22 février 2012

Trio majeur

jules et jim generqiue

       Il faut s'y faire,le film a 50 ans.Je ne voulais pas le revoir,croyant le connaître sur le bout de ma mémoire. Il faut s'y faire,il est intact.Il faut s'y faire,l'actrice,que par ailleurs j'avoue avoir appris à détester au long des décennies pour ses minauderies,ses affectations et ses vanités,est une merveille de liberté.Il faut s'y faire,la Grande Guerre n'a jamais été si bien évoquée à l'écran.Il faut s'y faire,les acteurs n'avaient pas à se remettre de ce film,ce qu'ils ont fait d'ailleurs.Il faut s'y faire,ce film reste la révolution.Il faut s'y faire,même Antoine Doinel mon vieux complice en Truffaldie me serre un peu moins le coeur.

     Il faut s'y faire,jamais une voix off ne fut plus convaincante.Il faut s'y faire, même l'omniprésent Stéphane Hessel ne m'a éloigné de l'aventure de son père.Il faut s'y faire,on pourrait analyser ce film des heures durant.Il faut s'y faire,jamais amour et mort n'ont dansé aussi tendrement enlacés.Il faut s'y faire,je ne banaliserai pas le plus beau film français par un extrait platement cueilli sur la toile.Il faudrait s'y faire,l'imagination devrait survivre.

Posté par EEGUAB à 22:11 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,


09 décembre 2011

Sortir du cadre

 Les_Rouges_contre_les_Verts_dans_le_Tableau_de_Jean_Francois_Laguionie_medium 

             Quelle toile,quelle étoile filante,quel plaisir de l'image!Ce qui est quand même le rôle du cinéma.On connait un peu la filmo de Jean-François Laguionie,peu prolixe et dont les films sont toujours très soignés,La traversée de l'Atlantique à la rame, Gwen ou le Livre de Sable,Le château des singes.Superbe variation sur l'art et l'homme,d'un graphisme tout en nuances qui évoque un peu Paul Grimault que Laguionie a un peu fréquenté,ce film au bien joli scénario épris de liberté vogue son chemin au long de 70 minutes de rêve,de délicatesse,de drôlerie,de voyage.

           Des militaires tout droit sortis d'un conte d'Andersen si on veut cherchent à empêcher de fuir un hasardeux trio qui a quitté le tableau.Il y a un Toupin, personnage complètement achevé par le créateur,une Pafini à laquelle manque un soupçon de couleur et un Reuf,à peine une ébauche,gris et sec,un inférieur,quoi.Le Roméo parfait est bien sûr amoureux d'une Juliette de la caste du dessous.Ainsi les trois personnages s'en vont à la recherche de leur créateur,le peintre qui n'a pas terminé son travail.On se retrouve à Venise.On rencontre un Arlequin et une bien belle Garance,nue.On croise peut-être Matisse ou Derain.C'est un peu comme vous voulez,ici,on peut presque apporter son pinceau.

imagesCADL046O

           Le gentil conte de Jean-François Laguionie s'avère forcément doucement moral,on s'en doute.Vive l'imaginaire en liberté,vive le métissage social,cela sans (trop) de démagogie.Peu importe en fait tant la palette de couleurs de l'auteur comme celle du peintre nous invite à l'émerveillement.Et s'il faut y aller de son petit couplet anti 3D eh bien allons-y.Mais Le tableau n'incite pas à une quelconque vindicte,plutôt à la tendresse et à la fantaisie,dans un espace douillettement chamboulé où les créatures s'échappent pour demander des comptes à leur créateur quelque peu nonchalant.

