BLOGART(LA COMTESSE)

Livres et films,musique et la vie...

26 avril 2008

Entre chien et loup,à l'heure ambigüe

      Les films de Georges Franju,déjà peu nombreux,sont rarement diffusés.Certaines pantalonnades que je ne citerai pas,le sont davantage.Je viens de voir Judex (63) pour la première fois avec beaucoup de plaisir.Dans la veine,bien modeste du fantastique à la française,je considère ce film comme une grande réussite,hommage au grand Louis Feuillade et à nos merveilleux feuilletonnistes d'antan.Ambiance début de siècle,enfin le vingtième,parfaitement maîtrisée par Franju,cet éternel amoureux des images,de la fantaisie à condition qu'elle soit inquiétante,et un noir et blanc comme intemporel même si Cocteau peut-être...

     Cape soignée et déguisements fréquents,le justicier sort de la nuit.Ce n'est pas Zorro mais Judex,créé par Arthur Bernède et Louis Feuillade et que ce dernier avait lui-même mis en scène en 12 épisodes vers 1918.Joué par un comédien inconnu,Channing Pollock,Judex n'apparaît que relativement peu,les personnages plus importants étant les deux femmes,la victime,Edith Scob,et sa persécutrice,Francine Bergé.Mais à la lisière du criminel et du fantastique,nanti d'allégoriques oiseaux et d'une superbe musique de Maurice Jarre,doté de l'humour du détective Cocantin par exemple, traversé de verticales obscures qui approchent l'univers des contes cruels de l'époque romantique,Judex est un poème d'amour qui préfigure le surréalisme et donne aux toits de banlieue et aux bord de Marne,aux routes de campagne que sillonnent de rares voitures ce cachet merveilleux,amalgame de nos histoires à faire peur aux enfants et de nos enquêtes policières toute en élégance lupinesco-rouletabillienne.

Posté par EEGUAB à 17:47 - Cinéma de France - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 avril 2008

Est-ce bien,Clair?

        Alors que Renoir,Carné,Duvivier font toujours la une des blogs cinéphiles René Clair semble traverser son purgatoire.Regardons de plus près deux de ses classiques du début des années trente.

     Datant du tout début des années trente ces deux films appartiennent à la veine presque musicale et gentiment anar de René Clair.Mais l'anarchie chez Clair est tout en poésie,en ritournelles et en rues que semble baigne un bleu de ciel.Tout s'arrrange dans ce petit monde sympa où même les hommes politiques finissent par devenir des sous-préfets aux champs.Seulement y a le temps,le vilain temps qui passe et...si Monsieur Clair et ses créatures étaient devenus surannés, délicieusement mais surannés quand même...Ma réponse sera normande car la façon dont sont introduites les chansons dans Sous les toits de Paris est apparue à mes yeux comme antique et totalement kitsch, appartenant au cinéma sonore plus que parlant.Le cinéma sonorisé,besogneusement la plupart du temps,me semble rétrospectivement avoir conjugué les mimiques excessives du muet et le style revue de music-hall franchouillard un brin passéiste.J'ai pourtant conscience de l'inanité de ces critiques tellemnt tardives qu'elles paraissent relever de références antédiluviennes.Mais,je le confesse,j'ai eu du mal à m'intéresser aux querelles du chanteur des rues(Albert Préjean,à lui seul un monument de gouaille) et de son ami.Les décors sont jolis,exhumant ce Paris d'avant et ce "bon petit peuple".René Clair est déjà bien loin des expériences surréalistes de Paris qui dort ou Entr'acte.

