06 octobre 2006

A la frontière du fantastique,Leo

Pour Leo Perutz justice sera rendue bientôt je l'espère. Il rejoindra Schnitzler,Musil,Zweig,Roth au paradis des auteurs dits "viennois".Ignorer Perutz est à mon avis une faute de gôut et une privation de liberté littéraire. Faisons un peu connaissance si vous voulez. Leo Perutz est en fait un Juif né à Prague comme Kafka quelques semaines plus tard.Fonctionnaire dans les assurances il quitte Prague pour Vienne, alors centre culturel de l'Europe et qui vit ses dernières années de prestige.Tous partiront et pour cause: Zweig, Freud,Musil,Kokoschka.

Le Judas de Léonard

               On définira Perutz comme un croisement entre Agatha Christie et Kafka. Certes réducteur mais assez juste. Toute son oeuvre sera imprégnée d'inquiétude et de culpabilité souvent englobées dans des histoires d'aventures ou d'enquêtes.Le Judas de Leonard nous entraîne dans la Renaissance Italienne quand le Maître cherche un modèle pour La Cène.

Le Tour du cadran Le tour du cadran qui intéressa Murnau et inspira Hitchcock narre 24 heures de la vie d'un prisonnier échappé aux mains menottées et qui comprend tragiquement le sens des expressions tendre les bras ou les mains dans les poches. Fort drôle et souvent pathétique ce roman se dévore à condition de pouvoir tourner les pages.

  Cavalier suedois (le) Le cavalier suédois est peut-être le plus connu et constitue un merveilleux conte sombre et fantasmagorique. Rêve et destin se conjuguent dans les aventures d'un brigand repenti signataire d'un pacte avec un fantôme.D'une écriture somptueuse qui emprunte au roman gothique et au fabliau Le cavalier suédois est le meilleur accès au pays de Leo Perutz.

  Le Cosaque et le Rossignol Le Cosaque et le Rossignol,conçu au départ comme un scénario proche de Lubitsch, n'a jamais été tourné. C'est une variation brillante sur les amours d'un général et d'une cantatrice troublés par un fakir. Mais tous les livres de Perutz sont à conseiller:il y a encore les nouvelles de Seigneur,ayez pitié de moi! et d'autres romans, Le Maître du Jugement dernier, Le miracle du manguier,etc... Aux éditions 10/18 et Phébus.

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29 juillet 2006

Le mystérieux Mr.Traven(Benjamin,Bruno ou autre chose)

Le vaisseau des morts

Mon fidèle saint patron Humphrey Bogart m'a fait découvrir B.Traven, auteur du Trésor de la Sierra Madre. Mais comme Stevenson ou London cet écrivain était aussi un homme au destin pour le moins cahotique et actif. Action et écriture s'épousent dans le cas de ces diables d'hommes de plume et de mouvement.

Ce sont souvent les mots utopie et anarchisme qui viennent à l'esprit concernant Otto Wiennecke, Otto Feige, Torsvan Traven, Hal Coves, Ret Marut, respectivement vrai nom et pseudos divers de celui qui restera pour simplifier B.Traven. Ces deux mots ne m'intéressent guère.Ce qui me fascine est le destin de cet homme dont on a longtemps tout ignoré du parcours qu'il avait soigneusement embrumé lui-même.On l'a longtemps cru américain. On a même dit qu'il ne faisait qu'un  avec cet immense écrivain lui aussi méconnu, Ambrose Bierce, disparu bizarrement dans le désert du Mexique fin 1913. Il est vrai que le Mexique a toujours été le rendez-vous de la mort joyeuse avec ses cultes si bien montrés par Eisenstein(Que viva Mexico!) .Certains ont prétendu qu'il était fils naturel du Kaiser Guillaume II. Si c'était le cas il aura vraiment mal tourné.On en sait maintenant un peu plus.

Né en Allemagne en 1882 il a participé à la vie politique avec la très éphémère République des Conseils de Munich en 1919. Socialiste il doit fuir et c'est la longue errance,Suisse,Autriche,Pays-Bas,Canada,puis installation quasi-définitive au Mexique. J'oubliais un  peu de prison en Angleterre.Bref retour en Allemagne en 59.On se demande encore pourquoi. Traven est mort en 69 à Mexico City.

Coffret en 2 volumes : La révolte des pendus ; Le vaisseau des morts La révolte des pendus  dont le sous-commandant Marcos pourrait écrire une préface avec une belle démagogie et quelques accents de vérité raconte les rebellions indiennes au Mexique contre l'exploitation des hommes et de la nature.Traven se garde de tout sentimentalisme et les fleurs percent difficilement sous le fumier et la rapacité.Ironique et cinglant plus encore que revendicatif ce roman fut adapté au cinéma en 54 au Mexique.

La fièvre de l'or inonde Le trésor de la Sierra Madre, le plus connu des romans de Traven depuis la remarquable adaptationde John Huston avec Bogart, tous deux fins connaisseurs en parfums d'aventures et vapeurs d'alcool. L'humour caustique imprègne aussi le livre d'un halo picaresque sur le destin souvent tragique des chercheurs d'or.

Pour Le vaisseau des morts on peut évoquer Joseph Conrad au fil des péripéties de ce marin sans identité ni passeport, rayé du monde et que seul le capitaine d'un vaisseau fantôme peut engager pour un voyage pour le moins hasardeux mais qui fera le bonheur des amateurs de littérature plus proches des hallucinés de la ligne d'horizon que des auto-contemplateurs de nombril.

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16 mai 2006

Menu fretin

Les requins de TriesteTrieste, port italien de l'Adriatique est une ville en mutation depuis la fin du Rideau de Fer et de la Yougoslavie voisine. Il y avait motif à un tableau passionnant de cette liberté retrouvée pour le meilleur et le pire. Bien sûr il y a des clandestins, de l'argent sale, des notables dépravés, des histoires de famille. Il y a un flic italien. Rien de méprisable mais j'ai trouvé peu d'intérêt à cette histoire car le héros manque singulièrement d'épaisseur. Les requins de Trieste se lit bien et ...s'oublie. Il peut même s'oublier dans un compartiment. Mais pour ça je conseille d'attendre les éditions de poche.Veit Heinichen,auteur autrichien,n'est pas à mon avis un créateur d'univers de polar,ou pas encore.

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