http://youtu.be/S6V70-ABITI Bande-annonce

Posté par EEGUAB à 14:59 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

04 novembre 2011

Challenge romantique:émoi,et moi

logo_romantisme 

                Quand Claudialucia a lancé ce beau projet j'ai eu tout de suite envie d'en être.Je ne savais pas vraiment,et ne le sais toujours pas vraiment,par quel biais j'aborderais ce périple.Mais par contre ma première intervention est l'évidence même,sur le plan cinématographique.La quintessence du Romantisme éclate d'ailleurs déjà dans le titre,Marianne de ma jeunesse.Pour moi c'est plutôt Marianne de mon enfance car j'ai cinq ans quand sort le film.Ce n'est que quelques années plus tard qu'un MonFilm attire mon attention,ce sera,disons Marianne de mes dix ans.C'est maintenant Marianne de mes 60 ans,mais c'est toujours Marianne.

marianne_de_ma_jeunesse

         Je ne savais pas que,devenu lecteur et cinéphile,j'apprendrai que le beau roman d'initiation de Peter von Mendelssohn, Douloureuse Arcadie,a été adapté et mis en scène par le grand cinéaste ultra-pessimiste et tout de noirceur,Julien Duvivier,en 1954.

          Cette Arcadie idyllique chère à Nicolas Poussin s'épanouit dans un décor germanique,le Sturm und Drang frappe ce château, pensionnat de luxe pour nantis.Lacs et montagnes abritent un bestiaire splendide où ne manquent que les licornes. Les animaux de la forêt communiquent avec les habitants, ils veillent sur eux jusqu'à devenir eux-mêmes meurtriers.Les élèves conspirent un peu,rivalisant en des sociétés secrètes parfois cruelles en leurs rituels.Les Sages s'opposent ainsi aux Brigands dans le château d'Heiligenstadt.Et l'on sait que cet âge n'est pas si tendre.

  horst

                     Un jour paraît un jeune poète venant d'une si lointaine Argentine,qui exerce aussitôt sur ceux qui l'entourent une fascination presque magique.Il suffit ainsi de l'apparition d'un étranger pour troubler davantage le désordre ordonné de ce domaine déjà effervescent.La rencontre au manoir isolé de Vincent,cet ange envahisseur,avec l'évanescente Marianne mettra le feu aux poudres. Curieusement,car ça ne se faisait plus au cinéma depuis les années quarante,Julien Duvivier tourne deux versions de Marianne de ma jeunesse.L'une en français avec un jeune acteur blond comme c'est pas permis,Pierre Vaneck.L'autre en allemand avec Horst Bucholz,tout aussi jeune,très vite happé par Hollywood comme apprenti mercenaire.Il me semble que Pierre Vaneck épouse mieux les tourments de cet âge sans pitié et que sa candeur mêlée d'effroi est inoubliable.
    

     Marianne de ma jeunesse,peut-être sortilège,n'a guère servi la carrière d'Isabelle Pia ou celle de Marianne Hold,jeunes beautés douloureuses du film.Pierre Vaneck lui-même n'a jamais vraiment eu de rôle très marquant au cinéma.Bucholz ne rencontra guère que Wim Wenders et Roberto Benigni,mais il était alors sexagénaire.

    Si vous passez du côté de Marianne de ma jeunesse,libre à vous d'y voir une pâtisserie kitschissime,voire crypto-démago-pompière.Moi j'ai laissé dans les eaux du lac d'Heiligenstadt des émotions profondes,celles de mes dix ans,les seules qui comptent vraiment,pas encore gâtées.

 

  

Posté par EEGUAB à 21:17 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , ,

28 octobre 2011

Un maître du chant

  carrefour

   Quelle douce perversion de replonger dans le noir et blanc,français en l'occurence.C'est ainsi.J'ai toujours aimé les films plus vieux que moi,parfois bien plus vieux.A dix ans je savais par coeur le dialogue "Vous avez dit bizarre?" de Jouvet et Simon.Mais voilà:les films ont une fâcheuse tendance à devenir de plus en plus souvent plus jeunes que moi.Le cinéma du dimanche soir de France 3 de l'ami Brion me permet ainsi de jouer à Faust en me proposant des films qui me donnent une ultime illusion de jeunesse.C'est le cas du pas mal du tout Carrefour (1938) que le cinéaste allemand Kurt Bernhardt (plus tard Curtis Bernhardt) en transit entre Berlin et l'Amérique,ce qui se faisait beaucoup dans ces années,réalisa en France avec Charles Vanel et le prince des crapules,le maître chanteur par excellence,le sardonique diabolique Jules Berry.

