31 juillet 2008

Une bonne notte

        Aorès La nuit une légère déception car je préfère les deux autres volets de cette fameuse trilogie de l'incommunicabilité antonionienne.Je ne suis plus très sûr d'avoir d'ailleurs vu le film en entier avant ce jour.J'avais surtout souvenance de la soirée mondaine et de ces personnages en noir et blanc,vaguement erratiques,souvent filmés en plongée comme en un ballet drôlatique et d'une totale vacuité.La nuit reste un film remarquable et il arrive même que l'émotion affleure,notamment la scène de de l'hôpital et de l'ami si malade du couple Mastroianni-Moreau.Pourtant il me paraît que La nuit se présente davantage comme une suite de vignettes existentialistes un peu artificiellement enchaînées en 24 heures d'un récitatif minimaliste:l'hôpital,le cocktail à la maison d'édition,la soirée,la rencontre avec Monica Vitti,jeune fille de la maison et peut-être symbole d'une liberté tonique que Giovanni(Mastroianni), écrivain,comme par hasard dans le monde hyperintellectualisé du cinéaste Antonioni de ces années soixante,a perdue depuis longtemps.

   La balade nocturne de Jeanne Moreau dans Milan ne me convainc pas vraiment.Je lui préfère l'île close ou presque de L'Avventura et pourtant La nuit est souvent préférée de peu à ce dernier et à L'éclipse.Je crois que c'est dû à Marcello Mastroianni,tout en retenue,si loin du matin lover,intellectuel encore jeune et fatigué,un des plus grands acteurs du siècle.Calme et mortifié il sait donner à ce ce cinéma de Milan,ennemi intime du cinéma de Rome,si charnel, l'étincelle de génie qui fait de La nuit un très grand film,malgré mes préférences.Je sais que l'on a le droit de penser qu'Antonioni se regarde filmer. Mais,imperturbablement, j'aime tant ce narcissisme que je comprends mal l'enfermement dans lequel on réduit souvent le grand Ferrarais.On peut retrouver dans Cinéma d'Italie plusieurs autres notes sur Antonioni,ce grand monsieur qui m'a fait aimer,beaucoup,bourgeois et blasés qui ont bien le droit d'être malheureux.

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24 juillet 2008

Risi le montreur de monstres

     En 71 quand Dino Risi,récemment décédé,signe Au nom du peuple italien,la comédie italienne, justement,  a cessé de plaire vraiment. Ainsi vont modes et courants au cinéma comme ailleurs. On y trouve bien encore le duo de comédiens,Gassman histrion et Tognazzi sur la réserve mais ce sont un peu les derniers feux de ce genre typiquement italien.Quelquefois cela a pu être le contraire dans les castings, les cinq magnifiques comédiens transalpins s'étant combinés de de toutes les façons.Le sujet en est la corruption dans l'immobilier,les louches acquaintances,les dérives populistes.Ce thème est proche du cinéma de Francesco Rosi mais il est bien dans la manière de Dino Risi.Car avec le personnage d'entrepreneur joué par Gassman on tient vraiment un de ces monstres de la comédie italienne. Hableur, baratineur, corrompu, peut-être meurtrier,et pourtant comme tous ces héros de Risi,Germi,Monicelli et consorts on ne peut s'empêcher de l'aimer et de le trouver sympathique.En contrepartie le procureur, parangon de vertu interprété par Tognazzi nous ennuie un peu avec sa mobylette et son honnêteté.C'est ainsi que vont les choses:il arrive que de braves types nous cassent les pieds et certains escrocs sont parfois bien séduisants.

      Dino Risi n'a jamais eu la main trop légère et tout son cinéma s'en ressent.Pourtant le déferlement des tifosi dans Rome à la fin du film,après le match Italie-Angleterre,n'est rien moins que prémonitoire.On a beau dire on ne dira jamais assez de mal des supporters.Scène hilarante aussi que la première convocation de Gassman dans les bureaux minables et surchargés de Tognazzi(misère de la Justice dont le Palais s'effrite) quand le premier apparaît en costume de centurion.Clin d'oeil à la Rome décadente?J'ai dit mille fois la grandeur du cinéma italien.Tiens ça fait mille et une fois.

