telefono bianco" au peplum (Ulysse-Kirk Douglas,c'est lui). Camerini consacra la fin de sa vie à la Cinémathèque de Milan. Les héros du dimanche serait maintenant considéré un peu comme un film choral.On suit lors d'un week-end le déplacement à Milan d'une équipe de foot plus modeste et qui attend son heure de gloire.N'attendez pas une étude sociologique sur les joueurs,les dirigeants ou les supporters mais une sympathique comédie ou de braves types prennent l'espace d'un après-midi leurs rêves de midinettes pour le haut du classement.N'est-elle pas belle cette affiche où Raf Vallone,la star du cinéma italien juste avant l'explosion Marcello,tête plongeante, déchaîne les passions.

         A propos il est là aussi ce cher Marcello,forcément,footballeur lui aussi. Et,tout jeunes,Franco Interlenghi et Paolo Stoppa,qu'on verra si souvent chez Fellini ou Visconti.C'est un film qui reflète bien son époque,ce sont souvent les films modestes qui éclairent le mieux l'histoire et l'esprit d'un pays.Cela ne fait pas de ces films des oeuvres importantes mais de vrais témoignages.Des héros du dimanche si on veut,mais surtout des gens simples aux prises avec leurs querelles d'amoureux,leur problèmes familiaux,leurs faiblesses et leur honnêteté. En 1952 le Néoréalisme,bien que maintenant rentré dans l'histoire,perce encore un peu dans ce cinéma du dimanche,comme les héros,sympathique et toujours plaisant à connaître pour qui aime l'Italie.Vous savez sûrement que je suis de ceux-là,plutôt deux fois qu'une.

 

Posté par EEGUAB à 20:13 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

09 février 2012

Affreux,propres et méchants

cinema_germi_locandina     

                      Pas sérieux,le jury de Cannes 66 couronne ou co-couronne Ces messieurs dames de Pietro Germi.Quolibets et houris dans la salle forcément,une comédie,et à sketches.Si vous voulez mon avis il a rudement bien fait,sous la houlette,il est vrai, de Sophia Loren,car Ces messieurs dames est une charge étourdissante de précision et trépidante d'une humanité mesquine,prétentieuse,et pusillanime.Des gens comme vous et moi donc.

                  1. Dans une ville de Vénétie,nous sommes donc au Nord,un groupe d’amis qui constitue la bourgeoisie locale navigue entre sauteries et coucheries. Toni Gasparini confesse son impuissance à son médecin, lequel ne tarde pas à ébruiter le secret, avant de déchanter cruellement. 2. Plus loin, le comptable Bisigato séduit la serveuse du bar de la place, projetant de quitter sa femme, une mégère tyrannique. Mais ses amis, la cousine de sa femme et même la police lui mettent des bâtons dans les roues. 3. Lorsqu’arrive en ville une jeune fille aguichante venue faire son shopping, tous les amis se passent le mot pour profiter de son ingénuité. Quelques jours plus tard déboule le père, furieux, qui les menace de porter plainte pour détournement collectif de mineure.

                   On le sait ,le film à sketches était fort prisé en Italie et Fellini,Visconti,De Sica n'ont pas cru déchoir en y participant.Mais le film à épisodes signé d'un seul metteur en scène était bien plus rare.C'est oublier que Pietro Germi était l'un des plus féroces signataires de la comédie italienne,une vraie morsure dont paradoxalement les Italiens pourtant rudement brocardés étaient fous. Signore é Signori est de fait un régal.La pantalonnade y devient un art de vivre,la mauvaise foi y devient un panthéon,l'amitié un festival de flagorneries et de coups bas.Nous sommes en présence de monstres(souvent évoqués chez Dino Risi principalement,mais le monstre à l'italienne,en général un mâle arrogant, chauvin,piccolo borghese,sommeille en chacun de nous,ma si,ma si...).


Signore e Signori (Ces messieurs dames) . Pietro Germi 1965

       Médecin,pharmacien,commerçant,avocat,tous les mêmes,tous pourris,tous complices mais en fait si mesquins et si humains qu'on les adore.Et puis,on se dit qu'on vaut mieux qu'eux.Alors on se vautre un peu,un peu comme eux tout compte fait.Au pays de ces merles noirs triomphants on aurait bien tort de croire les femmes mieux servies.Fausses ingénues,harpies jalouses,grenouilles caritatives, ah,elles sont belles,les belle donne.Tout cela au son d'une musique génialement ringarde et sautillante.Et servi par les acteurs italiens au mieux de leur forme,pour une fois aucun des Cinq Colonels,Marcello,Vittorio,Ugo,Nino et Alberto,mais de très bons comédiens dont Gastone Moschin et mon préféré,Franco Fabrizzi,le plus somptueux faux derche de la péninsule.Essayez de me trouver Franco Fabrizzi franc du collier dans un film et je vous offre une pizza Via Veneto.Et pour le plaisir le très fin titre du film pour l'exploitation américaine.510ZLYTdNWL__AA300_