berry

   Histoire d'amnésie,possible usurpation d'identité,Pirandello n'est pas si loin.Bien sûr le schéma est ultra-classique,avec tribunal,retours en arrière, maîtresse fatale et légitime dévouée.Vanel grand bourgeois décoré est-il un ancien voyou?Il y a du Jean Valjean là-dedans.Et puis pour les ordures au cinéma,maîtres-chanteurs, escrocs,chevaux de retour,enjôleurs de soubrettes,liste non exhaustive,on peut toujours compter sur le Jules,inoubliable histrion mangeant à tous les rateliers.S'il n'y avait qu'un salaud du cinéma français,les patrons Renoir et Carné ne s'y sont pas trompés,ce serait définitivement l'immense Jules Berry.Sublime canaille!

Posté par EEGUAB à 20:45 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,

16 février 2010

Stridences et glaciations

      J'explore à pas feutrés et tardivement les films de JLG.Me voici à la case Alphaville dont je ne sais rien sinon la présence du beau visage marqué d'Eddie Constantine.Première curiosité:sa présence dans ce film,lui qui symbolise parfaitement un cinoche du samedi soir particulièrement vomi par les cinéstes de la Nouvelle Vague.Pourtant ça marche au moins en apparence,la dégaine et l'imper de Lemmy Caution intriguent et inquiètent dans ce climat futuriste et kafkaïen bien établi par Godard,labyrinthe de néons Nord-Sud et à ma connaissance l'une  des premières apparaitions cybernétiques au cinéma.Je vous présente Alpha 60,à la voix d'outre-tombe un poil déstabilisante en 1965.

alp015

  La ville ne sera que nocturne et plutôt hôtelière mais certes pas hospitalière.Constantine se présente vaguement journaliste au Figaro-Pravda (sic) mais on le soupçonne d'être agent secret ou tueur à gages recherchant un Professeur von Braun(resic).Il rencontre sa fille,c'est le Godard période Karina,et l'amour aura-t-il une chance de regénérer cette opacité filmique bourrée de citations pêle-mêle.Un personnage s'appelle Dickson.Affiche de Bardot,Eluard en poche.Apparition de Jean-Pierre Léaud.Nosferatu.Ici les émotions sont interdites et les exécutions capitales se passent à la piscine,images étrangement inquiétantes que de voir les naïades continuer leurs évolutions autour des cadavres.Il ya bien des Pays extérieurs,difficilement accessibles.C'est un peu aussi le cas d'Alphaville,sous-titré Une étrange aventure de Lemmy Caution,ce qui ne m'avait pas frappé.J'ai l'impression d'avoir vu un film intéressant sans avoir toutes ls clés.Il est vrai que le patronyme Caution en soi invite à la prudence.Je serais heureux d'avoir l'avis de mes pairs en cinéblogosphère.

Posté par EEGUAB à 09:08 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,


05 novembre 2009

Ce quinquagénaire respire encore

    J'ai donc eu l'occasion d'intervenir cette année entre autres sur ce célébrissime film qui annonce fièrement ses cinquante ans.J'ai pu constater que contrairement à bien des films plus jeunes il porte encore très beau.Ce fut un vrai plaisir de suivre à nouveau Michel Poiccard,ce petit voyou auquel Belmondo effarant de naturel prête sa voix,sa dégaine et sa présence.Ne revenons pas sur l'époque,les Cahiers du Cinéma,la déclaration de guerre de ces jeunes gens en colère.Tout cela est,je crois,bien connu.Du petit canevas de Truffaut Godard a su tirer le meilleur pour en faire ce film moins mal foutu qu'on ne l'a dit,mais plus libre encore et qui devait rester le seul succès populaire de son auteur.Je vais simplement notamment pour les plus jeunes évoquer dix bonnes raisons de voir et d'aimer A bout de souffle.

