27 avril 2007

Bien avant Eve,la Comtesse et le limier

      Belle découverte que  ce rare film de Joseph Mankiewicz Quelque part dans la nuit(1946),son deuxième long métrage.Bien qu'empruntant les codes du film noir,son décor,sa nuit,ses docks,ses boîtes de nuit,Quelque part dans la nuit est déjà très "touche Mankiewicz" par l'importance du dialogue.On sait que Mankiewicz est un grand scénariste et un cinéaste "bavard",bavard mais brillant.

   John Hodiak,convaincant acteur de séries B. incarne un blessé du Pacifique frappé d'amnésie et au visage refait,en quête de son passé,peut-être d'ailleurs un passé d'assassin. L'amnésique fait partie des figures du film policier, permettant facilement des variations sur l'identité et la mémoire et Mankiewicz ne s'en prive pas.Mais encore une fois les mots font mouche,caustiques,ambigus et assez souvent sous forme de proverbes et de dictons.S'il est un cinéste du parlant c'est bien Joseph Mankiewicz et la suite de  sa carrière devait s'avérer étourdissante de brio avec Eve,La Comtesse aux pieds nus,L'affaire Cicéron,On murmure dans la ville,Jules César,Le limier,L'aventure de Mrs.Muir,tous films d'une intelligence insolente experte en manipulation.

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07 avril 2007

L'immense acteur qu'aurait pu être...

     Parmi les destins brisés du cinéma bien peu de gens connaissent Laird Cregar dont l'impressionnante présence plane sur deux films passionnants du tout aussi méconnu John Brahm,réalisateur allemand faisant partie de la très fournie diaspora d'artistes germaniques ayant émigré aux Etats-Unis pour les raisons que l'on sait.Ces deux films sont assez proches l'un de l'autre,sortis la même année 1944 avec tous deux,en face de Laird Cregar,le flegmatique et lui-même inquiétant George Sanders.Il s'agit de Jack l'Eventreur que j'avais injustement oublié dans un précédent billet finement intitulé Fiche le camp, Jack, excellente version du mythe moralisateur d'un Jack the Ripper pourfendeur de prostituées ou d'actrices (synonyme?), et du meilleur encore Hangover Square.Avant d'aller plus loin je vous laisse en tête à tête avec les yeux de Cregar dans Hangover Square.Peu d'acteurs,Peter Lorre peut-être ou Mitchum dans M. et dans La nuit du chasseur sont aussi marquants dans la catégorie assassins.

     Jack l'Eventreur arrive à nous surprendre non par le décor bien balisé depuis longtemps du Londres victorien et embrumé mais par quelques idées peu exploitées dans cette histoire archiconnue:les bobbies sont à cheval,ce qui donne de jolies teintes expressionnistes qui trahissent bien l'origine de John Brahm,né  Hans Brahm à Hambourg dans les années 1890.L'ami Jack a des activités au fourneau comme un certain Landru et c'est dans les coulisses du théâtre,source de toutes les perversions,qu'il scellera son destin de monstre émouvant que la carrure de Laird Cregar rapproche d'un autre grand sentimental,King Kong.Là encore le mythe de La Belle et la Bête s'avère très cinégénique.Ce The lodger est une réussite mais Hangover Square me paraît plus original.

   Laird Cregar y joue le rôle d'un compositeur frappé d'amnésies et de pulsions meurtrières.J'avoue n'avoir pas revu récemment ce film mais conserve un souvenir d'une vision noir et blanc d'une sorte de colosse fragile amené au pire à son corps défendant.Hangover Square culmine dans un hallucinant bûcher final.Ma mémoire y mélange,peut-être un peu infidèle,des sensations de pogroms et de chasse aux sorcières.John Brahm tourna peu d'autres films intéressants sauf Le médaillon avec justement un autre halluciné,Mitchum. Quant à Laird Cregar sa morphologie à la Falstaff qui lui valut d'interpréter à 25 ans des personnages de 45 lui valut aussi deux attaques cardiaques qui l'emportèrent à 28 ou 30 ans selon les biographes.

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25 mars 2007

Réinsertion difficile(vieux débat)

    Deuxième film américain de Fritz Lang,J'ai le droit de vivre(You only live once,1937) n'est pas si éloigné de Fury,magistrale démonstration de le violence ordinaire des citoyens,proche d'un totalitarisme que Lang avait fui peu de temps avant.Henry Fonda,souvent honnête homme et idéaliste du cinéma américain y campe un type ordinaire sorti de taule après avoir payé sa dette selon la formule.La société ne l'entend pas de cette oreille et hôteliers apeurés,employeur réactionnaire,et anciens codétenus lui rendent vite la vie impossible.