Posté par EEGUAB à 07:18 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

24 janvier 2012

Un peu élimé aux manches

4e7cb14a3bca1 

              Magnifique adaptation de Nicolas Gogol,Le manteau passe très bien de la Russie à l'Italie.Réalisé en 52 par Alberto Lattuada,le film est une jolie réussite qui combine les derniers effluves du Néoréalisme,la comédie bouffonne,et un soupçon de critique politique et sociale.C'est à dire les trois axes essentiels du cinéma italien, mon cinéma de référence,qui ne cesse de m'enchanter au fil du temps.On sait que le fonctionnaire est un personnage universel de Gogol à Courteline.Carmine est un petit rond-de-cuir comme il en est tant dans l'Italie de mi-siècle.Besogneux,désargenté,un peu souffre-douleur du bureau, Carmine n'a guère chaud dans ce Nord neigeux où les naseaux d'un cheval de trait,encore très présent dans le pays,lui réchauffent les mains.Plus ou moins licencié suite à un catastrophique procès-verbal d'une réunion du conseil municipal,et nanti d'un trou au dos de son vieux pardessus Carmine râcle les fonds et décide de se faire confectionner un nouveau manteau.

       Ce nouveau vêtement va-t-il lui porter chance?Il semble que oui.Pas trop mal reçu aux voeux du maire et le mousseux aidant,voilà notre ami Carmine qui danse et virevolte,bouffon de ces bourgeois qu'on devine magouilleurs.Et son manteau,son cher manteau..Il a crû le perdre mais voilà que dans la nuit citadine un plus paumé que lui,sûrement,lui vole cette moitié de lui-même.A parti de là le récit verse dans le fantastique et j'avoue ne plus très bien me souvenir de la fin de la nouvelle de Gogol.Quoi qu'il en soit le film est une vraie réussite de ce cinéma proche,poplulaire et intelligent,dont les Italiens étaient si coutumiers.Renato Rascel est un acteur injustement oublié,lui même metteur en scène,et qui endosse avec l'allure adéquate la défroque de ce pauvre déclassé.Chaplin n'est pas loin,ai-je lu.Pas faux.


Le Manteau d'Alberto Lattuada : extrait 1

 

Posté par EEGUAB à 19:34 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , ,


16 janvier 2012

Famille à la Mario

        Cette oeuvre peu connue,peut-être est-elle inédite en France,je l'ignore,est un des nombreux éléments de la comédie italienne.Pas un maillon majeur certes mais une distraction cinéphilique agréable et bon enfant. Surtout Pères et fils,du grand Mario qui fit souvent bien plus fort et bien plus drôle,permet de retrouver les acteurs italiens qui me (nous?) sont si chers.Vittorio de Sica,ce latin lover bellâtre d'avant-guerre devenu l'un des auteur les plus sensibles du Néoréalisme,ne se départ jamais de sa classe en tailleur séducteur sur le retour,aux prises avec sa fille "dévergondée",dévergondée à la mode des années cinquante.

        Plaisir encore de retrouver Marcello dont vous ne me verrez jamais écrire le moindre mal,avant La dolce vita et son entrée dans la légende.On peut me dire que ce film est tout à fait désuet et c'est sûrement vrai.Mais c'est une notion qui m'est assez étrangère.Il faut prendre les oeuvres pour ce qu'elle sont,produits d'une époque et c'est un débat plus que stérile.Ma fougue pour le cinéma italien ne me fait pas prendre Vintimille pour Verone mais Pères et fils,certes mineur,est une petite pierre,pas une pépite,dans la belle histoire du plus beau cinéma du monde,du moins en ses années d'or.Rappelons que,très malade, le génial Mario Monicelli,maître de la comédie italienne,le père de Brancaleone,des Camarades,de Mes chers amis,du Pigeon,le chroniqueur de La grande guerre a choisi la nuit fin 2010  à l'âge de 95 ans.