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15 juillet 2008

Le souffle un peu court

              Il faut bien l'admettre, oui,le souffle des deux frères s'est singulièrement affadi depuis bien des années. Et ce Kaos II(Tu ridi) n'enthousiasme guère comparé au premier opus,une perle de pirandellisme cinématographique où le génie du grand dramaturge s'amalgamait si bien de la mise en scène si profonde des Taviani.Deux nouvelles donc de Pirandello:Tu ris et Deux enlèvements que les Taviani réalisent correctement mais sans la flamme de Kaos,contes siciliens.Dans le premier un ancien baryton devenu comptable au Teatro dell'Opera mène une vie besogneuse. Mais la nuit...il rit,rêves enfuis,souvenirs de gloire,le jour il ne sait plus ce qu'a été sa nuit.Sur cette trame étroite on suit la calme dérive vers une folie plutôt douce,voire un comportement suicidaire.J'ai quand même peiné à ressentir l'émotion qui par contre m'étreint chaque fois que je revois les meilleurs films des frères Taviani.Je les ai vus plusieurs fois pour les plus grands et leur richesse m'enthousiasme encore.

     Ca s'arrange un peu avec  le deuxième conte.Un jeune garçon est enlevé en Sicile là même où un siècle avant une autre séquestration a eu lieu.Alternant passé et présent l'inspiration revient en partie surtout dans l'exploration visuelle de la Sicile du siècle dernier.(par siècle dernier chez moi entendre le XIXe).Une part de mystère demeure et c'est bien ainsi dans ce rapt crapuleux qui semble très différent de l'enlèvement plus récent.Pourtant le monde de Pirandello et des Taviani recèle en fait une grande violence et on peut voir dans ces deux tragédies l'analyse de la déshumanisation de cette société sicilienne où perce encore l'archaïsme.Kaos II,film somme toute assez cérébral et distant souffre de cette pâleur mais mérite qu'on s'y attache,plus personne en effet ne semblant s'intéresser à ces cinéastes.

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22 juin 2008

Crocodile dandy

Le Caïman

             Très intéressé par les films de Nanni Moretti je n'avais pas vu  Le caïman à sa sortie il y a deux ans,craignant que Moretti n'aie donné dans le pamphlet un peu démago contre un super démago.Je considère que Le caïman,loin d'être sans intérêt,est pourtant infiniment moins personnel que la plupart des films du cinéaste.Et surtout ce film,à force d'osciller entre la charge anti Berlusconi et la crise du couple chez Bruno Bonomo,finit par se prendre les pieds dans le tapis.Si l'on comprend bien les difficultés du cinéaste de fiction(très bon Silvio Orlando) à relancer sa carrière on s'intéresse assez peu à son divorce qui nous vaut des scènes avec ses enfants assez convenues.Dans la mise en abyme(?) du film dans le film,ou de la difficulté à faire un film où un metteur en scène aurait bien du mal à faire un film critique sur l'homme au pouvoir,il s'avère que j'ai fini par me perdre un peu.Reste toujours avec Moretti un amour du cinéma et d'excellents morceaux choisis comme le débat dans la salle de cinéma ou la dérobade de l'acteur joué par Michele Placido avec cette inénarrable 'italian attitude" qui consiste à se retirer du projet "dans l'intérêt même du projet.

  Demeure la question Berlusconi,infiniment difficile à résoudre,tant le personnage charrie son mélange reptilien d'écoeurement et de fascination.Car rien n'est si simple en Italie et même Il Cavaliere peut nous surprendre.De cela Nanni Moretti,qui reste un modéré comme je les aime,parle très bien.Et curieusement,là je crois que vous serez d'accord avec moi,la fin de son film tourne presque à la tragédie bouffonne, rappelant volontairement les grands films politiques des Rosi,Petri et consorts.C'est particulièrement vrai lors de la sortie du tribunal où les défenseurs de Berlusconi finiraient par attirer la sympathie.Comme quoi le manichéisme n'est pas vraiment le défaut de Nanni Moretti.C'est aussi toute la force du cinéma italien même si chez Moretti je préfère la veine encore plus autobiographique, c'est à dire à peu près toute son oeuvre, pas encore très bien distribuée en DVD à propos.