   J'ai le droit de vivre

    Il y a les figures classiques du film démocrate:prêtre courageux,avocat dévoué et désintéressé,et même un épouse parfaite.Il semble que Fritz Lang se soit très vite adapté,preuve de la grande capacité de cet homme à transcender les systèmes.Le succès sera au rendez-vous de ses deux premiers films américains puis cela se gâtera comme l'explique le grand languien Chabrol dans ce DVD.Pourtant et je l'ai déjà souligné dans une note sur les westerns de Fritz Lang il y a continuité dans toute l'oeuvre du géant viennois.Depuis Les Araignées et Les espions jusqu'à l'ultime Mabuse(1960) il est question du pouvoir politique ou judiciaire,du mensonge d'état et de victimes broyées,victimes souvent loin d'être très innocentes.Fonda comme Tracy dans Fury passerait assez vite la frontière du meurtre de même que s'érige dans la ville la pègre pour traque et juger M.le Maudit.Nous avons tous deux visages. Simplement certains parviennent presque à n'en montrer qu'un.

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09 mars 2007

Familles je vous hais

   Mensonges,névroses,alcools,violences sont au coeur du théâtre de Tennessee Williams.On ne choisit pas sa famille et Thomas Lanier Williams a connu une vie familiale pour le moins heurtée.Père détesté et soeur aimée mais malade et lobotomisée.Chez Williams psy à tous les étages et plus encore dans ses pièces.Pièces que l'on est peut-être en droit de trouver fatiguantes et outrées.Pourtant un peu de détestation ne peut nuire.

   Richard Brooks a mis en scène deux fois T.W.:Doux oiseau de jeunesse et La chatte sur un toit brûlant tous deux avec Paul Newman jeune et très "underplaying".J'ai vu le deuxième qui est un film de braise,poisseux comme ce vieux Sud(Old Dixie) entre canicule et orage sur plantation.Les noirs n'y sont encore que des silhouettes et le cercle de famille nous y étouffe entre une belle-soeur prolifique et vénale,une mère éplorée devant son tyran de mari,ce "Père chéri" unanimement haï et une Liz Taylor pas très loin de Qui a peur de Virginia Woolf? Oscar du meilleur second rôle pour le whisky,très à l'aise dans son rôle de starter.

   Burl Ives,enveloppe d'Orson Welles et verbe à la Barrymore,est un parfait patriarche dans cette histoire d'une nuit dans le Sud,visqueuse et lubrique.Quelque chose en nous de Tennessee fait qu'on s'y sent finalement assez bien,comme en famille.

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04 mars 2007

Sans commentaire

C'est un film que j'ai vu à sa sortie.C'est considéré comme un très bon film.C'est le film qui m'a le plus marqué.C'est un film que j'ai juré ne jamais revoir.J'ai tenu parole depuis 36 ans.C'est un film qui est pourtant parmi mes quelques 300 DVD.Si les plus jeunes ne le connaissent pas sachez que c'est un film sur le paradis perdu.Quant aux plus anciens peut-être aimeront-ils en retrouver quelques arpèges.

http://www.youtube.com/watch?v=GdzThgveHwQ

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18 février 2007

Chronique d'un habitant de Manhattan

J'ai terminé mon cycle sur six décennies de cinéma par Manhattan.Après L'aurore,La règle du jeu,Rashomon,L'Avventura et Andreï Roublev le ton était donc à la légèreté et à l'humour.Et mes élèves avaient bien mérité un feu d'artifice eu égard à leur patience et à leur fidélité.J'ai vu tous les films de Woody Allen sauf les deux derniers et je considère Manhattan comme une charnière entre les comédies hommages du début:Woody guerillero dans Bananas,Woody gangster dans Prends l'oseille et tire-toi ,Woody spermatozoïde dans Tout ce que vous avez... et les oeuvres de sa maturité dont certaines sont amères voire graves.Peu de temps avant Manhattan le très bon Annie Hall et le très introspectif et bergmanien Intérieurs avaient amorcé un sérieux tournant.