Posté par EEGUAB à 15:47 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

11 novembre 2011

Mention mieux que papable

Habemus_Papam_Nanni_Moretti_DEF 

          Je ne rate jamais un film de Nanni Moretti.Il y en a plusieurs que j'ai vus trois ou quatre fois.C'est un cinéaste dont je me sens proche.Quelques semaines après sa sortie voici ma chronique de Habemus papam,l'un des dix films environ que j'aurais vus cette année,films récents,j'entends,puisque comme vous le savez pour le cinéma je suis plutôt "patrimoine".Nullement un pamphlet anti Vatican, l'homme Moretti est plus intelligent,c'eût été si facile.J'ai lu quelques critiques peu enthousiastes.Moi je trouve à Habemus papam un bel élan d'humanité. J'y ai vu une institution pas  si sûre d'elle-même,des hommes en proie au questionnement, guère de caricature,un vieillard paniqué, un psychologue,double morettien depuis quelques années,somme toute plausible.

   Moretti oublie rarement d'être drôle et tendre.Et son pape élu en cavale n'est pas si loin de Don Giulio,le jeune prêtre de La messe est finie,l'un des plus beaux opus de Nanni Moretti.Souvenez-vous,à la fin Giulio part en Patagonie,est-ce une fuite ou un salut?Et cette Place Saint Pierre suspendue.J'aime aussi dans Habemus papam cette sorte de constat,que Rome sera toujours une ville un peu autre,un peu différente,avec cette présence d'une entité nulle part aussi mêlée à la vie de la Gente di Roma(film de Scola).Bien sûr on sourit beaucoup au film et la coupe du monde de volley-ball imaginée par Moretti avec ces pourpres cardinalices smashant à qui mieux mieux est bien sympathique.

        Le Cardinal Melville,Michel Piccoli surpris,inquiet,affolé,vibrant,terriblement humain,ne se sent pas les épaules pontificales.Pérégrinations dans Rome,trouille bleue,regrets du théâtre,sa vocation première.Même si les encens du Vatican abritent bien des conventions scéniques et que les fourberies comme partout y cotoient les dignités. N'osant chausser les souliers de Saint Pierre, Melville dans ce fameux cri presque expressionniste nous transporte dans l'aventure humaine d'un homme dont la complexité n'empêche pas l'humilité.Et si le personnage du psy,très morettien on l'a dit,semble un tantinet plus attendu,l'amico Nanni,pas forcément grand acteur,y apporte néanmoins toute sa vérité.Et la vérité du cinéma de Moretti est d'une très belle cohérence depuis Je suis un autarcique.J'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer sur la plupart de  ses films.

  Beaucoup de blogueurs ont écrit sur Habemus papam et notamment l'ami lusitanien ,toujours très pertinent,un homme qui poste moins,mais mieux.Obrigado D&D.http://25images.over-blog.com/article-habemus-papam-de-nanni-moretti-ou-le-vatican-fantome-88472723.html

Posté par EEGUAB à 11:50 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , ,

29 juillet 2011

D'excellents morts

cadavres_exquis_1 

    Le Sicilien Leonardo Sciascia a vu la plupart de  ses romans adaptés au cinéma.Certains ne sont d'ailleurs jamais sortis en France.Citons A chacun son dû (Ne pas oublier Palerme )Todo Modo,La mafia fait la loi.Les metteurs en scène en étaient Elio Petri,Damiano Damiani ou Francesco Rosi précisément pour Cadavres exquis,1975,d'après Le contexte.Rosi a fait l'objet d'une rétrospective à la Cinémathèque qui vient de se terminer.L'entretien avec Francesco Rosi,88 ans,est d'ailleurs visible pour un moment sans doute sur le site de la Cinémathèque. Monsieur Rosi y tient des propos passionnants et courageux.Bien sûr ce cinéma peut apparaître comme lointain.Mais outre que je n'accepte guère les notions de films ayant vieilli,c'est seulement le temps qui a passé et c'est tout à fait différent,les constats sociologiques, économiques ou politiques demeurent percutants.Les rapports très compliqués entre le pouvoir et la justice ne sont l'apanage ni des années 70,ni de l'Italie.

          Plusieurs très hauts magistrats sont assassinés.Théorie du complot, intimidations de la Pieuvre, simples délires d'un déséquilibré,l'inspecteur Rogas,Lino Ventura juste et seul,donne un supplément de vérité là où l'on attendait évidemment Gian Maria Volonte.Il bute sur des murs alors que tombent les cadavres,Charles Vanel dont le meurtre est particulièrement saisissant de mise en scène, Alain Cuny, Max von Sydow. Ecoutes,filatures,téléphones inquiétants.Nous sommes certes dans le classique de thriller politique.Mais des trouvailles nous titillent,humanisant ces messieurs plutôt glaciaux.Le vieux procureur Varga se délecte devant les momies du musée, parcheminé qu'il est lui-même.Le juge Rasto se lave les mains à tout propos avant de finir au lavabo.Ces notables étaient-ils aussi corrompus,jusqu'au ministre de la Justice?Rosi ne cherche jamais à convaincre et son cinéma n'a rien de simpliste?C'est sa grande force.