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12 juin 2008

Frères d'armes,ou l'intelligence du cinéma italien,une fois de plus

     La Révolution a bon dos.Mise à toutes les sauces car c'est si facile de se donner bonne conscience.Le cinéma italien, lui,a su de tout temps,au prix de quelques exceptions, conjuguer la petite et la grande Histoire,le regard ambivalent, théoricien parfois, humain toujours sur ce pays.Fulvio,1816,est libéré,mais uniquement parce que le pouvoir en place espère remonter ainsi jusqu'aux conjurés,les Frères Sublimes,dans cette Italie de la Restauration. Mastroianni est impressionnant de fragilité,aristocratique par sa famille et rebelle par ses idées,dans le rôle très riche et infiniment nuancé de Fulvio.La Révolution a souvent permis aux hommes de s'autocélébrer bien en deça d'un minimum d'analyse,notamment au cinéma.Mais le cinéma italien a été capable de nous offrir le regard d'aigle d'une critique élaborée et le miel des émotions,mêlant morale et sentiment en un amalgame parfois de toute beauté.

       Fulvio,héros émouvant d'Allonsanfan,résume toute l'ambigüité de l'engagement dans la vie d'un homme. Héros certes,mais tout de faiblesse et de désarroi,il se dirigera vers la trahison peu à peu, presque à son insu,désorienté qu'il est par les années passées,la mort de sa maîtresse et l'éloignement de son fils.Et viennent alors les questions essentielles sur la fidélité à soi même et l'impossibilité d'échapper au reniement, au moins partiel.Il nous faut alors revenir aux frères Taviani,ces hommes de conviction,qui jamais n'abandonnèrent leur intégrité,malgré l'insuccès relatif de leurs oeuvres.Car les Taviani,honorés en Italie, n'ont jamais eu l'aura populaire qu'ils auraient méritée.Taxés de cérébralité Paolo et Vittorio, particulièrement peu  médiatiques de plus, resteront dans la catégorie marginale des grands dont on va finalement peu voir les films.Les années passant ils auront de plus en plus de mal à boucler leurs projets,signant alors des films moins intéressants à mon sens.Le cinéma des Taviani m'a toujours semblé proche des grands écrivains russes,eux qui ont su admirablement conjuguer fresques et doutes,innocences et culpabilités,trahison et sacrifice.N'ont-ils pas adapté Tolstoï?De ce cinéma,parfois littéraire,il est difficile de sortir tout à fait indemne tant ce pari sur l'intelligence  du public est exigeant.Car ici pas l'ombre de cette hideuse démagogie,gangrène de tant de films,

       Allonsanfan est un film révolutionnaire,chose rarissime.En ce sens que la véritable révolution peut se lire dans l'acceptation de l'inéluctabilité d'un renoncement pour un personnage tragique et dostoievskien. Formulé de façon un peu choquante:et si c'était à peu près normal de devenir une vieille baderne.S'il n'était de révolutionnaire que jeune et mort...Si Fulvio c'était vous ou moi. Plutôt moi actuellement,question d'âge qui peut s'arranger avec le temps.Si la grandeur était dans l'ultime rédemption avec le geste inutile de Fulvio qui après sa dénonciation rencontre le seul survivant des révoltés,prénommé justement Allonsanfan, fils d'un fondateur du mouvement.Si revêtir la veste rouge équivalait à endosser une tunique sacrificielle qui rejoindrait ainsi Dostoievski mais aussi le cinéma japonais.

    Nous sommes au cinéma et toutes ces considérations ne nous font pas oublier le traitement très beau de la couleur pour ce film en rouge et blanc.La chorégraphie et la musique d'Ennio Morricone nous conduisent aux confins de l'opéra,cet art si italien de la mort violente et du rideau qui se relève afin que les morts saluent.Un peu comme dans la farandole de la fin(vidéo).Et puisque définitivement on est sous influence n'oublions pas Vanina Vanini de Rossellini et Stendahl et Senso de Visconti,Boito(et Verdi).Mais Allonsanfan,ce jeune homme en colère est un grand garçon qui se débrouille très bien tout seul.Pour finir sur une note d'humour dans cette chronique qui en manque:pas facile d'assassiner l'autre quand on est dans la meme barque.Ni dans Allonsanfan,ni dans Monsieur Verdoux,ni dans L'aurore,ni dans Une place au soleil.

http://www.youtube.com/watch?v=7rlvyVrjFVA   Allonsanfan,la fin

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07 juin 2008

Good bye,Ciao

    Un salut aux nonagénaires Mel Ferrer,immortel Prince André du Guerre et paix de King Vidor et Dino Risi,"père spirituel" de tant de monstres de la comédie italienne dont Le Fanfaron par exemple.