     A nous la liberté,par contre,que Chaplin cita comme référence et c'est bien le moins qu'il pouvait faire tant la dénonciation du machinisme du film de René Clair préfigure Les temps modernes, demeure un film délicieux tenant à la fois des Pieds Nickelés et du Front Populaire,comme le dit justement l'ami Fantasio, même si ce Front Populaire ne devait voir le jour que cinq ans plus tard.Mais ce printemps vu par René Clair n'a pas le pessimisme de Duvivier ni le militantisme un peu lourd de Renoir.Il est vrai qu'en 1931 les différentes menaces n'étaient pas encore si prononcées.A nous la liberté c'est l'ode à l'amitié,à la fratenité sans véritables slogans et c'est tellement mieux,et pour moi finalement plus fort.Henri Marchand et Raymond Cordy ne sont jamais devenues des vedettes mais comme on a envie de les accompagner au long de la route buissonnière,après avoir échappé à la prison et à une autre prison,la fortune.Et puis aussi bien Sous les toits de Paris que A nous la liberté ne nous offrent-ils pas de merveilleuses affiches?

Posté par EEGUAB à 17:31 - Cinéma de France - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 février 2008

Cinémathèque m'était contée

      Journée Cinémathèque.Il faut que je rentabilise mon libre-pass et c'est loin d'être fait vu le boulot.Trois commentaires donc pour la Belle Dame de Bercy,dont j'ai déjà dit ici même la relative froideur et les dédales d'étages et de demi-étages car je ne comprendrai jamais qu'il y ait un troisième haut et un troisième bas par exemple.Tatio-kafkaïen.

                Ce que j'aime c'est qu'ici pas d'exclusive.Les pires banalités voisinent avec les chefs-d'oeuvre incontestés et les productions underground parfois géniales et parfois parfaitement croquignolesques. J'aime aussi l'idée de voir une rareté dans une vraie salle avec des spectateurs pas forcément hypercinéphiles à mon avis,mais intéressés par tout un pan de cinéma inaccessible.Je pense surtout aux vieux parisiens qui ont ainsi l'occasion de voir tous les jours des films de leur jeunesse,aux acteurs bien oubliés mais qui pour eux demeurent bien réels.C'est un peu le cas de L'homme du Niger(1939),crachotant le dilemne d'un officier français au Soudan français,administrateur ayant le projet d'irriguer des eaux du Niger l'aridité africaine. Tourné avec le concours du Ministère des Colonies et de l'Administration de l'Afrique Occidentale Française(stupeur des jeunes lecteurs,si,si,cela a existé même si je n'ai pas connu, n'exagérons rien),L'homme du Niger est un témoignage de ce cinéma paternaliste et bien-pensant de l'époque qu'il nous est utra-facile de stigmatiser.Nobles intentions,un Victor Francen très officier supérieur,très Vieille France justement,Harry Baur à cheval(une curiosité pour ce film bien statique) que l'on peut logiquement préférer en Jean Valjean plutôt qu'en médecin colonial,ou en juge Porphyre face à Raskolnikov.Et partout l'honneur, Messieurs, l'honneur de servir et de se sacrifier.Histoire du cinéma,l'Histoire au cinéma, c'est bien l'un des rôles de cette belle maison qui présente en ce moment Africamania,panorama du cinéma africain bien contemporain celui-là et fait par les Africains,souvent aidé par la France.

     Sacha Guitry a fait un retour en force cette année.Dépassé maintenant,il était temps,le stérile débat sur le théâtre filmé.Dépassées aussi je l'espère les quelques semaines de l'épuration.Cette très belle exposition, close maintenant,présente les innombrables facettes de Guitry.Ses pièces,ses films,ses dessins,ses amis, ses oeuvres d'art,ses épouses qu'il expose un peu aussi d'ailleurs. Guitry,toujours en représentation,dont les amitiés auront été de Clémenceau à Pétain en passant par Blum,c'est une plume acérée et un hommage aux vieilles gloires avec des extraits de Ceux de chez nous,bien sûr,dont le titre vieille France ne doit pas bercer une nostalgie un peu rance mais au contraire donner à voir le génie français quand il a nom Renoir, Rodin, France ou Saint-Saens.