cadavres2

    Et si son flic honnête,Lino Ventura retenu et sans grandes tirades démagogiques,dont on ignore tout de la vie privée,ce qui aussi muscle le film comme une métaphore,est condamné dès le début,on se passionne pour cette allégorie de l'impossible clarté du couple infernal entre le politique et le judiciaire,ce Janus aux deux visages qui est un peu en chacun de nous.Et qui surtout ne concerne pas que l'Italie bien que le cinéma de ce pays se soit depuis longtemps intéressé au sujet.Le Néoréalisme étant passé par là.

Posté par EEGUAB à 13:41 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

22 janvier 2011

Moretti:le dévoilement

    

           La décennie 1990-2000 a vu Nanni Moretti ne réaliser que deux longs métrages,en fait un dyptique Journal intime et Aprile.Rarement cinéma n'aura été aussi narcissique et universel cependant.Depuis Palombella rossa Moretti est devenu producteur,la Sacher Film,du nom de sa célèbre pâtisserie préférée.Les autres jeunes cinéastes, Mazzacurati, Luchetti, Calopresti, peuvent compter sur lui.Un peu moins la France qui distribuera tout ça chichement.1993, le film "manuscrit" Caro diario est en fait composé de trois parties de 30 minutes dans lesquelles Moretti s'implique corps et âme,même si ses films-rôles antérieurs,du Michele de Bianca au Don Giulio de La messe est finie n'ont en fait été qu'une très longue introspection, toujours en cours depuis 35 ans.En vespa est une superbe virée en scooter dans une Rome quasi déserte ou Moretti donne libre cours à son amour pour la ville,peut-être un clin d'oeil à Fellini et à la cinéphilie,ce gravissime virus qui nous vaut un hilarant règlement de comptes avec un critique et une balade sur les plages où vécut et mourut Pasolini.

     Dans Les îles Moretti retrouve un ami dans l'archipel des Eoliennes.Il trouve dans l'insularité et dans l'éloignement motif à se colleter à ses thèmes de prédilection,le rôle aliénant de la télé,l'éducation des enfants,le portrait d'une génération alors quadragénaire.Comme toujours chez lui une certaine gravité souriante irradie le film.C'est qu'il n'a jamais été dupe de la relative réussite de son cinéma,ni de l'engagement,ni de sa propre position,une sorte de leader en Italie,qu'il n'a surtout acquis que dans les années 2000.Journal intime est un hymne à l'écrit au moins autant qu'au cinéma.le générique silencieux et écrit,les têtes de chapitre,les ordonnances.Moretti a écrit tous ses films,souvent seul.Et comme l'écrit Alexandre Tylski,de la revue Cadrage,on peut considérer Journal intime comme un générique entier,rejoignant l'étymologie avec une sorte de genèse retrouvée au contact des volcans,en une Méditerranée où naviguerait toujours Ulysse,d'îles en îles justement.

  Ce chapitre sur les îles Salina,Stromboli,ramène aussi aux ancêtres,Rossellini bien sûr,mais aussi de façon très drôle et à travers les tyrannies téléphoniques des enfants à un certain manque de communication,celui d'Antonioni dont le film le plus célèbre, L'Avventura,se déroule lui aussi dans une île.

   La troisième partie de Journal intime est évidemment encore plus personnelle.Woody Allen à qui Moretti fut souvent comparé pointe un peu ses lunettes mais l'hypocondrie allénienne légendaire est battue en brèche par la réalité morettienne puisque Nanni a vraiment vécu les affres du cancer et les rebonds de spécialiste en spécialiste,ici nommés le premier dermatologue,le deuxième dermatologue,le troisième dermatologue,le prince (?) des dermatologues,le remplaçant du prince des dermatologues.C'est en se penchant sur lui-même,de façon épidermique,c'est le cas de le dire,que Moretti touche à son pays,intégralement,le radiographiant tout comme son propre corps dans le scanner.C'est bouleversant,caustique et hilarant.Peu,très peu de cinéastes en disent autant.

    Aprile en un sens va plus loin encore puisque Moretti endosse ici son engagement politique au même titre que son travail de cinéaste et finit par les mêler à sa propre existence et notamment à la naissance de son fils Pietro.Tant et si bien qu'on ne sait plus ce qui incombe à la fiction et au document et c'est en cela qu'Aprile est une grande réussite. Commencé avec la défaite de la gauche en 1994 et la première victoire de Berlusconi,devant la télé,avec sa mère,la vraie, le film embraie ensuite avec l'arrogance d'un journaliste français et cette impression de mouvement,cette impression de mise en marche,ce sentiment d'éveil qui constellent Aprile au long d'une balade à l'italienne sur ces deux ou trois ans de vie politique et privée.

