20 avril 2008
Danse macabre en Amérique Latine
Ce livre,bien qu'écrit en américain,a sa place plutôt dans la littérature d'Amérique Latine.Daniel Alarcon,né en 77 au Pérou,a vécu en Alabama et préside aujourd'hui à un grand magazine littéraire de Lima.Mais surtout ce livre s'inscrit dans une littérature sud-américaine de combat dont les grands noms sont connus.Norma anime à Lost City Radio,dans une quelconque capitale d'un pays à peine sorti de la guerre civile,une émission où elle évoque le sort des disparus.Car l'Amérique Latine a pour spécialité outre les lamas,les barbus révolutionnaires dont le plus célèbre poster du monde et le tango,les disparus.Attention on disparaît bien partout mais il semble qu'on disparaisse encore mieux sur ce continent, de forme triangulaire comme les Bermudes.Etonnant,non?
Mais voilà,le seul fait de lire une liste est un acte hautement politique dans ces contrées musclées et Norma va se trouver face à son passé et à la mémoire de son mari Rey,évanoui lui aussi,non sans avoir laissé de traces vivantes.Pas d'ennemi immédiatement identifiable dans ce livre,c'est bien plus ambigu,c'est bien plus "la jungle" si j'ose dire.Une Ligue Insurrectionnelle,probablement mais existe-t-elle vraiment et la Lune,cet espace-prison,on finirait presque par en douter,tant Daniel Alarcon excelle à l'abstraction de ce pays dont on sait seulement que le temps d'après la guerre c'est encore la guerre.Toute l'Amérique du Sud,de vrai tyran en faux libérateur, respire dans ce grand livre où plane aussi la magie,pas très loin du vaudou ou du candomblé.
Lost City Radio ne raconte pas la lutte des braves contre les salauds,dans un déluge romanesque qu'on imagine facilement,somme toute assez démagogue.Bien plus profond Lost City Radio missionne sur cette terre d'outrance et d'incendie un envoyé spécial qui pourrait être Kafka.On peut être tenté de l'accompagner mais de grâce, gardez-vous à gauche,gardez-vous à droite.Et rendez-vous comme convenu, nous tâcherons d'y être.
18 octobre 2006
Loin,très loin,très au sud et très à l'ouest
Mort en 2002 à 92ans Francisco Coloane fils de chasseur de baleines est maintenant devenu une célébrité et nombre de voyageurs hantent la Terre de Feu sous les mauvais vents du Sud sur le straces du patriarche de Chiloé.Semblant sorti d'un roman de Melville ce géant qu'on n'a connu en France qu'avec une barbe blanche est l'auteur de nouvelles et de quelques romans qui font de nous un Jim Hawkins de ll'Ile au Trésor qui aurait troqué les Caraïbes pour le Cap Horn.Les personnages de Coloane,au front précocément ridé par les tempêtes australes,sont des marins,des baleiniers,des bergers,des chasseurs.Couturés de solitude et amis des eaux-de-vie ces costauds sont souvent des colosses fragiles qu'une photo de femme fait fondre au son d'un vieux tango.
Le critique littéraire a une marotte sympa mais un peu envahissante qui consiste à chercher des parrains à chaque écrivain.Alors va pour Jack London par exemple.Comme l'homme de la ruée vers l'or Coloane a bourlingué,auteur voyageur et compagnon d'illusion des gauchos,des contrebandiers et des derniers Indiens Alakaluf,ces tribus disparues dont les rares survivants posent pour les touristes.J'ai aimé le périple avec le vieux Francisco et dévoré Tierra del Fuego,Cap Horn,Le sillage de la baleine.Découvert depuis une douzaine d'années on peut lire aussi Le dernier mousse,El Guanaco,Le passant du bout du monde,Le golfe des peines tous publiés chez Phébus,maison de qualité(également Points).















