19 août 2006

Kong et les Marines

     Venant de voir King Kong 2005 et Jarhead je m'apprêtais à en faire une analyse de la plus haute finesse,vous pensez bien quand je me suis souvenu que mon vieil ami le Cinéphage les avait chroniqués à la sortie.J'ai relu son billet sur Jarhead et vous y envoie car il a dit tout ce que j'en pensais. Donc j'ai pris le parti de ne pas refaire le travail si bien fait par un autre si ce n'est pour apporter une touche nouvelle ou une contradiction.

    Quant à mon autre vieil ami King Kong j'ai trouvé à sa version Peter Jackson 2005 des qualités plastiques(la danse de Naomi Watts sur la falaise qui trouble tant Kong,les glissades souriantes sur la patinoire avant le massacre,une petite partie dans l'île quand dinosaure, Kong et Naomi sont suspendus). Mais que de surenchère visuelle,auditive et de durée dans ce film boursouflé comme un très long jeu vidéo dont j'ai depuis longtemps passé l'âge.Ce King Kong là a aussi un côté sérieux sur le plan zoologique. On voit que des primatologues sont passés par là. Manifestement Jackson est plus à l'aise dans l'univers de Tolkien.

   Enfin le point commun entre les deux films est surprenant. Un personnage de KK lit Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad qui a lui-même inspiré Apocalypse now que Sam Mendes projette dans le cinéma aux armées de Jarhead. De là à penser que Brando très alourdi aurait pu jouer King Kong...

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17 juillet 2006

L'enfer de la corruption

      Vu l'un des trois seuls films d'Abraham Polonsky en DVD,l'Enfer de la corruption(Force of evil) de 1948.Ce film ne dure que 1h20 mais en dit long sur la nature de l'homme et la corruption inhérente.Je vous parle d'un temps où les metteurs en scène ne se croyaient pas obligés de force ralentis,ni de 2h15 de projection,pour faire entendre leur propos.Polonsky fut l'un des metteurs en scène les plus écartés par le maccarthysme et Bertrand Tavernier et Pierre Rissient nous expliquent parfaitement les déboires de Polonsky.


                   John Garfield est saisissant dans une composition d'avocat véreux bouleversé par la mort de son frère à cause du "système" qui décide enfin de se ranger du côté de la justice.Attention le cinéma de Polonsky n'est pas celui de Cayatte.Ni manichéen ni simpliste il nous fait pénétrer dans cet univers de corruption sans grandes tirades ni leçons,modeste mais percutant.



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03 juillet 2006

Des films beaux comme des camions

Les bas-fonds de Frisco(Jules Dassin,49),cinéaste très fécond en ces années m'ont inspiré ces réflexions d'importance sur la cinégénie des camions.Un ou plusieurs tours de manivelle et en route.

  Les camions du film de Dassin,bringuebalant comme la plupart des camions de cinéma dignes de ce nom,transportent des pommes.Ce film décrit les halles de San Francisco. Je regrette ce temps car le trafic de fruits,même coiffé par le toujours inquiétant Lee J.Cobb,me paraît bien inoffensif. D'autres camions me viennent à l'esprit conduits par Bogart et George Raft(Une femme dangereuse de Walsh,1940) même si les véhicules s'avèrent moins risqués que la femme du patron. Le camion épuisé de la famille Joad des Raisins de la colère est aussi un grand souvenir.Nombre de road-movies utilisent le camion,notamment le terrifiant Duel d'un certain Spielberg,au chauffeur fantôme.Mais bien d'autres engins ont sillonné les routes américaines et pas toujours bien intentionnés:c'est le syndrome d'Easy Rider où les camionneurs n'aiment guère les motards.   