               La désormais célèbre scène où Moretti jouant Moretti récite une surréaliste liste de publications qu'il achète afin d'en faire un mur,non,une couverture voire un linceul,se déguste toujours avec délectation.Cette démarche citoyenne,mais je déteste ce que l'on  a fait de ce mot,se mélange avec les interrogations sur le prénom de son enfant,partagées avec sa compagne,et entrecoupées d'appels téléphoniques souvent en lien avec le cinéma.Père et fils dans le miroir,ceci après le départ de Silvio et les cris de victoire de Nanni,pour la naissance de Pietro plus peut-être que pour le succès de la gauche,nous emmènent vers la fin du film,en vespa,cela va de soi.

            La conclusion d'Aprile,un brin traumatisante,joue du temps qui passe,qui a passé.Il est vraiment plus que temps de réaliser cette comédie musicale toujours remise au lendemain,sur la vie d'un pâtissier trotskiste incarné par Silvio (Orlando évidemment,pas l'autre).

Posté par EEGUAB à 20:43 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

16 décembre 2010

Grand autel

   

   Deuxième volet de ce que je considère comme un admirable dyptique (après Bianca) La messe est finie date de 1985.Don Giulio,jeune prêtre plutôt traditionnel,pas traditionnaliste pour autant,quitte sa paroisse du Sud pour une modeste banlieue romaine,bien éloignée du Vatican.Giulio a bien des traits communs avec Michele l'étudiant de Je suis un autarcique et Ecce bombo,le cinéaste de Sogni d'oro et surtout le professeur assassin de Bianca.Dostoievskien comme c'est pas permis Don Giulio,épris de pureté,est le frère du Michele de Bianca,presque un jumeau.Si Michele avait l'obsession d'une pureté,la rigueur idéologique (se rappeler notamment la première scène de Bianca où il met le feu pour désinfecter  la salle de bains) Giulio,lui,c'est institutionnellement qu'il est amené à s'occuper des problèmes d'autrui.Ce devoir de s'immiscer,le jeune prêtre s'y applique, avec toute sa rigidité,ses bases de moralité et d'absolu.Mais le chemin de Don Giulio n'est pas si éloigné de celui de Nazarin de Luis Bunuel,quoique sur un ton tout de même infiniment plus familier.Mais au contact,rude,de sa famille,de  ses fidèles,de ses amis de jeunesse qu'il a retrouvées à Rome,Giulio sera conduit,subrepticement grace à l'épatant scénario de Moretti et Sandro Petraglia,à accepter au moins partiellement les autres dans leur réalité.

   Quelle est-elle,cette réalité?Ses vieux amis de jeunesse ,l'un ayant flirté avec le terrorisme des années de plomb,un autre reclus et désocialisé,un troisième illuminé ne lui sont d'aucun secours.Son prédecesseur en cette pauvre paroisse,défroqué se pâme d'admiration devant son gamin.Sa famille se fêle avant de se fracturer, séparation,suicide,avortement.Tout cela est bien lourd pour le jeune prêtre en quête d'une éthique et d'une perfection qu'il va devoir apprendre à amender.Et l'enseignement de Don Giulio,cette utopie comportementale,sera bousculé par le récit qui s'charnera à détruire ses certitudes.

     On retrouve la chanson,la danse,le ballon,ces madeleines délicieuses qui ponctuent le cinéma de Nanni Moretti.Et l'on comprend que si Moretti n'est ni Michele Apicella,ni Don Giulio,il est un peu tous les autres personnages,chacun suivant son chemin malaisé,mécompris des autres et bien peu en paix avec lui-même.Non exempt d'une certaine brutalité,comme la vie,voir l'ahurissante "noyade" de Giulio,La messe est finie se termine avec le départ de Don Giulio por un pays où le vent rend fou,mais surtout avec ce sourire inoubliable du jeune prêtre dont l'impuissance va de pair avec l'espoir de l'aube malgré tout,et et avec la dernière danse dans l'église sur l'air de Ritornerai.Bouleversant oeuvre d'un cinéaste encore très jeune La messe est finie me touche comme il ya 25 ans.

http://www.youtube.com/watch?v=WUBZb0ynkqY  Andate in pace con Ritornerai

Posté par EEGUAB à 20:15 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,