   Cette succession d'images rapides et expressives,images de rues et dialogues souvent couverts par les bruits urbains,chose révolutionnaire en ce temps de qualité française très "articulée".Ce tempo syncopé de Martial Solal,ces leitmotives musicaux qui évoluent comme des scooters dans un Paris 1959 où l'on roule et se gare.Hallucinant.

   Cettec réalité polyphonique saisie par JLG qui bouleverse le linéaire et capte l'intensité et la fugacité,fragrances d'une histoire ordinaire,comme au cinéma,de série B par exemple.Cette sensation d'improvisation pas si vraie et  d'éphémère qui oscille d'aparté en onomatopées,bulles de B.D. en quelque sorte.Ces allusions ciné;Il faut vivre dangereusement et pêle-mêle,très pêle-mêle, Melville, Preminger, Hiroshima mon amour,Cocteau,le Western,les Cahiers et "Vous n'avez rien contre la jeunesse".Et Bogart....

  Cet exotique accent de Seberg ,cette omniprésence de la presse,journaux parfois pour se planquer.Cette vitesse d'exécution où Belmondo allume cigarette au mégot précédent."Tout,terriblement",disait Apollinaire.Cette américanophilie en ce Paris tout fluide si pratique pour courir,si pratique pour mourir.Deux fermetures à l'iris,l'ombre de Griffith,la voix de Godard,plusieurs fois dont au moins une très hors sujet.Ces travelings de filatures,ces flics agités un peu Dupont et Dupond...Liste non exhaustive,A bout de souflle étant un film interactif ou vous trouverez ce que vous y apporterez à condition d'accepter ce beau voyage en cinéma,un cinéma que j'ai rarement vu aussi libre.Foutraque,parfois peu audible comme l'étonnant entretien avec l'écrivain Parvulesco-Melville,irritant,mais libre et... décisif.Décisif comme cet ultime traveling rue Campagne Première et son passage clouté où Michel Poiccard agonise depuis cinquante ans sous le regard des cinéphiles pélerins.

http://www.youtube.com/watch?v=XvHNdh1zkes Entretien avec le grand auteur

L'avis de Bastien  Godard Jean-Luc (1)

Posté par EEGUAB à 21:30 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , ,

26 avril 2008

Entre chien et loup,à l'heure ambigüe

      Les films de Georges Franju,déjà peu nombreux,sont rarement diffusés.Certaines pantalonnades que je ne citerai pas,le sont davantage.Je viens de voir Judex (63) pour la première fois avec beaucoup de plaisir.Dans la veine,bien modeste du fantastique à la française,je considère ce film comme une grande réussite,hommage au grand Louis Feuillade et à nos merveilleux feuilletonnistes d'antan.Ambiance début de siècle,enfin le vingtième,parfaitement maîtrisée par Franju,cet éternel amoureux des images,de la fantaisie à condition qu'elle soit inquiétante,et un noir et blanc comme intemporel même si Cocteau peut-être...

     Cape soignée et déguisements fréquents,le justicier sort de la nuit.Ce n'est pas Zorro mais Judex,créé par Arthur Bernède et Louis Feuillade et que ce dernier avait lui-même mis en scène en 12 épisodes vers 1918.Joué par un comédien inconnu,Channing Pollock,Judex n'apparaît que relativement peu,les personnages plus importants étant les deux femmes,la victime,Edith Scob,et sa persécutrice,Francine Bergé.Mais à la lisière du criminel et du fantastique,nanti d'allégoriques oiseaux et d'une superbe musique de Maurice Jarre,doté de l'humour du détective Cocantin par exemple, traversé de verticales obscures qui approchent l'univers des contes cruels de l'époque romantique,Judex est un poème d'amour qui préfigure le surréalisme et donne aux toits de banlieue et aux bord de Marne,aux routes de campagne que sillonnent de rares voitures ce cachet merveilleux,amalgame de nos histoires à faire peur aux enfants et de nos enquêtes policières toute en élégance lupinesco-rouletabillienne.