En France les routiers sont plutôt sympas mais fatigués et ont le visage de Gabin(Des gens sans importance,Gas-oil),Ventura ou Belmondo(Cent mille dollars au soleil),Montand ou Vanel(Le salaire de la peur) et c'est souvent leur cargaison qui est explosive ou très recherchée.Il existe aussi Le camion,d'une certaine Marguerite,mais il y a longtemps que je me suis déraciné du durassisme et que j'adhère à la lutte contre le durasssisme,responsable de tant d'assoupissements devant l'écran ayant entraîné des chutes de fauteuil dramatiques.

C'étaient les informations routières de la Comtesse,non exhaustives en attendant une thèse sur l'auto-stop au cinéma et l'importance du panier à salade,historique,dans l'oeuvre de Chaplin. Pour la critique de L'homme à l'Hispano,L'homme à la Buick,L'homme à la Ferrari,La Rolls-Royce jaune,Une Cadillac en or massif se munir du permis B.Enfin pour ce qui est de Prends ta Rolls et va pointer contacter le Garage de mon ami le  Dr.Orlof.

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02 juillet 2006

Une histoire de violence

A History of Violence - Edition Prestige    

Il faudra m'expliquer pourquoi il n'y a pas de titre français.Le nouveau film de David Cronenberg est assez loin des interrogations vertigineuses de La Mouche,M.Butterfly ou Faux semblants.Il est exact que ces références sont anciennes.C'est cependant un film intéressant sur les engrenages et les raisons de la violence dans cette Amérique cathartique qui nous fait peur parfois.Sans vouloir être réducteur A history of violence se présente comme un thriller de bonne facture avec quelques gueules de cinéma comme on les aime,Ed Harris,inquiétant à souhait ou William Hurt,pour la première fois vieillissant à mon avis,hallucinant parrain expéditif.La thématique est d'une Amérique éternelle,westernienne,contant la difficulté de la réinsertion dans un monde armé jusqu'aux dents.Viggo Mortensen ne me paraît pas l'acteur idéal mais c'est un avis personnel.Je trouve aussi que la famille n'est pas étudiée au mieux Cronenberg ayant cédé à des facilités(les fantasmes,la relation père-fils).

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30 juin 2006

Ciné-Monde

Il y a des gens qui "s'occupent de notre culture" style Télérama,dont le slogan est"Prenez votre culture en mains,bande d'ignares".Non ils ne disent pas "Bande d'ignares" mais j'aime bien brocarder Télérama,ces bien-pensants de la culture.Ceci ne m'empêche pas d'u être abonné depuis 15 ans mais l'homme est complexe,n'est-ce pas,et bourré de contradictions. La Monde s'occupe aussi de nous et de notre culture cinéma.Là j'arrête de me gausser,c'est trop facile et puis aider l'honnête homme à se constituer une cinémathèque n'est pas si mal. Le Monde donc nous propose une douzaine de suppléments du dimanche .       Entre autres le rare Promenade avec l'amour et la mort de John Huston,sorte de fable hippie en pleine Guerre de Cent Ans où la toute jeune Anjelica Huston et Assaf Dayan,fils d'un général bien connu incarnent un couple partagé entre amour courtois médiéval et liberté soixante-huitarde.Ce vieux baroudeur de Huston était vraiment capable de tout et souvent du meilleur car le film,peu diffusé,se laiise voir avec plaisir et un brin de naïveté toujours bonne à prendre dans le monde du Monde,quelquefois bien austère,vous en conviendrez. L'éclectisme a présidé aux choix du Monde puisque dans cette douzaine l'on trouvera des incunables(Faust de Murnau,Intolérance de Griffith) et des classiques de Bergman,De Sica,ainsi qu'Almodovar ou Kim Ki-Duk plus récemment.

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13 mai 2006

Comme idées musicales

Comme idées musicales de comédies musicales ce week-end j'en ai eu deux:une bonne et une moins bonne.


Je n'avais jamais vu Un violon sur le toit de Norman Jewison,adapté d'un succès de Broadway(71) et craignais  des longueurs et des mièvreries de cette histoire du folklore yiddish d'Europe Centrale.Malgré trois heures le film tient ses promesses et Jewison a réussi un bon spectacle assez familial où tous les numéros musicaux sont excellents.Toutes les danses,le mariage,les traditions sont bien rendues au son d'une musique entraînante et le comédien israëlien Topol est confondant de truculence et d'humanité ayant fort à faire avec cinq filles à marier.Le destin des Juifs d'Ukraine vire au grave,sans excès de mise en scène,avec les pogroms et l'exil et de modestes valises sur les chariots.Bravo,pour cette silhouette d'un violon sur le toit,comme une cigale parmi toutes ces fourmis laborieuses.

Blanches Colombes et vilains messieurs

Déception avec Blanches colombes et vilains messieurs(55) de Joseph Mankiewicz qui nous a donné tant de chefs-d'oeuvre dont le plus beau a valu à ce blog la moitié de son nom.La présence de Brando et Sinatra n'empêche pas des numéros de scène anémiques,une actrice bien fade(Vivain Blaine) et les trognes de ces joueurs professsionnels obligés d'écouter les sermons de l'Armée du Salut  manquent vraiment de folie pour la seule bonne idée du film.Jean Simmons est bien jolie dans son uniforme de Soeur Sarah et la bagarre à La Havane nous offre un très bon mambo.Tout cela reste assez faible.

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09 mai 2006

La nuit est sur la ville

La nuit est sur la ville et quelle ville que celle qui nous est présentée dans ctte excellente collection Polars(Film noir),éditions Carlotta.!Sept films,très peu diffusés sur les chaînes hertziennes,signés Preminger,Hathaway,Siodmak,Dassin et Kazan.Et l'occasion de revoir des acteurs un peu oubliés,José Ferrer,Richard Conte,Dana Andrews,Victor Mature...

Les forbans de la nuit,de Jules Dassin nous entraîne dans le Londres des années 50,dans le milieu  de la lutte gréco-romaine et des petits trafics voisins.Pourtant on trouve peu de morts dans ce thriller nerveux,juste une magnifique photographie urbaine,avec ce qu'il faut de barmen complaisants,de musique sortant d'un night-club enfumé, d'entraîneuses fatiguées.Richard Widmark,véritable figure de proue de cette collection(il est aussi dans le Carrefour de la mort et Panique dans la rue),habite littéralement cette ambiance.Il faut le voir marcher dans les rues de Londres,sec,élégant,agité puis crispé et encaisser des répliques"noires" à souhait du genre "You have it all,but you're a dead man" ou "You're born a hustler,you'll die a hustler"(Né margoulin,tu mourras margoulin).

Avec le mystérieux Dr.Korvo (Whirlpool) nous retrouvons Gene Tierney dans un rôle bien plus fort que dans les Forbans de la nuit,aux prises avec José Ferrer,sorte de psychiatre qui a fait de l'hypnose un objet contondant.Ce film me semble un peu plus artificiel  bien sûr si l'on songe à Laura.Peut-être le fatras psychanalytique est-il un peu indigeste.

L'histoire du cinéma a toujours aimé les genres,western,musical,comédie américaine.Patrick Brion présente cette collection avec la compétence qui est la sienne.Je rappelle un autre spécialiste,François Guérif,auteur entre autres de Le film noir américain(Denoël),très bon bouquin qui va de Griffith et Stroheim à Ferrara et Tarantino,avec flics et voyous,femmes fatales et imperméables mythiques.

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06 mai 2006

La force de Dassin

La collection DVD Wild Side,dont je vous ai déjà présenté le très beau et très intelligent coffret Macbeth d'Orson Wellles vient de sortir deux films noirs de la grande époque de Jules Dassin,époque américaine avant le maccarthysme et c'est un modèle là encore de cinéphilie de qualité,digne de la Pléiade.


Les démons de la liberté(Brute Force,1947) ets un film d'une rare efficacité que l'on classe par habitude dans les films "carcéraux" car décrivant la vie et la révolte d'une prison.Le scénario de Richard Brooks,journaliste au départ,est radical et narre la montée en violence chez les prisonniers de Westgate.Noir,le film l'est sans détours.Il est surtout désespéré et le huis-clos n'offre guère de perspective vers le ciel ouvert.Les gars de la cellule 17 préparent un coup mais les dés sont pipés.D'une extrême violence pour ces années quarante finissantes,le film me paraît moins centré sur un héros principal que d'autres films sur le thème.Le traitement en est un peu plus "choral" et recèle des pépites dont Calypso,condamné qui ne s'exprime qu'en chantant et un troublant gardien-chef sadique,Hume Cronyn,immense acteur de théâtre,très impliqué,coscénariste de Hitchcock et que Mankiewicz employa au mieux.Une bande-son très bien utilisée,une pin-up au mur de la cellule sont d'autres éléments de ce film rude et sauvage.Passe aussi,très discret,un peu de rêve quand ces pauvres types évoquent leur femme.Comme dit l'un des prisonniers"Ce qui s'est passé dehors,pour nous,avant,même pas terrible,au moins c'était dehors"

     La cité sans voiles,réalisé un an après avec le même producteur Mark Hellinger,loin du décor quasi-unique de Brute Force,nous plonge dans New York pour une enquête policière au coeur de la mètropole dans un style assez proche du  Néoréalisme italien,ce cinéma de la vérité jamais égalé.La ville,peu filmée ainsi jusque là nous apparaît avec les gens du quotidien au labeur,les enfants dans les rues,femmes de ménage,commerçants.Cela semble banal aujourd'hui mais en 1948 c'était plutôt assez révolutionnaire à Hollywood.Réalisé sans vedettes très connues The naked city.sonne comme un document,au plus près de cette Amérique urbaine d'après-guerre,encore accentué par la narration de Mark Hellinger lui-même.Et quels plans sur les passerelles,les ponts et Big Apple!D'autres filmeront New York:Scorsese,Allen,Ferrara à leur manière.New York superstar!



Cette édition DVD comporte des suppléments géniaux.Chabrol et Brion,des connaisseurs,parlent des deux films.Et Jules Dassin lui-même revient sur ces deux tournages,du haut de ses 94 ans.C'est très émouvant.Cela donne envie de découvrir Les bas-fonds de Frisco.Quant aux Forbans de la nuit ce blog  l'a déjà chroniqué.                

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04 avril 2006

C'est dans les vieilles dentelles

AF-00900R.jpg"Vous reprendrez bien un peu d'arsenic,et quelques vieilles comédies américaines,toujours à même d'égayer octobre moribond"


J'ai découvert deux raretés inédites pour moi.Désir de Frank Borzage(1936) et Ernst Lubitsch est une pétillante occasion de voir un couple d'exception,Marlene Dietrich et Gary Cooper,très à l'aise dans l'humour,elle en escroc(quel est le féminin d'escroc?) aimant les perles et lui aimable Américain en vacances en Espagne.Ils son beaux et drôles,très loin de la chanteuse de beuglant et du légionnaire de Morocco(1930),ployant sous le destin chez Sternberg,leur autre film en commun.



On a peu vu également Henry Fonda en héros de comédie.Un coeur pris au piège(1941) de Preston Sturges nous le présente,herpétologiste en croisière succombant au charme d'une tricheuse aux cartes(Barbara Stanwick),un rôle à la Cary Grant.



Quant au vrai Cary Grant c'est sans commentairesIl faut le voir rouler des yeux au téléphone entre deux cadavres,deux tantes meurtrières à l'heure du thé,et deux frères,l'un sosie du monstre de Frankenstein et l'autre se prenant pour Roosevelt,sonnant du clairon à chaque fois qu'il monte l'escalier.C'est l'irrésistible Arsenic et vieilles dentelles(1944) du cher Frank Capra qui nous donne envie par sa folie d'acheter des cotillons le jour de la Toussaint.

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