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12 avril 2008

Sicile de sang

        On a oublié que la Sicile a tenté une sécession juste après-guerre.De cette terre bénie pour le cinéma qui vit Le Guépard, Kaos,contes siciliens,Le Parrain, Stromboli ou La terre tremble, excusez du peu,Francesco Rosi a exhumé l'histoire controversée de Salvatore Giuliano.Controversée et compliquée.Je la connaissais très mal avant d'avoir vu le film.Je ne la connais guère mieux,Francesco Rosi n'apportant aucune vérité indiscutable.Il s"en explique fort bien et en français dans un assez long entretien en supplément du DVD.Tourné en noir et blanc juste avant Main basse sur la ville Salvatore Giuliano (1961) est tout aussi austère.De plus Rosi n' a pas misé sur une chronologie linéaire. C'est néanmoins un film bien intéressant par le regard sur cette Sicile,île d'extrême et d'extrémités,de haute civilisation et de bien basses besognes.On pourra aussi revoir le film de Cimino Le Sicilien(1987),qui lorgne plus vers la superproduction sans être dénué de qualités pour autant qu'il m'en souvienne.

          Ce que l'on retient de Salvatore Giuliano c'est le cri des femmes en noir,ces mères italiennes, non, siciliennes.C'est la montagne palermitaine et ses chèvres faméliques gardées par des bergers illettrés dont l'un deviendra colonel ou général,peu importe dans ce pays où sévit l'amalgame brûlant de paysans,de mafieux,de soldats ou de carabiniers,tous contre tous et chacun pour soi. Giuliano,probablement plus utilisé que stratège,est mort à 28 ans.Complices d'hier, traîtres d'aujourd'hui, repentis de demain,les hommes ne sont que de passage en cette glèbe ensoleillée et épuisante,où démêler le vrai du faux s'avère insoluble,et presque sans intérêt.Il semble que la Sicile,que ce soit celle du Prince Salinas, des pêcheurs du Néoréalisme, des mafiosi,même s'ils vivent là-bas à Little Italy,ou des pauvres diables des contes de Pirandello,ne soit née de la mer que pour faire du cinéma, douloureux,le meilleur.

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20 mars 2008

Tranche napolitaine

    Tranche de travaux bien sûr dans la Naples du début des années soixante.Lion d'Or à Venise en 1963 Main basse sur la ville est le film qui a révélé Francesco Rosi,spécialiste du pamphlet politique courageux que l'on s'évertue bien sûr à trouver obsolète.

      Film tourné sans grande vedette,l'américain Rod Steiger alors peu connu,Main basse sur la ville n'est qu'un constat,qui a la sécheresse d'un procès-verbal et le lyrisme d'un permis de construire.Cette oeuvre dont l'essentiel se passe en palabres et négociations ardus et un brin austères touche en fait à cette gangrène si marquée dans la Campanie des années soixante où la ville étend ses tentacules sans trop se soucier des gens qu'elle écrase moralement voire physiquement.Et cette ville c'est Naples,presque entière dans son affairisme et sa corruption,grands vainqueurs finalement de cette lutte à armes inégales.Un mot du Néoréalisme,mon péché mignon de toujours.Des films comme Le voleur de bicyclette ou,plus tard,Le toit(si méconnu) de De Sica,avaient ouvert la brèche d'un cinéma du courage et de la conscience, probablement décuplé par la digestion douloureuse des années noires.Mais en 1963 le NR est éteint depuis assez longtemps.Rosi saura prendre en quelque sorte une certaine relève avec entre autres Elio Petri et Gian Maria Volonte.Voir note du 04 novembre 2007.