(Portrait d'Alphonse Allais)

   Brillamment orchestrée en plusieurs thématiques l'expo visite successivement l'influence du père Lucien Guitry,la comédie,les chansons et revues souvent oubliées,la mise en scène de sa propre vie privée et le 18,avenue Elisée-Reclus,hôtel particulier autant que musée des beautés françaises.Et que dire de sa voix,cet instrument irremplaçable et reconnaissable entre toutes,cette voix que l'on a crû pendant un demi-siècle celle de Paris,voire du Tout Paris,et qui s'avère avec la fin du purgatoire celle d'un très grand auteur et cinéaste.

    La Cinémathèque organise comme tout le monde un hommage à Mademoiselle J.M.Moi j'organise modestement un petit déshommage suite à l'overdose.Non que sa carrière ne soit pas importante, Truffaut, Malle, Losey, Antonioni, Bunuel, Angelopoulos, Brook ,Kazan, Welles,Wenders. ne sont pas particulièrement des tacherons.Mais j'ai avec ce qu'est devenue J.M. un problème d'allergie devant le rôle qu'elle joue depuis vingt ans,ou qu'on lui fait jouer d"ailleurs.Cette préciosité à parrainer tout le cinéma français,cet artifice dont elle fait preuve (je me souviens d'une désastreuse Vanessa Paradis chantant Le tourbillon,encensée par Mademoiselle J.M. louant sa beauté et son courage).A ce propos relativisons le courage et la prise de risque des comédiens,balançant à force d'interviews à peu près autant de banalités et de poncifs qu'un entraîneur de football un samedi soir.Il semble qu'intronisée figure tutélaire du cinéma français Mademoiselle J.M. soit bien loin de la fraîcheur d'âme de certains rôles passés.Dame démagogie est encore une fois passée par là et ce n'est pas le super césar d'honneur qui rendra raisonnable ce culte d'un autre âge.

Posté par EEGUAB à 19:45 - Cinéma de France - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 janvier 2008

Le Mépris,qu'en dire?

         Devant faire pour une série de six conférences illustrées d'extraits une communication sur le film de Godard me voilà,comme les artistes sous le chapiteau, perplexe.Le mépris est un tel objet indépendant qui n'obéit qu'à sa propre logique et qui a déjà été tellement analysé.Je vous livre si vous le voulez bien l'essentiel des quelques réflexions que je compte proposer aux étudiants de l'AUJV(Amis de l'Université Jules Verne) qui me font l'amitié d'être fidèles.Sorti en 63 Le mépris est une commande.Il faut cesser de considérer le terme commande comme péjoratif dans le monde  du cinéma.Nombre de grandes réussites ont été au départ des oeuvres de commande.Beaucoup d'argent,relativement,pour Le mépris, capitaux italiens et français,Ponti et Beauregard,et le regard, pesant,des Américains qui voulaient une sorte de "Et Godard recréa Bardot".

   "Le cinéma,disait André Bazin,substitue à notre regard un monde qui s'accorde à nos désirs.Le mépris est l'histoire de ce monde".Cette jolie phrase,un peu absconse comme on les aime,psalmodiée par JLG lui-même lors du générique qui semble avec le temps devenu pour l'oreille comme l'essentiel de Godard,nous fait passer d'un plan du grand opérateur Raoul Coutard filmant un travelling directement au lit de Bardot pour une scène érotique dont,toujours perplexe,je ne sais si elle est superbe ou dérisoire.Et Le mépris oscillera toujours,pas très loin de la vacuité dont Godard ne sera pas exempt au long de sa filmo,pas très loin non plus de la splendeur de cet art de la fugue qu'est le cinéma,surabondamment cité dans Le mépris,livre d'Alberto Moravia et presque trop dans le film.Affiches de nanars italiens, Rossellini,Chaplin et Griffith,Dean Martin dans Comme un torrent.Le comble est évidemment la présence parmi les statues de Capri de celle du Commandeur en personne,Fritz Lang,venu en Italie pour tourner L'Odyssée où s'opposent les points de vue du producteur américain pour lequel JLG n' a pas craint la caricature avec un excellent Jack Palance,et du scénariste français incarné par Piccoli,par ailleurs en mal de couple avec Camille sa femme,Bardot,dont l'histoire dut qu'elle fut toujours mal à l'aise au tournage et dont la même histoire retiendra Le mépris comme son meilleur film.