Posté par EEGUAB à 17:47 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags :

24 avril 2008

Est-ce bien,Clair?

        Alors que Renoir,Carné,Duvivier font toujours la une des blogs cinéphiles René Clair semble traverser son purgatoire.Regardons de plus près deux de ses classiques du début des années trente.

     Datant du tout début des années trente ces deux films appartiennent à la veine presque musicale et gentiment anar de René Clair.Mais l'anarchie chez Clair est tout en poésie,en ritournelles et en rues que semble baigne un bleu de ciel.Tout s'arrrange dans ce petit monde sympa où même les hommes politiques finissent par devenir des sous-préfets aux champs.Seulement y a le temps,le vilain temps qui passe et...si Monsieur Clair et ses créatures étaient devenus surannés, délicieusement mais surannés quand même...Ma réponse sera normande car la façon dont sont introduites les chansons dans Sous les toits de Paris est apparue à mes yeux comme antique et totalement kitsch, appartenant au cinéma sonore plus que parlant.Le cinéma sonorisé,besogneusement la plupart du temps,me semble rétrospectivement avoir conjugué les mimiques excessives du muet et le style revue de music-hall franchouillard un brin passéiste.J'ai pourtant conscience de l'inanité de ces critiques tellemnt tardives qu'elles paraissent relever de références antédiluviennes.Mais,je le confesse,j'ai eu du mal à m'intéresser aux querelles du chanteur des rues(Albert Préjean,à lui seul un monument de gouaille) et de son ami.Les décors sont jolis,exhumant ce Paris d'avant et ce "bon petit peuple".René Clair est déjà bien loin des expériences surréalistes de Paris qui dort ou Entr'acte.

     A nous la liberté,par contre,que Chaplin cita comme référence et c'est bien le moins qu'il pouvait faire tant la dénonciation du machinisme du film de René Clair préfigure Les temps modernes, demeure un film délicieux tenant à la fois des Pieds Nickelés et du Front Populaire,comme le dit justement l'ami Fantasio, même si ce Front Populaire ne devait voir le jour que cinq ans plus tard.Mais ce printemps vu par René Clair n'a pas le pessimisme de Duvivier ni le militantisme un peu lourd de Renoir.Il est vrai qu'en 1931 les différentes menaces n'étaient pas encore si prononcées.A nous la liberté c'est l'ode à l'amitié,à la fratenité sans véritables slogans et c'est tellement mieux,et pour moi finalement plus fort.Henri Marchand et Raymond Cordy ne sont jamais devenues des vedettes mais comme on a envie de les accompagner au long de la route buissonnière,après avoir échappé à la prison et à une autre prison,la fortune.Et puis aussi bien Sous les toits de Paris que A nous la liberté ne nous offrent-ils pas de merveilleuses affiches?

Posté par EEGUAB à 17:31 - - Commentaires [5] - Permalien [#]

23 février 2008

Cinémathèque m'était contée

      Journée Cinémathèque.Il faut que je rentabilise mon libre-pass et c'est loin d'être fait vu le boulot.Trois commentaires donc pour la Belle Dame de Bercy,dont j'ai déjà dit ici même la relative froideur et les dédales d'étages et de demi-étages car je ne comprendrai jamais qu'il y ait un troisième haut et un troisième bas par exemple.Tatio-kafkaïen.