    Mani sulla citta est un grand film auquel il manque peut-être un minimum de démagogie.Je m'explique,moi qui déteste la démagogie si présente partout,y compris sur le blog de La Comtesse à doses que j'espères infintésimales.Mais absolument personne n'y échappe totalement,souvent avec les meilleures intentions.Bref si Rosi et ses scénaristes avaient nanti Main basse sur la ville d'un peu plus de chair et de coeur ce film serait devenu pour l'Italie non seulement un beau film intelligent et fier,mais aussi une oeuvre populaire au sens le plus noble.Evidemment les coupeurs de cheveux en quatre,dont je fais parfois partie,lui auraient sûrement reproché.Jamais content celui-là.Après ce bel exercice non exempt de tartufferie je ne peux que vous engager à voir ce film et les autres de Rosi,quand le cinéma italien saura enfin de doter d'une véritable politique du DVD.Je pense à Lucky Luciano,Le Christ s'est arrêté à Eboli qui a ma préférence, Cadavres exquis,Trois frères,etc...

http://www.youtube.com/watch?v=79vVDpYn36I  (extrait)

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09 mars 2008

Un été 43

    C'est peut-être bientôt la fin de la guerre.Elle a dix ans de plus que lui...Non ce n'est pas Un été 42 mais un été 43.De Valerio Zurlini,peu prolifique mais si sensible cinéaste(voir Le douloureux cinéma de Zurlini ) voici Eté violent(1959).Le fascisme va s'effondrer.Sur les plages de Rimini une jeunesse dorée essaie de s'en moquer.Roberta,jeune veuve depuis peu,et mère d'une fille de quatre ans,rencontre Carlo,fils d'un dignitaire du régime,mais lui-même peu concerné,plutôt velléitaire.Cinéaste d'une immense pudeur Zurlini entraîne ses deux personnages dans un amour difficile,mais très vite sérieux,malgré la mère de Roberta et l'instabilité du pays.

    Au contact,pourtant délicat de Roberta Carlo se dirige vers un début de prise de conscience mais le propos de Zurlini n'est pas politique et ne cherche pas à démêler le juste de l'ignoble.La versatilité des hommes est universelle.C'est ainsi que les scènes de la victoire antifasciste semblent ambigües et loin d'être très dignes.Les immédiats lendemains de guerre sont si propices à d'autres horreurs.La violence de cet été 43 est aussi bien celle d'une Italie exsangue que celle d'un amour sur décombres,si émouvant,si prégnant et manifestement sans issue.Comme Bolognini Zurlini est impérativement à revoir pour les amoureux du cinéma italien que je sais nombreux.Jean-Louis Trintignant dans un de ses tout premiers rôles interprète Carlo avec une nonchalance puis une inquiétude remarquables.

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16 février 2008

Honte à l'italienne

Le bel antonio

     Mauro Bolognini est un cinéaste qu'il faut revoir impérativement pour sa finesse et l'élégance de son propos.Sur le thème délicat, surtout en 1961,de la virilité,qui plus est en Sicile,et avec la complicité à l'écriture de Pasolini il adapte le roman de Vitaliano Brancati,auteur sicilien lui aussi(1907-1954).A Catane le jeune Antonio(Mastroianni prototype du latin lover) épouse Barbara. Bourgeoisie,belles demeures,aisance financière et un avenir radieux.Mais la fêlure s'insinue et les parents s'inquiètent puis se heurtent.Et surtout l'honneur est en jeu.Ha l'honneur!L'honneur en ces années se situe parfois sous la ceinture et Barbara(Cardinale très jeune) ne sera qu'un pion dans le jeu du patriarcat et de la résignation des femmes,filles ou mères.

  Ce film ne prête ni aux plaisanteries grasses ni au marivaudage et Mastroianni campe avec conviction et douleur ce prétendu Don Juan dont on mesure peu à peu la solitude et la culpabilité.Film d'une grande pudeur,Le bel Antonio reprend le meilleur de Pasolini qui n'aura pas toujours cette réserve que Mauro Bolognini,doux ciseleur du cinéma italien,saura,lui,garder jusqu'à sa mort.Probable que cette discrétion lui a valu en partie le purgatoire.Dans l'infinie richesse du cinéma transalpin j'aime à attirer l'attention sur les réservistes (Zurlini,De Santis ont déjà fait l'objet de chroniques).Autres très beaux films de Bolognini:Les garçons,Metello,L'héritage,Ce merveilleux automne.Le titre de ce billet est un clin d'oeil à la vogue "à l'italienne" des films des années 55-60.En effet eûmes droit à Caprice, Scandale, Divorce, Mariage, Meurtre, tout ça à l'italienne.

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