   Manhattan est la quintessence de l'univers alllénien,ne serait-ce que par le titre.On n'est même pas à New York mais à Manhattan coeur vieil européen de la mégalopole américaine.Américaine si peu parfois avec ses allusions à Fellini,au cinéma japonais,à Shakespeare,à Tchekhov et Freud,à Mozart et Flaubert.Bien sûr il ya le jazz,Armstrong et Gershwin que je vous offre en fin d'article.Isaac Davis,Juif new yorkais,affublé de deux ex-femmes,d'une maîtresse mineure,d'un ami écrivain ou éditeur ou les deux,vogue de restau branché intello en galerie où l'art moderne dégage une"remarquable altérité".Central Park sert de paysage paroxystique à Woody Allen,lui qui n'aime guère s'éloigner de la Grosse Pomme.

Manhattan est le film le plus délicieux d'Allen avec son romantisme qui chez tout autre serait de pacotille, ses dialogues qui ailleurs seraient parfaitement snobs et niaiseux,ses musiques qui pourraient apparaître comme passéistes.Mais voilà:W.A. est un vrai créateur d'images et de situations cinématographiques avec un univers bien à lui que l'on aime tant en France.Bien sûr W.A. est maintenant devenu une institution surtout de ce côté de l'Atlantique et l'on commence à faire la fine bouche.Mais une intégrale de Woody Allen avec pas loin de 45 films contiendrait bien 45 oeuvres au moins intéressantes.J'aime notamment ses douces incursions fantastiques dans La Rose Pourpre du Caire,Zelig,ou Alice.Et il y a tant de bonnes choses dans Crimes et délits,Maris et femmes,September,etc...

Ecoutez le magnifique prologue de Manhattan au son de Rhapsody in Blue

http://www.youtube.com/watch?v=VyY4EUR4by8

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17 février 2007

Boulevard du crépuscule

Ni dieux ni démons

    Boulevard du crépuscule pour ce joli film qui brode une variation sur les derniers jours de James Whale,metteur en scène fin et esthète lui aussi brisé par Hollywood.James Whale,réalisateur des deux plus beaux films sur la Créature:Frankenstein et La fiancée de Frankestein,délaissé par le cinéma n'est plus qu'un vieil homosexuel malade et nostalgique de sa grandeur.Sa rencontre avec un jardinier réveille des ardeurs toutes platoniques et des souvenirs de jeunesse,de guerre et de films.

   James Whale finira dans sa piscine pleine d'eau dans Ni dieux ni démons alors qu'il est mort dans sa piscine vide en réalité.Légende,réalité.Peu importe puisqu'on est là dans le double imaginaire du Septième Art avec les fantasmes de Whale (saisissant et grandiose Ian McKellen) d'une part et d'autre part la fiction de Bill Condon,réalisateur de ce film passé inaperçu en 99.Ni dieux ni démons n'a rien d'une biopic appliquée et sentencieuse.C'est seulement quelques jours dans la vie de James Whale au long desquels on approche le spectacle de la création au travail à travers les émotions du personnage ni vraies,ni fausses,mais qui peut-être ont pu exister.

  Autant je suis méfiant devant les lourdes biographies qui peinent à restituer un portrait d'artiste dans sa longueur et sa subtilité,autant je me laisse emmener dans un voyage intérieur plein de finesse et de poésie comme celui-ci.L'amour des artistes n'est pas si loin d'un Ed Wood de Tim Burton.Compliment.

James Whale et Ian McKellen.

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28 janvier 2007

La route à deux

VOYAGE_1

            C'est une merveille d'ironie et de tendresse.C'est un voyage en France des années 60 où l'accordéon joue le soir à l'auberge et où la Côte d'Azur est encore le comble de l'exotisme.C'est aussi un voyage dans le temps pour jeunes amoureux,jeunes mariés,un tout petit peu moins jeunes parents.C'est une route du Nord au Sud à la rencontre d'un couple vacillant.Mais n'est-ce pas la norme pour un couple de vaciller,et de tomber?C'est un voyage où le couple se relève avec des bleus et des coups de soleil.C'est le voyage des ambitieux, des arrogants que nous sommes ou avons été.C'est une balade en bagnole qui fait du mal,avec des couples au restaurant qui n'ont plus rien à se dire.