                Ce que j'aime c'est qu'ici pas d'exclusive.Les pires banalités voisinent avec les chefs-d'oeuvre incontestés et les productions underground parfois géniales et parfois parfaitement croquignolesques. J'aime aussi l'idée de voir une rareté dans une vraie salle avec des spectateurs pas forcément hypercinéphiles à mon avis,mais intéressés par tout un pan de cinéma inaccessible.Je pense surtout aux vieux parisiens qui ont ainsi l'occasion de voir tous les jours des films de leur jeunesse,aux acteurs bien oubliés mais qui pour eux demeurent bien réels.C'est un peu le cas de L'homme du Niger(1939),crachotant le dilemne d'un officier français au Soudan français,administrateur ayant le projet d'irriguer des eaux du Niger l'aridité africaine. Tourné avec le concours du Ministère des Colonies et de l'Administration de l'Afrique Occidentale Française(stupeur des jeunes lecteurs,si,si,cela a existé même si je n'ai pas connu, n'exagérons rien),L'homme du Niger est un témoignage de ce cinéma paternaliste et bien-pensant de l'époque qu'il nous est utra-facile de stigmatiser.Nobles intentions,un Victor Francen très officier supérieur,très Vieille France justement,Harry Baur à cheval(une curiosité pour ce film bien statique) que l'on peut logiquement préférer en Jean Valjean plutôt qu'en médecin colonial,ou en juge Porphyre face à Raskolnikov.Et partout l'honneur, Messieurs, l'honneur de servir et de se sacrifier.Histoire du cinéma,l'Histoire au cinéma, c'est bien l'un des rôles de cette belle maison qui présente en ce moment Africamania,panorama du cinéma africain bien contemporain celui-là et fait par les Africains,souvent aidé par la France.

     Sacha Guitry a fait un retour en force cette année.Dépassé maintenant,il était temps,le stérile débat sur le théâtre filmé.Dépassées aussi je l'espère les quelques semaines de l'épuration.Cette très belle exposition, close maintenant,présente les innombrables facettes de Guitry.Ses pièces,ses films,ses dessins,ses amis, ses oeuvres d'art,ses épouses qu'il expose un peu aussi d'ailleurs. Guitry,toujours en représentation,dont les amitiés auront été de Clémenceau à Pétain en passant par Blum,c'est une plume acérée et un hommage aux vieilles gloires avec des extraits de Ceux de chez nous,bien sûr,dont le titre vieille France ne doit pas bercer une nostalgie un peu rance mais au contraire donner à voir le génie français quand il a nom Renoir, Rodin, France ou Saint-Saens.

(Portrait d'Alphonse Allais)

   Brillamment orchestrée en plusieurs thématiques l'expo visite successivement l'influence du père Lucien Guitry,la comédie,les chansons et revues souvent oubliées,la mise en scène de sa propre vie privée et le 18,avenue Elisée-Reclus,hôtel particulier autant que musée des beautés françaises.Et que dire de sa voix,cet instrument irremplaçable et reconnaissable entre toutes,cette voix que l'on a crû pendant un demi-siècle celle de Paris,voire du Tout Paris,et qui s'avère avec la fin du purgatoire celle d'un très grand auteur et cinéaste.

    La Cinémathèque organise comme tout le monde un hommage à Mademoiselle J.M.Moi j'organise modestement un petit déshommage suite à l'overdose.Non que sa carrière ne soit pas importante, Truffaut, Malle, Losey, Antonioni, Bunuel, Angelopoulos, Brook ,Kazan, Welles,Wenders. ne sont pas particulièrement des tacherons.Mais j'ai avec ce qu'est devenue J.M. un problème d'allergie devant le rôle qu'elle joue depuis vingt ans,ou qu'on lui fait jouer d"ailleurs.Cette préciosité à parrainer tout le cinéma français,cet artifice dont elle fait preuve (je me souviens d'une désastreuse Vanessa Paradis chantant Le tourbillon,encensée par Mademoiselle J.M. louant sa beauté et son courage).A ce propos relativisons le courage et la prise de risque des comédiens,balançant à force d'interviews à peu près autant de banalités et de poncifs qu'un entraîneur de football un samedi soir.Il semble qu'intronisée figure tutélaire du cinéma français Mademoiselle J.M. soit bien loin de la fraîcheur d'âme de certains rôles passés.Dame démagogie est encore une fois passée par là et ce n'est pas le super césar d'honneur qui rendra raisonnable ce culte d'un autre âge.

Posté par EEGUAB à 19:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 janvier 2008

Le Mépris,qu'en dire?