      Je reste fasciné par Le mépris et Georges Delerue n'y est pas pour rien.Vous pouvez,vous,écouter cette sorte d'adagio,sans avoir envie de vous foutre à l'eau,mais l'eau de Capri tant qu'à faire?Fasciné et irrité parce qu'à force de revoir Le mépris j'en entrevois aussi quelques ficelles dont les discussions vétilleuses sur Ulysse et Pénélope,et plus encore les scènes de querelle du couple,dignes du cinéma français le plus banal qui soit et que Godard croit remettre au goût du jour par cette pseudo-liberté de langage dans la bouche de Camile Bardot.Mais la magie du film est ailleurs.

                      S'il demeure une magie dans Le mépris c'est dans l'utilisation du luxe et de la volupté du lieu de tournage du film dans le film.Sublimes plans à l'intérieur de la Villa Malaparte avec un usage des couleurs,des meubles,de la grande fenêtre sur la mer,leçon de géométrie onirique.Le mépris,qu'éprouve peut-être Camille pour son mari,Paul,Le mépris,sentiment très cinématographique, tant au sens technique,représenté dans les films,qu'au sens social,courant dans le milieu des gens de cinéma avec son lot de réciprocité,Le mépris,avec son lot d'affèteries et de phrases creuses,Le mépris,film quadrilingue et universel,inabouti et parfois vain,est un élément clé de l'histoire du cinéma,qu'on aurait tort de considérer avec la futilité qu'il cherche à nous faire avaler.N'y voir qu'une bagarre de plus entre culture méditerranéenne classique et show-business serait une erreur,historique,elle aussi.

PS.En réponse à D&D,je ne sais pas car je ne l'ai pas revu dans cette édition mais je pense que Les cahiers font un travail sérieux,presque trop.

Posté par EEGUAB à 19:10 - Cinéma de France - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 décembre 2007

Mes hommages,Madame,une fois de plus mes hommages éblouis

            Sans conteste l'un des plus beaux films français de tous les temps.A ce qui doit être ma dixième vision il m'apparaît toujours raffiné,intelligent,cruel et novateur.Les plus jeunes pourraient craindre qu'il s'agisse là d'un bon film de "qualité française" des années cinquante,pas désagréable, gentiment désuet,et au parfum de nostalgie.Je prétends que Madame de ... est un modèle de rouerie et d'émotion,les deux intimement mêlées et très vite marquées du sceau du déclin d'une époque et même d'une marche vers la mort,inéluctable à travers la coquetterie et le mensonge.

          Je n'ai jamais lu non plus la nouvelle de Louise de Vilmorin et n'ai découvert le film qu'assez tard. Admirateur d'Ophuls qui adapta si bien Zweig,Schnitzler ou Maupassant je trouve que la grâce de Madame de... évolue en permanence au long du film.La dramatisation s'insinue à mesure que les boucles d'oreilles voyagent,faisant de l'héroïne une sorte de martyre de la cause des femmes.Brillants,mais alors brillants et incisifs dialogues de Marcel Achard,fabuleux montage en particulier des scènes de bals entre Darrieux et De Sica et ce "Je ne vous aime" pas qui crucifie les amants font définitivement partie du florilège du cinéma français bien qu'Ophuls soit alllemand d'origine mais d'une culture européenne classique et éclairée.Le plus beau duel de cinéma passe pour être le final de Scaramouche entre Mel Ferrer et Stewart Granger.C'est magnifique,probablement le plus beau duel que l'on puisse voir,c'est vrai.Pourtant le cinéma sachant être aussi l'art de suggérer et de "s'imaginer" au sens propre j'irai jusqu'à dire que la plus belle confrontation pour l'honneur au cinéma oppose hors-champ le comte Charles Boyer et le diplomate Vittorio De Sica.Hors- champ certes mais avec tant de présence quand le premier coup de feu n'est suivi que du glacial silence qui emportera Madame de... et son monde d'hier.

Posté par EEGUAB à 20:19 - Cinéma de France - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 décembre 2007

Trilogie Jean Vigo tome 2,ou bonne note à Zéro de conduite

   

    En 1932 Vigo,déjà ou toujours malade réussit à tourner un film dynamite,un film cauchemar,un film étoile filante.Enfin s'il réussit à le tourner il me réussira pas vraiment à le montrer.La censure veillant sur le moral des Français Zéro de conduite ne sera sauf très rares exceptions projeté qu'en ...1945.Entre temps il y aura eu les Ligues,le Front Populaire,la Guerre,Vichy,la Résistance et l'épuration. Replaçons le film à sa sortie en 33 devant une salle de professionnels de la profession comme dirait Godard.Les spectateurs payants, eux,attendront 12 ans.André Gide n'a pas aimé,Georges de la Fouchardière(auteur très en vogue de La chienne) non plus.Ils ont qutté l'Artistic avant la fin du film qui dure...45 minutes. Mais il y a eu quelques applaudissements assez nourris,des frères Prévert notamment.

   Vigo,je ne reviens pas sur sa vie,règle manifestement ses comptes,et ceux de son père.Car il y a partout dans la maigre oeuvre de Jean Vigo la figure paternelle,qu'il lui aurait certainement fallu tuer si la providence ne s'en était chargé.On comprend à revoir ce film la fureur qu'il provoqua.Nous sommes en 32 et Vigo ne propose rien moins que la révolution.Car ce n'est pas une gentille histoire de cancres qui font le mur,sortes de sous-doués années trente.Un des élèves dit merde à deux reprises et chez un adolescent de cinéma de cette époque c'est déjà beaucoup d'autant plus qu'il s'adresse aux professeurs,symboles d'autorité.Le directeur,un nain grotesque incapable d'ccrocher son chapeau et les autres notables sont plusque brocardés,vilipendés lors de la fête finale.Même sexuellement Vigo y va fort,fesses et sexe apparaissent, oh,très furtivement mais... Evolution des mentalités aidant on peut même subodorer un soupçon d'amitiés particulières et une caresse peut-être équivoque,peut-être car il faut se garder d'extrapoler par delà les années.

    La bataille de polochons que Vigo ralentit se transforme en sarabande débridée et le vieux pion Pète-Sec est crucifié à son lit.Inquiétant tout ça et la musique de Jaubert semble ridiculiser les institutions en transformant la fête de l'école en cirque et bacchanales.Et sur le toit,quatre anges du diable,les élèves en révolte semblent nous montrer leur fesses.Ainsi Jean Vigo montra-t-il les siennes.Comme je vous l'ai déjà dit cela ne plut guère.

   Et maintenant.Certes le film est célèbre,enfin surtout le titre du film.Mais détrompez-vous!Zéro de conduite reste peu diffusé hors des cénacles de  ciné-clubs un peu tatillons.Son format de moyen métrage s'est toujours mal inclus dans les programmations.Et puis surtout comme A propos de Nice et mieux que L'Atalante à mon gré,le brûlot n'a rien perdu de la verdeur de ses étincelles.François Truffaut le fidèle,lui au moins,saura s'en souvenir même si mon frère Antoine Doinel n'est pas tout à fait dans le même registre.Il reste de ce zéro pointé le souvenir d'un film peu vu,peu aimé,très important et Vigo ne pouvait aller plus loin.Avoir zéro et puis mourir,ou presque.

Posté par EEGUAB à 16:39 - Cinéma de France - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 novembre 2007

Trilogie Jean Vigo tome 1,ou à propos d'A propos de Nice

      Devant faire une conférence illustrée sur Jean Vigo je me propose de vous en dévoiler les bonnes feuilles comme on dit dans l'édition.Et son premier film,moyen métrage de 23 minutes,A propos de Nice,n'a à mon avis rien perdu de sa verdeur et demeure l'une des oeuvres les plus audacieuses.Tentatives d'explication.

     Avec son complice Boris Kaufman,frère ou cousin du cinéaste russe Dziga Vertov,théoricien du cinéma-oeil,Jean Vigo dont il faut toujours garder à l'esprit l'héritage anarchiste, pamphlétaire et frondeur de son père,mort en prison curieusement en 1917,ne rêve que de cinéma, passionné de montage et des pères fondateurs Charlie et Serguei.Son idée est de faire d'A propos de Nice un laboratoire,catégorie documentaire,de ce nouveau cinéma,plus libre,plus caustique,plus nerveux, plus politique,avec rage et mauvaise foi parfois.J'ai donc revu plusieurs fois A propos de Nice et ce film me frappe toujours de plein fouet,d'une violence inégalée,sauf par Vigo lui-même dans Zéro de conduite.

     Pourquoi Nice en cette année 29?Présence des studios de la Victorine,climat ensoleillé convenant à Vigo,toujours malade,lumière de ce midi d'azur.Et puis Vigo cherche à réaliser un poème visuel sur une cité traditionnellement connue pour ses plaisirs,encore assez peu démocratiques à cette époque,et qui doit lui permettre forces paradoxes,et oppositions entre le labeur,la pauvreté,d'une part et l'oisiveté,le faste d'autre part.On sait bien sûr de quel côté penche le fils de l'anarchiste mais cela n'empêche pas d'apprécier ce film,en ôtant la petite part de démagogie inévitable.Et puis Nice est aussi la capitale du grotesque avec ce carnaval,sinistre pochade dont la vulgarité  et la laideur ne sont pas du goût de Jean Vigo.

    A propos de Nice est un film déstabilisant,usant et abusant de plongées et contre-plongées,au montage parfois désinvolte d'apparence,un film muet ne l'oublions pas mais qui donne le tournis par sa richesse d'invention et ses idées multiples.Vigo se sert aussi très bien de figurines en papier mâché pour moquer les touristes descendant de leur train-jouet.Corps sur la plage,rombières en chaises-longues,messieurs à lorgnons lisant le Financial Times, Promenade des Anglais et Anglais en promenade, palmiers lissés et artificiels,sont quelques unes des images assez féroces de cette faune des palaces.J'avoue me demander presque sérieusement si ce film ne tomberait pas dans le délit de racisme anti-vieux,tant les visages des nantis expriment déjà et brutalement une prochaine agonie et bien peu de candeur.Les employés des hôtels,ou les Niçois des quartiers pauvres sont au contraire,pour la plupart d'une jeunesse rimbaldienne.Et même des plus vieux semble émaner ue énergie.La vie,simplement.

    Le blanc des voiliers et des joueurs de tennis n'empêche pas un hydravion,peut-être trop lourd,comme les ventripotents aux terrasses,ou à sec,comme les vieilles et leurs caniches,de rater à plusieurs reprises son envol dans la Baie des Anges.Mais j'arrête, croyant qu'il ne faut pas faire d'A propos de Nice une lecture trop dichotomique et qu'il faut voir ou revoir ce film évènement, oeuvre de jeunesse d'un cinéaste qui ne fera que cela,des oeuvres de jeunesse et pour cause,comme un sonnet un peu surréaliste,corrosif et un tout petit peu "mal élevé" ne serait-ce que pour comprendre en partie l'art du montage que nécessitaient la concision et la ferveur du film.

Posté par EEGUAB à 16:11 - Cinéma de France - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 septembre 2007

Cambodge,frère blafard

   A suivre...un film de Patrice Leconte.Mais ce film ne ressemble pas aux autres,ni les farces,ni même les films plus graves et auxquels je voue une tendresse indéfectible(Tandem,Ridicule).Non,Dogora(2004) est un objet à peu près unique dont Patrice Leconte nous a raconté la genèse lors d'une soirée spéciale à Valence, organisée par les Joutes Cinématographiques,une sorte de joyeuse secte de cinéphiles dont je fais partie. Exit donc la rigolade et les calembours,voici Dogora...

db8b9f33.jpg

Avant le film était la musique.Tombé sous le charme de l'oeuvre du compositeur Etienne Perruchon Patrice Leconte se promet de l'utiliser sans savoir à quoi pendant un certain temps.Puis à l'occasion d'un voyage au Cambodge lui vient l'idée d'un film de non-fiction,des images de ce pays qu'il a aimé,qu'il ne veut alourdir d'aucun commentaire.Le projet Dogora vient de naître.Patrice Leconte repart au Cambodge avec une toute petite équipe et filme Pnom-Penh et les alentours,cinquante heures de film que la monteuse Joelle Hache (et là le metteur en scène tient à l'associer très étroitement au résultat) met en ligne, coupant, élaguant pour un film d'1h20,symphonie pour une ville d'Asie et ses habitants.

"Depuis longtemps j'avais envie de faire un film sans auteurs ni scénario,sans acteurs,sans un mot,un film qui serait purement émotionnel,impressionniste et musical.Ce film c'est Dogora.Ouvrons les yeux"

De fait Dogora ne se lit pas,ne décrypte pas,ne se raconte pas.Mais Dogora est l'osmose rare entre une musique et des images,jamais mises en scène.Dogora est un poème visuel sur le sourire de ces milliers de jeunes Cambodgiens, sur la "vivance" de ces hommes d'un pays martyrisé et leur appétit d'aller de l'avant malgré tout,et sur leur don de prendre en main leur avenir fût-ce sur la plus grande décharge de détritus du monde.Je ne peux que vous engager au voyage,un voyage qui vous en mettra plein les yeux et plein le coeur.    http://www.youtube.com/watch?v=PUdLiMjY_DI

Posté par EEGUAB à 19:29 - Cinéma de France - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 juillet 2007

Diable d'homme

   

       Les hasards du calendrier font que j'ai vu Le diable boîteux la veille de la diffusion sur France 3 de L'affaire Sacha Guitry qui raconte l'arrestation et la détention de Guitry en 1944.Je ne me prononcerai pas sur cet épisode mais il semble bien que Le diable boîteux,l'un des films les plus "diaboliques" de Guitry,sorti en 48,puisse être analysé à la lumière de l'opportunisme.Talleyrand,cet extraordinaire personnage,d'une intelligence démoniaque et d'une totale liberté,ne pouvait qu'attirer Sacha Guitry.

       Le "cinéma de salon" de Guitry ne plaît pas à tous.Il a pourtant tout du Septième Art.Guitry homme de théâtre a su parfaitement et surtout dans Le diable boîteux exploiter le mouvement quand bien même il n'existe pas de scènes extérieures.Jean Douchet dans son analyse montre fort bien  la manière dont il exploite les entrées et sorties des personnages.Et surtout reste le dialoguiste hors pair,reste le phraseur magnifique,reste le cabotin  merveilleux,reste l'enchanteur parisien.Inoubliable.Certes Sacha Guitry n'a pas de la Grande Histoire l'approche de Rossellini,mon maître.Peu importe l'un et l'autre se dégustent avec ferveur.

       On a donc pu dire que,aimant Talleyrand "l'arrangeur superbe"(mais là le retournement de veste relève des Beaux-Arts),Guitry organisait sa propre image un peu écornée.Je ne suis pas qualifié pour l'exégèse de cette immédiate après-guerre qui m'intéresse somme toute assez peu.Par contre je sais qu'il y a dans Le diable boîteux la quintessence d'un grand cinéaste français.Pourquoi s'en priver?Trouvez-vous que l'intelligence soit si répandue?

Posté par EEGUAB à 21:14 - Cinéma de France - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 juillet 2007

Eeguab's Journey through the French Cinemathèque

   Voilà.J'ai ma carte d'abonné et je suis membre de la confrérie des fêlés des salles obscures.Quelques mots sur les lieux.Dasola a raison:cet endroit n'est véritablement pas chaleureux et j'ai eu bien du mal avec les différents niveaux de la bibliothèque,à ne pas confondre avec l'iconothèque. Cet univers semble hélas annoncer une approche du cinéma un peu glaciale et que n'améliore pas vraiment la librairie où manque une flamme.De plus le restaurant était fermé, tout cela n'allant pas dans le sens de la rigolade.Il est vrai que l'humour n'est pas forcément la qualité première de nombre de cinéphiles.La bibliothèque est très complète avec pas mal de bouquins dont je prétends qu'ils sont quasiment illisibles en dehors de quelques exégètes souvent eux-mêmes peu compréhensibles.Ces escaliers et ces couloirs sont plus proches d'Antonioni que de Claude Sautet.J'aime beaucoup les deux.

   La collection permanente Passion Cinéma,héritière du capharnaüm d'Henri Langlois,recèle des merveilles historiques,à savoir nombre d'appareils anciens et préhistoriques,rutilants et aux cuivres somptueux.Ces objets témoignent de l'ancienneté du cinéma qu'on peut logiquement faire remonter à trois siècles,sachant l'importance des illusionnistes et des automates,des lanternes magiques et des tours de passe-passe.N'est-ce pas Mr.Méliès?

<b><p style=''text-align: justify;''>Triple lanterne de projection </br>« The Climax Tri-Unial »</p></b>

   Ces objets sont certes superbes mais le Huron que je suis ignorant tout de la technique cinématographique je me suis lassé assez vite des merveilles lustrées pour me plonger dans quelques affiches chamarrées et de très belles vues sur plaques que diffusaient les lanternes magiques,comme cette extraordinaire image de la collection Will Day,un esthète britannique à qui l'on doit un legs prodigieux.

<p style=''text-align: justify;''><b>Plaque de verre peinte à la main de la Royal Polytechnic attribuée à W. R. Hill</b></p>

   Evidemment le spectateur sortira toujours frustré de n'avoir trouvé son objet culte préféré même si l'on tombe sur le célèbre cadeau de Hitch à Langlois,la tête de Mme. Bates dans Psychose, ou sur la robe de Scarlett,ou sur le costume de robot de Brigitte Helm dans Metropolis.Le seul musée exhaustif du cinéma loge quelque part au fond de votre coeur et de vos souvenirs et il ne me paraît pas qu'il faille sacrifier à un fétichisme exagéré.La scénographie est bien faite,l'ensemble Passion Cinéma évoque un certain bazar forain et c'est très bien comme ça.

La Cinémathèque propose deux fois par an une expo temporaire et actuellement se termine la suivante:

    L'image d'après confronte le regard de dix photographes Magnum sur les passerelles éventuelles entre Cinéma et Photo.J'ai été happé par la beauté de certaines corrélations notamment sur les univers de Wenders,du Film Noir Américain,du Païsa de Rossellini,d'Antonioni,de Tarkovski.J'ai détesté la brutalité des corps du cinéma japonais comme amplifiée par le photographe Antoine d'Agata.

  Gruyaert et Antonioni

    Soth et Wenders

    Pinkhassov et Tarkovski

  Cette mise en perspective de l'infernal duo Cinéma/Photo est souvent passionnante même s'il me semble y déceler du moins dans les commentaires une once de snobisme de bon aloi,jamais très éloigné dans le domaine du cinéma.Peut-être suis-je de mauvais foi.

   Quant à voir des films hier je n'en ai vu aucun mais je sais qu'elle est formidable avec une variété,une profusion de films qui vont des meilleurs et des plus mauvais cape et épée jusqu'à Bresson en passant par le bis et l'avant-garde.On trouve tout à la Cinémathèque.Le tout est de ne pas se perdre dans ces moches couloirs et de bien  regarder les horaires.

Posté par EEGUAB à 20:22 - Cinéma de France - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3   Page suivante »