      C'est un bien triste voyage où l'on comprend qu'il est hélas courant de n'avoir plus rien à se dire.C'est un voyage auquel on voudrait échapper.C'est un voyage duquel on ne ressort pas indemne.C'est un film très réussi de Stanley Donen:Albert Finney y est d'une vérité totale et Audrey Hepburn d'une fragilité destructrice complète.Maurice Binder le graphiste et Henry Mancini le compositeur sont du voyage,gage précieux.C'est un voyage que j'ai revu et dont je ressors avec encore un peu plus de désespérance.Mission donc accomplie pour ce bout de route.

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24 janvier 2007

A l'attaque du Ford méconnu

Coffret John FordPourquoi ces trois films?Et pourquoi les éditions ont-elles décidé de ressusciter ces trois films fort méconnus?Mystère.Mystère et petite déception car ce coffret m'a laissé sur ma faim.Par ordre d'intérêt décroissant voici donc...

   Steamboat round the bend(35) est un film délicieux et truculent dans un monde à la Mark Twain et qui raconte une course de bateaux à roues sur le Mississipi avec Will Rogers alors grande vedette en capitaine et une rivalité virile comme Ford les aime tant,homérique et confiante en l'Amérique.Comédie comme Ford en a signé quelques-unes Steamboat round the bend restitue cette ambiance Showboat et Ol' Man River dans un registre qui se veut de bonne humeur,un peu dans la lignée des très ultérieurs L'homme tranquille ou La taverne de l'Irlandais.

   What price glory(52) offre de bons moments mais ne réussit pas toujours à convaincre par son mélange de burlesque,bagarres épiques et alcoolisées comme d'habitude,duos presque chorégraphiques entre les rivaux James Cagney et Dan Dailey,tous deux issus du music-hall,et d'angoisses de la guerre dans cette oeuvre dont l'action se passe en France pendant la Grande Guerre.Par contre quelques belles scènes assez émouvantes quand Ford prône la simplicité et la proximité de la mort au travail.

   Quatre hommes et une prière(38) présente l'enquête de quatre frères pour réhabiliter leur père,officier de l'armée des Indes.Je trouve ce film raté et artificiel.Seuls les cinéphiles s'amuseront à reconnaître David Niven et George Sanders très jeunes.Pour les Indes mieux vaut revoir Les quatre plumes blanches ou Les trois lanciers du Bengale en les situant bien sûr dans le contexte d'époque...

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20 janvier 2007

A propos de Rosebud

Orson Welles au travail

   CHARLES FOSTER KANE

Beaucoup à dire sur ce beau livre.Cadeau à moi-même.Na!Très lourd à trimballer et surtout donne une furieuse envie de revoir toutes affaires cessantes les films,muni du livre et de temps libre.Et ça je ne l'ai pas vraiment.Trêve de plaisanterie les illustrations sont somptueuses comme il se doit dans ce genre d'ouvrages.Par contre je trouve souvent ces volumes assez difficiles à lire,n'étant pas un cinéphile avec un bagage technique très conséquent.Et les nombreux détails sur les tournages me restent parfois un peu étrangers.Encore une fois Welles à l'ouvrage devrait se lire lors d'une semaine cinémaniaque avec quelques blogueurs patentés cinéma et projection de l'intégrale.

   On mesure bien à la lecture la personnalité de Welles,parfaitement incernable et protéiforme.Ce diable d'homme avait des idées sur tout.Certaines idées lui tenaient vraiment à coeur.D'autres ne passaient pas la nuit et se trouvaient contredites dès le lendemain.Savez-vous que Welles,toujours à court d'argent,avait doublé lui-même plusieurs comédiens et non des moindres?J'ai déjà parlé de ses adaptations de Shakespeare(Cinéma#Littérature).Rappelons qu'Othello a usé quatre Desdémone,que ce passionné de magie a beaucoup utilisé les maquettes,qu'il ne dédaignait pas de "bricoler" la musique.Qu'il enlevait des répliques de l'un pour les donner à l'autre,que son expérience de la radio lui conférait un talent de narrateur fabuleux.Qu'au générique de Mr.Arkadin figuraient 18 nationalités.Il y a tant de choses à dire sur Orson Welles et sur ses projets non aboutis.Si riches,tous ses films font partie de ceux qu'on peut revoir cent fois.Car n'oublions pas qu'on a maintenant la chance de pouvoir revoir les films,assez facilement.Et qu'on n'a guère le temps de relire les livres,ce qui confère à ces derniers l'avantage d'être rarement réévalué par chacun de nous,l'avantage ou l'inconvénient.

   Welles au travail de Jean-Pierre Berthomé et François Thomas,aux Cahiers du Cinéma.

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