         Devant faire pour une série de six conférences illustrées d'extraits une communication sur le film de Godard me voilà,comme les artistes sous le chapiteau, perplexe.Le mépris est un tel objet indépendant qui n'obéit qu'à sa propre logique et qui a déjà été tellement analysé.Je vous livre si vous le voulez bien l'essentiel des quelques réflexions que je compte proposer aux étudiants de l'AUJV(Amis de l'Université Jules Verne) qui me font l'amitié d'être fidèles.Sorti en 63 Le mépris est une commande.Il faut cesser de considérer le terme commande comme péjoratif dans le monde  du cinéma.Nombre de grandes réussites ont été au départ des oeuvres de commande.Beaucoup d'argent,relativement,pour Le mépris, capitaux italiens et français,Ponti et Beauregard,et le regard, pesant,des Américains qui voulaient une sorte de "Et Godard recréa Bardot".

   "Le cinéma,disait André Bazin,substitue à notre regard un monde qui s'accorde à nos désirs.Le mépris est l'histoire de ce monde".Cette jolie phrase,un peu absconse comme on les aime,psalmodiée par JLG lui-même lors du générique qui semble avec le temps devenu pour l'oreille comme l'essentiel de Godard,nous fait passer d'un plan du grand opérateur Raoul Coutard filmant un travelling directement au lit de Bardot pour une scène érotique dont,toujours perplexe,je ne sais si elle est superbe ou dérisoire.Et Le mépris oscillera toujours,pas très loin de la vacuité dont Godard ne sera pas exempt au long de sa filmo,pas très loin non plus de la splendeur de cet art de la fugue qu'est le cinéma,surabondamment cité dans Le mépris,livre d'Alberto Moravia et presque trop dans le film.Affiches de nanars italiens, Rossellini,Chaplin et Griffith,Dean Martin dans Comme un torrent.Le comble est évidemment la présence parmi les statues de Capri de celle du Commandeur en personne,Fritz Lang,venu en Italie pour tourner L'Odyssée où s'opposent les points de vue du producteur américain pour lequel JLG n' a pas craint la caricature avec un excellent Jack Palance,et du scénariste français incarné par Piccoli,par ailleurs en mal de couple avec Camille sa femme,Bardot,dont l'histoire dut qu'elle fut toujours mal à l'aise au tournage et dont la même histoire retiendra Le mépris comme son meilleur film.

      Je reste fasciné par Le mépris et Georges Delerue n'y est pas pour rien.Vous pouvez,vous,écouter cette sorte d'adagio,sans avoir envie de vous foutre à l'eau,mais l'eau de Capri tant qu'à faire?Fasciné et irrité parce qu'à force de revoir Le mépris j'en entrevois aussi quelques ficelles dont les discussions vétilleuses sur Ulysse et Pénélope,et plus encore les scènes de querelle du couple,dignes du cinéma français le plus banal qui soit et que Godard croit remettre au goût du jour par cette pseudo-liberté de langage dans la bouche de Camile Bardot.Mais la magie du film est ailleurs.

                      S'il demeure une magie dans Le mépris c'est dans l'utilisation du luxe et de la volupté du lieu de tournage du film dans le film.Sublimes plans à l'intérieur de la Villa Malaparte avec un usage des couleurs,des meubles,de la grande fenêtre sur la mer,leçon de géométrie onirique.Le mépris,qu'éprouve peut-être Camille pour son mari,Paul,Le mépris,sentiment très cinématographique, tant au sens technique,représenté dans les films,qu'au sens social,courant dans le milieu des gens de cinéma avec son lot de réciprocité,Le mépris,avec son lot d'affèteries et de phrases creuses,Le mépris,film quadrilingue et universel,inabouti et parfois vain,est un élément clé de l'histoire du cinéma,qu'on aurait tort de considérer avec la futilité qu'il cherche à nous faire avaler.N'y voir qu'une bagarre de plus entre culture méditerranéenne classique et show-business serait une erreur,historique,elle aussi.

PS.En réponse à D&D,je ne sais pas car je ne l'ai pas revu dans cette édition mais je pense que Les cahiers font un travail sérieux,presque trop.

Posté par EEGUAB à 19:10 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags : ,